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Des voix qui dérangent la version officielle : des soldats israéliens brisent le silence sur l'enfer de Gaza
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026

Dans un rare témoignage collectif publié par le quotidien israélien Haaretz, cinq jeunes soldats israéliens, envoyés à Gaza après leur service militaire obligatoire, ont décidé de briser le silence.
Depuis près de 21 mois, ces appelés vivent une guerre dont les contours sont bien différents de ceux relayés par les médias israéliens. Loin des slogans martiaux, ils décrivent une réalité où la peur, l'usure psychologique et le désespoir prennent le dessus.
Les soldats, tous âgés d'à peine 20 à 22 ans, affirment que leur quotidien est rythmé par l'angoisse, l'épuisement et un sentiment d'abandon.
La plupart ont requis l'anonymat, mais cinq d'entre eux ont accepté de parler à visage découvert, à condition que leurs noms soient changés.
Leur message est simple : « Vous nous avez envoyés en guerre, maintenant écoutez-nous. »
Un conflit interminable, une jeunesse brisée
Yonatan, 21 ans, du bataillon Kfir, raconte son entrée dans le camp de réfugiés de Jabalia. Une scène aussi absurde que glaçante ouvre son récit : des chiens errants abattus un à un par un commandant agacé. Puis vient l'explosion. Un de ses camarades meurt à ses côtés, son sang sur son visage. Depuis, Yonatan ne parvient plus à dormir ni à manger. Quand il a pris quelques secondes pour se rafraîchir, son supérieur l'a puni de 28 jours de prison disciplinaire.
Or, 20 ans, de la reconnaissance parachutiste, décrit une scène d'horreur dans les décombres de Khan Younès : des cadavres mutilés par des chiens, dont ceux de deux enfants. « Une image que je n'oublierai jamais. »
Omer, 21 ans, du bataillon Givati, dit avoir perdu le compte des amis morts : de son unité, de son école, de son quartier. « On croit que les soldats meurent en héros au combat. Mais la vérité, c'est qu'on meurt d'erreurs, d'ordres absurdes, d'un manque de munitions. On nous envoie dans des bâtiments sans les avoir neutralisés avant. »
Des soldats à bout de nerfs, ignorés de tous
La fatigue n'est pas qu'un mot. Yair, 21 ans, de la reconnaissance Nahal, évoque une embuscade à Beit Lahia. Il s'est réveillé en pleine nuit, paniqué, tandis que son officier hurlait dans la confusion totale. Depuis, il perd ses cheveux, crie sur sa famille sans raison et confie que « l'une de nos équipes a été entièrement décimée ». Il reste en vie, mais à quel prix ?
Quant à Ori, 22 ans, ingénieur de combat dans l'unité Yahalom, son discours a basculé du patriotisme à la désillusion : « On croyait protéger nos civils. Mais à force d'assister aux funérailles de nos amis et d'apprendre que des otages sont morts à cause de nos frappes, tout cela devient absurde. »
Il ajoute : « On retourne dans les mêmes quartiers, on inspecte les mêmes tunnels, sans aucun progrès. Tout ça pour quoi ? Cette guerre continue pour des raisons politiques. On ne sauve personne. On ne gagne rien. On meurt pour rien. »
Un cri lancé à la société israélienne
À travers ces récits bruts, Haaretz révèle la fracture béante entre le discours officiel, soigneusement mis en scène par les porte-paroles militaires, et la réalité vécue sur le terrain. Les soldats interrogés dénoncent la censure tacite, les mises en scène orchestrées pour les journalistes, et la banalisation de leur souffrance.
La conclusion d'Ori sonne comme un ultime appel : « Quand allez-vous comprendre qu'il est temps d'arrêter ? Quand il y aura 900 morts ? 1 000 ? S'il vous plaît. Parlez. Protestez. Ne laissez pas cette guerre continuer. »
Ainsi, ce reportage signé Haaretz met à nu l'un des tabous les plus tenaces de l'actualité israélienne : l'épuisement psychologique des soldats et le fossé entre ce qu'ils vivent et ce que l'opinion publique perçoit. Il souligne aussi une vérité universelle : derrière chaque uniforme, il y a un être humain dont la voix mérite d'être entendue.
Alors que la guerre à Gaza entre dans son 21e mois, ces témoignages révèlent une lassitude morale d'un génocide en cours devant la complicité du monde occidental.
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