L'opérateur historique des télécommunications en Algérie, Algérie Télécom, a annoncé le 9 août qu'il n'émettra plus ses factures en français. Désormais, celles-ci seront rédigées en arabe et en anglais, une décision qui s'inscrit dans une tendance déjà amorcée par d'autres entreprises publiques du pays. Un changement pour « améliorer l'expérience client » Dans son communiqué officiel, Algérie Télécom a justifié cette transition par la volonté de répondre aux besoins d'une clientèle de plus en plus diversifiée : expatriés, multinationales, étudiants étrangers et professionnels anglophones. L'entreprise explique vouloir offrir un service plus inclusif et innovant, à l'image de sa stratégie de modernisation. Cette décision intervient après des mesures similaires prises par Air Algérie en avril dernier, qui édite désormais ses billets en arabe et en anglais, et par la Société des eaux et de l'assainissement d'Alger (SEAAL) en mai, qui avait présenté ce virage comme un « choix stratégique » conforme à la politique de l'Etat algérien visant à renforcer l'usage de l'anglais dans le commerce, les technologies et l'innovation. « L'anglais, langue dominante des sciences et des technologies » Pour Mustapha Zebdi, président de l'Association de protection et de défense des consommateurs (Apoce), ce choix est pertinent : « C'est une bonne chose. C'est la langue anglaise qui domine les sciences et les technologies. » Ce glissement vers l'anglais, selon lui, répond à des besoins pratiques et reflète la réalité internationale. Un contexte diplomatique tendu avec Paris Au-delà de l'argument de modernisation, cette décision intervient dans un climat diplomatique particulièrement tendu entre Alger et Paris. La crise s'est ouverte en juillet 2024, lorsque le président Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un sujet hautement sensible pour l'Algérie. Depuis, les relations n'ont cessé de se dégrader : expulsions de ressortissants algériens sous OQTF par la France, et plus récemment la décision de Macron de suspendre formellement l'accord bilatéral de 2013 sur les passeports diplomatiques. Une tendance qui semble irréversible Avec Algérie Télécom, c'est désormais un pilier du service public qui abandonne le français au profit de l'anglais. Le mouvement illustre à la fois une volonté d'adaptation aux exigences du marché global et un signal politique fort, dans un contexte de recomposition des relations entre l'Algérie et la France. Si le français reste encore présent dans la vie quotidienne, cette série de décisions confirme une mutation linguistique progressive, où l'anglais s'impose comme l'alternative privilégiée, notamment dans les secteurs stratégiques et technologiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!