La France connaît une recrudescence marquée des actes islamophobes depuis le début de l'année. Selon les chiffres publiés ce jeudi par le ministère de l'Intérieur, 145 actes hostiles aux musulmans ont été enregistrés au cours des cinq premiers mois de 2025, soit une augmentation de 75 % par rapport à la même période en 2024, où 83 actes avaient été comptabilisés. Une explosion des agressions physiques Plus préoccupant encore, les agressions contre des individus musulmans ont triplé, passant de 32 à 99 cas, soit une hausse de 209 %. Ces attaques constituent désormais plus des deux tiers des actes islamophobes recensés dans le pays. Le climat tendu a été exacerbé par des événements tragiques, comme le meurtre d'un jeune Malien, Aboubacar, dans une mosquée du sud de la France en avril dernier, qui a suscité une vague d'indignation et de mobilisation citoyenne. Plus récemment, en mai 2025, Hichem Miraoui, un ressortissant tunisien, a été abattu à Puget-sur-Argens dans le Var, dans un acte qualifié d'assassinat terroriste à motivation raciste et islamophobe, marquant une première saisie du parquet national antiterroriste pour ce type de crime. La France, où les musulmans représentent environ 9 % de la population, demeure aussi le pays européen qui accueille la plus grande communauté juive (environ 500 000 personnes). Toutefois, la tendance semble s'inverser entre les différentes formes de haine religieuse : les actes antisémites ont reculé de 24 % (504 faits en 2025 contre 662 l'an dernier), tandis que les actes antichrétiens ont augmenté de 13 % (322 cas contre 284 en 2024). Un contexte politique sous tension La hausse des actes islamophobes s'inscrit dans un contexte politique tendu. Un rapport de la revue américaine Jacobin, publié en juin, pointe la responsabilité des autorités françaises dans la banalisation du discours antimusulman. Le rapport s'appuie notamment sur le livre « France, tu l'aimes mais tu la quittes », coécrit par Olivier Esteve, Alice Picard et Julien Talpin, qui évoque le climat de rejet croissant à l'égard des musulmans. Selon leurs estimations, près de 200 000 musulmans français, pour la plupart diplômés, ont quitté la France pour des pays plus ouverts comme le Canada ou le Royaume-Uni ou pays du Golfe, en quête d'un environnement moins discriminant. Le rapport dénonce également la dissolution de plusieurs organisations luttant contre l'islamophobie sous le mandat du président Emmanuel Macron, ainsi que l'adoption de lois ciblant les musulmans sous couvert de lutte contre « l'islamisme séparatiste ». En mai dernier, des milliers de manifestants ont défilé dans les rues de Paris pour dénoncer la montée de l'islamophobie, la répression des associations militantes, ainsi que la stigmatisation des musulmans dans certains médias. Analyse La hausse spectaculaire des actes islamophobes en 2025 met en lumière plusieurs dynamiques inquiétantes aux répercussions profondes sur le vivre-ensemble, la cohésion sociale et l'image internationale de la France. 1. Un facteur de fuite des talents : La migration d'une population musulmane qualifiée vers des pays plus inclusifs constitue un enjeu économique et sociétal majeur. La perte de ces talents affaiblit non seulement la diversité intellectuelle et professionnelle française, mais creuse aussi le fossé générationnel et culturel. 2. Une détérioration de la scène politique intérieure : La stigmatisation religieuse est devenue un outil électoral, attisé par certains partis et figures publiques. Cette instrumentalisation des peurs alimente l'extrémisme, fragilise les institutions républicaines et délégitime les politiques publiques de lutte contre la discrimination. 3. Une menace à la stabilité sociale : L'augmentation des violences religieuses crée un climat d'insécurité permanent pour des millions de citoyens, affaiblit la confiance dans les forces de l'ordre et favorise la radicalisation de certaines franges de la population, dans un contexte géopolitique mondial déjà inflammable. 4. Une image ternie à l'international : Face à la montée de l'islamophobie, la France risque de perdre en influence dans le monde arabo-musulman et de compromettre sa capacité à jouer un rôle diplomatique neutre dans des dossiers sensibles comme la Méditerranée ou le Sahel. En Tunisie, le climat de mécontentement envers la France s'est récemment intensifié. Au cours de l'année écoulée, plusieurs manifestations ont été organisées devant l'ambassade de France à Tunis pour dénoncer la position jugée complaisante de Paris face au génocide perpétré par l'armée d'occupation israélienne à Gaza. Ce nouveau phénomène marque un tournant dans les relations, car jamais auparavant de telles mobilisations n'avaient visé la France sur le sol tunisien. À cela s'ajoute un mécontentement croissant lié au dossier des visas, jugé opaque et discriminatoire, ainsi qu'à la communication controversée du consul général de France en Tunisie, perçue comme irrespectueuse, distante et mal adaptée aux attentes des Tunisiens Historiquement, les Tunisiens ont longtemps apprécié les positions géopolitiques françaises, notamment son rôle traditionnel de médiateur en Méditerranée et son attachement affiché au droit international. Cette évolution traduit une rupture perceptible dans l'opinion publique tunisienne, nourrie à la fois par l'inquiétude face à la montée de l'islamophobie en France et par les récents positionnements diplomatiques jugés hostiles aux causes arabes. Pour freiner cette spirale, il devient indispensable de restaurer des mécanismes institutionnels de médiation, de réhabiliter les associations de défense des droits, et surtout de sortir du double langage politique qui prétend défendre la laïcité tout en ciblant implicitement une seule communauté. La lutte contre l'islamophobie ne peut se résumer à des discours de façade. Elle doit se traduire par des actes législatifs, éducatifs et sociaux tangibles, à la hauteur des valeurs que la République prétend incarner. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!