Un vent de méfiance et de discrimination souffle sur les universités européennes, où de plus en plus d'étudiants turcs et musulmans dénoncent des traitements injustes, voire ouvertement racistes. Si les amphithéâtres sont censés incarner l'ouverture d'esprit et l'égalité des chances, la réalité semble bien différente dans certains cas récents révélés par la presse européenne. L'exemple le plus emblématique reste celui de Fatma Zehra Solmaz, étudiante en psychologie originaire de Türkiye, recalée d'un stage de recherche à l'université de Stockholm dans le cadre du programme Erasmus+. Motif invoqué ? L'opposition du gouvernement turc à l'adhésion de la Suède à l'OTAN. Dans un courriel officiel, un professeur a explicitement relié cette décision politique à son refus d'accueil, provoquant l'indignation. L'affaire a fait grand bruit et a conduit le médiateur suédois à conclure à une violation des lois anti-discrimination. Si l'université a reconnu une faute, l'étudiante n'a reçu aucune excuse personnelle. Des universités aux rues : une stigmatisation multiforme Ce rejet administratif n'est pas un cas isolé. Il reflète un climat général de suspicion envers les étudiants turcs et les jeunes musulmans dans plusieurs pays européens. En Allemagne, où résident près de trois millions de personnes d'origine turque, plus de 700 attaques contre des mosquées ont été recensées entre 2014 et 2020, allant du vandalisme à l'incendie criminel. Les leaders communautaires tirent la sonnette d'alarme : la passivité des autorités alimente la peur et la marginalisation. Des lieux de culte réduisent la visibilité de leurs symboles religieux par crainte d'être ciblés de nouveau. Dans la police allemande, des accusations de racisme et d'islamophobie sont même remontées jusqu'au parlement, certains agents allant jusqu'à utiliser des termes comme « chasses aux Turcs » pour désigner des contrôles au faciès. Une rhétorique normalisée dans l'espace politique Le climat politique n'aide pas. En France, en Autriche, en Suède ou encore aux Pays-Bas, les partis d'extrême droite n'ont jamais été aussi influents. Leur discours, souvent habillé de préoccupations sur l'« intégration culturelle » ou la « sécurité nationale », glisse insidieusement vers une normalisation des propos anti-musulmans. Cette rhétorique finit par affecter la perception du grand public. Parler turc en public, porter un voile, ou simplement afficher ses croyances peut devenir un motif de suspicion, voire de rejet, même chez des citoyens européens de naissance. Un appel à une inclusion réelle, pas théorique Les étudiants turcs ne demandent ni privilèges ni traitements de faveur. Leur revendication est simple : être jugés à la hauteur de leurs compétences, et non à l'aune de leur nationalité, de leur religion ou des décisions géopolitiques prises à Ankara. Ils veulent contribuer à la société, comme médecins, chercheurs, enseignants ou ingénieurs. Mais face à la montée des discriminations, cette ambition se heurte à une réalité désillusionnante. Les principes européens d'inclusion, de liberté et d'égalité perdent de leur sens lorsqu'ils ne sont plus appliqués dans les faits. Et si les institutions peinent encore à agir à temps, il revient à la société civile, aux éducateurs et aux responsables politiques de changer de cap. Ce n'est pas seulement le sort des étudiants turcs qui est en jeu. C'est celui d'une Europe qui se doit d'être fidèle à ses valeurs fondatrices. Car ce que vivent ces jeunes est un révélateur : celui du fossé croissant entre les discours sur l'égalité et les pratiques discriminatoires qui minent la cohésion sociale. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!