La Tunisie dispose depuis son indépendance d'un modèle original et rigoureux en matière de gestion du marché des médicaments. Selon la Dre Thouraya Nifer, secrétaire générale du Conseil de l'Ordre des pharmaciens, l'Etat exerce un contrôle total sur l'importation et la distribution des médicaments à travers la Pharmacie centrale. Ce monopole vise à garantir des circuits fermés, sécurisés et soumis à une stricte surveillance. Lors de la première édition du Congrès de la pharmacie tenue à Sfax sous le thème « la gouvernance dans le secteur pharmaceutique », la responsable a souligné que ce système est l'un des piliers de la sécurité sanitaire nationale. Trois piliers pour un monopole justifié Nifer a détaillé les trois principales justifications du monopole étatique sur l'importation des médicaments: L'expertise scientifique disponible permet de négocier les prix et d'assurer la qualité des produits importés. La sécurisation des circuits de distribution, afin d'éviter les fuites, la contrebande et les pratiques spéculatives. L'application de lois strictes, essentielles pour maintenir l'équilibre du secteur pharmaceutique et la confiance des patients. Grâce à cette organisation, la Tunisie parvient à maintenir des prix préférentiels par rapport au marché mondial, même pour les médicaments onéreux qui sont souvent pris en charge par l'Etat. Des lacunes persistantes dans la régulation des produits de santé Si les médicaments bénéficient d'un encadrement juridique clair, Nifer a alerté sur l'absence de législation encadrant les produits de santé non médicamenteux (pansements, dispositifs médicaux, compléments, etc.). Elle a plaidé pour l'adoption rapide d'un texte réglementaire fixant leurs prix et leurs modalités de distribution, à l'instar des lois encadrant les médicaments. La pénurie de médicaments : un phénomène mondial Evoquant la problématique de la pénurie de médicaments, la secrétaire générale a tenu à rappeler que la Tunisie n'est pas un cas isolé. Ce phénomène touche aujourd'hui plusieurs pays, mais le système tunisien permet encore d'assurer la disponibilité des médicaments essentiels à des prix accessibles. Un congrès pour diagnostiquer et proposer des solutions Organisé à Sfax, le premier Congrès de la pharmacie s'inscrit dans une dynamique de réforme. Il vise à dresser un état des lieux du marché pharmaceutique, identifier les causes des ruptures d'approvisionnement, suivre l'évolution du secteur au niveau international, et renforcer la lutte contre les pratiques monopolistiques. L'événement ambitionne également de définir les besoins réels de la Tunisie en médicaments et produits de santé, tout en posant les bases d'une stratégie nationale de disponibilité durable. Il met enfin l'accent sur le renforcement des partenariats internationaux en vue d'assurer la souveraineté pharmaceutique du pays. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!