Désormais, vouloir immigrer aux Etats-Unis ne suffira plus : il faudra aussi aimer le pays… publiquement, et de préférence sans nuance. Le gouvernement américain a annoncé mardi que les services de citoyenneté et d'immigration examineront attentivement les opinions « antiaméricaines » des candidats, y compris sur les réseaux sociaux, avant d'accorder un droit de séjour ou de naturalisation. Quand l'amour de l'Amérique devient un critère administratif « Les avantages offerts par les Etats-Unis ne doivent pas être accordés à ceux qui méprisent le pays et promeuvent des idéologies antiaméricaines », a justifié Matthew Tragesser, porte-parole de l'agence. Il a rappelé que vivre et travailler aux Etats-Unis est un privilège, pas un droit. Traduction : critiquer trop fort la politique américaine pourrait bien vous coûter votre rêve américain. La loi sur l'immigration et la nationalité, qui date de 1952, définissait déjà l'antiaméricanisme — alors tourné vers les communistes. Plus de soixante-dix ans plus tard, ce sont désormais les réseaux sociaux qui deviennent les nouveaux champs de bataille idéologique. Une politique dans la continuité de Trump L'administration Trump avait déjà posé les bases de ce contrôle accru, en refusant ou annulant certains visas jugés « incompatibles » avec les intérêts américains. Les nouvelles directives vont plus loin en incluant désormais les idéologies jugées antisémites. Un détail qui n'en est pas un : plusieurs étudiants étrangers ayant manifesté contre l'offensive israélienne à Gaza ont été accusés d'antisémitisme, accusation qu'ils rejettent fermement. Washington n'a pas hésité à viser également de grandes universités américaines, accusées de tolérer ce type de discours sur leurs campus. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis l'arrivée de Marco Rubio au poste de secrétaire d'Etat en janvier, 6000 visas étudiants ont déjà été révoqués. Une statistique qui illustre à quel point la diplomatie américaine semble désormais se confondre avec une police de la pensée. Quand la liberté d'expression s'arrête aux frontières Ironie du sort, ce contrôle idéologique est instauré dans le pays qui se présente comme le bastion mondial de la liberté d'expression. Sauf que cette liberté ne semble s'appliquer qu'aux opinions jugées acceptables par l'administration en place. Le message est clair : pour obtenir le fameux sésame américain, mieux vaut aimer les Etats-Unis sans condition, éviter les critiques et surtout ne pas aborder certains sujets sensibles. Car au pays du Premier amendement, on peut tout dire... à condition que cela plaise à Washington. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!