Le bruit a couru, depuis 10 jours il n'est plus un simple bruit, il a pris corps dans le méga projet de loi budgétaire dont le président Donald Trump est très fier (on cherche encore les raisons). Le milliardaire n'a jamais caché son appétit pour ces montants colossaux qui quittent les USA pour atterrir dans les autres pays, notamment en Afrique. Washington pourrait tirer dans le tas très prochainement… Pour un président dont les finances sont dans le rouge vif, avec des déficits publics inégalés dans le monde, tous les moyens sont bons pour se requinquer. Et la masse d'argent transféré par les migrants africains en est un, comme les droits de douane ou le « racket » des pays membres de l'OTAN. La mesure sur les transferts d'argent est enfouie dans le texte copieux voté par le Sénat américain mais les dirigeants africains eux ne l'ont pas loupé. La « Big Beautiful Bill » (grande et belle loi) de Trump dépensera plus, notamment à travers la baisse des impôts des copains du président, et les immigrés pourraient être mis à contribution pour résorber ces trous dans le budget. Les montants transférés pèsent lourd dans les économiques africaines en termes d'investissement et de consommation, donc les toucher fragilisera assurément certains pays… Trump s'est bien gardé de stresser les 5 chefs d'Etat africains qu'il a invités à la Maison-Blanche, le républicain avait d'autres urgences : les richesses du sous-sol africain et la possibilité de diriger vers le continent les immigrés indésirables. Mais les transferts d'argent seront vite posés sur la table. Quand il s'agit de sous le républicain ne lambine jamais. C'est clairement une mesure anti-immigration et carrément discriminatoire, puisqu'elle ne ciblerait que les travailleurs qui n'ont pas la citoyenneté américaine. Il se dit que le pactole amassé avec cette taxe servirait à financer la sécurisation des frontières, la police de l'immigration, etc. Mais il s'agit aussi de tarir les flux de nouveaux migrants aux Etats-Unis et de pousser ceux déjà installés à prendre le large. Si l'administration Trump va au bout de son projet il sera effectif dès 2026, pour tous les transferts d'argent effectués par des ressortissants étrangers sur le territoire américain. Une surtaxe de 3,5% s'appliquera. Concrètement si un migrant désire envoyer 100 dollars à sa famille, il devra s'acquitter de frais de 6% auprès de l'organisme de transfert d'argent – ce seuil est déjà en vigueur –, ainsi que 3,5% de taxes. Donc pour 100 dollars il déboursera près de 10 dollars. Une telle mesure impactera certains pays plus que d'autres, et évidemment ce sont les nations du Sud qui ont le plus de soucis à se faire. D'abord le pays le plus peuplé de la planète, l'Inde. C'est elle qui capte le plus d'argent transféré par sa diaspora dans le monde. L'an dernier, d'après la Banque centrale indienne, cet argent est monté à 3,5% de son produit intérieur brut (PIB)… Mais c'est le continent africain qui sera le plus affecté par cette taxe. La mauvaise nouvelle s'ajouterait à la décision de Washington de sabrer les fonds ventilés par l'USAID, notamment certains dispositifs de lutte contre le Sida ou le paludisme. Avec un tel tour de vis les Etats-Unis deviendraient alors le pays du G7 où les transferts de devises sont les plus onéreux. Une brèche s'ouvrirait et elle pourrait donner des idées – mauvaises – aux pays de l'Union européenne. A noter qu'en 2024 les USA étaient le principal émetteur de fonds en direction de l'Afrique subsaharienne. Sur les 56 milliards de dollars réceptionnés 10 venaient d'outre-Atlantique, selon les indicateurs de la Banque mondiale. D'après une étude du Centre mondial de connaissances et d'expertise politique sur les questions de migration et de développement (KNOMAD), en 2021, c'est le Nigéria qui a encaissé le plus de transferts depuis le sol américain, avec plus de 5,7 milliards de dollars. La tendance est encore plus lourde au Libéria, dont 20% du PIB est alimenté par des envois d'argent, avec une grosse part pour les Etats-Unis. Le Sénégal est également bien loti dans le volume global des transferts. La surtaxe serait un coup dur mais ne freinerait pas l'argent qui circule, trop important pour les économies du Sud. Les acteurs se débrouilleront autrement, en se rabattant par exemple sur des circuits parallèles ou des cryptomonnaies. Un terrain propice à de nouveaux trafics et de nouvelles fraudes, lesquelles feront le bonheur de beaucoup de petits malins. La roue ne cessera jamais de tourner.
Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!