Il a le chic pour s'attirer les foudres de la classe politique, même ses proches ont beaucoup de mal à défendre les actes qu'il pose. Le Premier ministre François Bayrou, qui file droit vers sa déchéance – c'est lui qui a donné le bâton du vote de confiance -, signe un dernier scandale. Après s'être pris les pieds dans la fange de l'affaire Bétharram, après avoir provoqué ses opposants avec son projet de Budget 2026 et après les avoir chauffés à blanc avec l'histoire des vacances alors que lui a les mains dans le cambouis, Bayrou refait parler de lui, en mal. On comprend pourquoi il a délaissé les morts de Mayotte Le feu a pris à Paris avant de se propager dans la ville du Premier ministre, Pau, une ville très tranquille du sud-ouest de la France. Mediapart rapporte que la mairie ne lésinera pas aux dépenser pour égayer le quotidien de son patron : Quelque 40 000 euros pour rénover le bureau de Bayrou à l'hôtel de ville. Le prix de son atterrissage en douceur après le vote couperet du Parlement ce 8 septembre. D'après le site d'investigation, un arrêté municipal daté du 28 juillet a validé ce chantier estimé à 40 800 euros, évidemment financé par l'argent des contribuables. L'argumentaire de la mairie : «Redonner la splendeur d'origine» à la pièce, mentionne le permis de construire. Dans les détails il s'agit de retirer sol stratifié pour que le parquet reprenne ses droits, de poser un enduit à la chaux, d'éliminer les câbles, climatiseur et des choses disgracieuses qui se sont constellées au fil des ans, et de remplacer les luminaires. Bref, rien n'est trop beau pour Bayrou. On comprend pourquoi le maire s'accroche à son fauteuil depuis 11 ans. Le Premier ministre avait mis dans un coin de sa tête que son séjour dans les dorures de Matignon ne durerait pas et qu'il ne fallait surtout pas lâcher Pau. Même quand la nation pleurait les morts de Mayotte le notable de province a fait faux bond pour filer vers sa ville. Les goûts de luxe du maire de Pau choquent d'autant plus qu'il a rogné dans son projet de budget les dépenses des collectivités locales et a exigé la diète du train de vie de l'Etat. Et puis il y a les finances de sa mairie. La dette de la municipalité a battu tous les records depuis que Bayrou est à sa tête : il est passé de 60,2 millions d'euros en 2014 à près de 111 millions en 2023... Pourtant la municipalité argue que le passif est «sous contrôle» et qu'il est tombé à 108 millions en 2024. Il n'est pas certain que ces petits efforts suffisent à dissiper le malaise autour des sacrifices que Bayrou demande aux Français et qu'il n'applique pas aux finances de sa mairie. L'opposition municipale est ulcérée : «Alors que le milieu associatif souffre de baisse de subventions ! Le maire de Pau a ses priorités ! Quel scandale, quelle indécence !», fulmine l'élue GDS Marion Bussy-Paroix. Que répond le maire et Premier ministre face à la fronde ? Il pointe un raffut artificiel. «Tout ceci est complètement dingue ! Qu'on ose présenter ça comme du luxe... Quand on a tout essayé pour abattre quelqu'un, on va chercher des choses dérisoires, et honteuses», réplique Bayrou dans le journal Sud Ouest. Le dernier tour de piste du condamné Le locataire de Matignon n'a pas dit formellement qu'il sollicitera un troisième mandat de maire en 2026, mais de toute évidence on ne se paye pas un bureau aussi cossu pour les beaux yeux de son successeur. A 74 ans Bayrou pulse encore. Ce qui est certain c'est que les partis politiques, qu'il commence à recevoir ce lundi dans la perspective du vote de lundi prochain, précipiteront son retour dans sa ville. Le secrétaire général du Parti socialiste (PS), le très insipide Olivier Faure, se voit déjà à Matignon, un vieux rêve. La France insoumise (LFI) pose déjà ses conditions pour donner ses voix aux socialistes ; le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, laissera volontiers le Premier ministère pour filer vers l'Elysée. Une présidentielle anticipée, c'est pour ça que Mélenchon appelle à bloquer le pays ce 10 septembre, avant la motion de destitution d'Emmanuel Macron... L'extrême droite n'en pense pas moins mais Jordan Bardella et Marine Le Pen pourraient se contenter de législatives anticipées pour prendre les rênes du gouvernement, en attendant la disparition du président Macron en 2027. Tout ce beau monde – à part les écologistes – répond présent à l'invitation de Bayrou mais on sait déjà – ils l'ont dit – que le sort du Premier ministre est scellé, ils se déplaceront par pure courtoisie républicaine ou pour voir une dernière fois le condamné… Ils ne lui rappelleront pas ses piques, ses offenses, ses leçons de morale ou les travaux dans sa mairie mais l'incendie se lira dans leurs regards. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!