Le stress hydrique est aujourd'hui un enjeu planétaire. Selon les Nations unies, près de 2 milliards de personnes manquent déjà d'eau et la demande mondiale pourrait croître de 20 à 30 % d'ici 2050. Dans des régions comme l'Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient ou l'Asie du Sud, les sécheresses prolongées et la baisse des précipitations aggravent la pression sur les ressources. Dans ce contexte, la Tunisie fait partie des pays exposés, avec seulement 400 à 420 m3 d'eau par habitant et par an, un niveau inférieur au seuil de rareté absolue fixé à 500 m3. Pourtant, le pays n'est pas resté passif. Ces dernières années, il a engagé des réformes structurelles et investi dans des solutions innovantes pour sécuriser ses approvisionnements : dessalement de l'eau de mer, réutilisation des eaux usées traitées, modernisation des réseaux et préparation d'un nouveau Code des eaux. Une situation critique mais maîtrisée En août 2025, les barrages affichaient un taux de remplissage de 30,9 %, soit 754,4 millions de m3 stockés. L'agriculture absorbe environ 77 % des ressources disponibles, ce qui en fait le secteur le plus vulnérable. Par ailleurs, les réseaux de distribution enregistrent encore des pertes pouvant atteindre 50 %, ce qui oblige la SONEDE à accélérer son plan de modernisation. Pour contenir la consommation, des mesures d'urgence ont été mises en place depuis 2023 : coupures programmées, interdiction d'usages non essentiels et hausse des tarifs en 2024 (jusqu'à +16 % pour les gros consommateurs), tout en protégeant les usages de base. Les grandes orientations de l'Etat Le dessalement est devenu un axe majeur. La station de Zarat (Gabès), inaugurée en juillet 2024, produit 50 000 m3/jour avec une extension prévue à 100 000 m3/j. À Djerba, une autre station fournit 50 000 m3/j, extensibles à 75 000 m3/j, et à Sfax, une unité de 100 000 m3/j est en cours de réalisation. L'objectif est que 30 % de l'eau potable provienne du dessalement d'ici 2030. La réutilisation des eaux usées constitue un second levier : environ 65 millions de m3 ont été valorisés en 2024, principalement pour l'irrigation et les espaces verts. Ce volume devrait progresser grâce aux partenariats entre l'ONAS et la Banque mondiale. En parallèle, le nouveau Code des eaux, actuellement en discussion, prévoit un encadrement plus strict des nappes, la lutte contre les forages illicites et une gouvernance participative impliquant collectivités et citoyens. Enfin, des programmes d'économie d'eau se poursuivent, notamment la généralisation de l'irrigation au goutte-à-goutte et la réhabilitation des réseaux de distribution. Un enjeu national Le stress hydrique dépasse la seule question environnementale : il touche à la sécurité alimentaire, à la stabilité sociale et à l'attractivité économique du pays. Toutefois, en diversifiant ses sources d'approvisionnement et en renforçant sa gouvernance, la Tunisie démontre sa capacité d'adaptation. Comme d'autres pays, la Tunisie subit de plein fouet les effets du changement climatique. Mais elle a aussi choisi de transformer cette contrainte en opportunité, en misant sur le dessalement, la réutilisation des eaux usées, la modernisation des infrastructures et un nouveau cadre légal. L'eau, au-delà de sa valeur vitale, devient désormais un pilier de la souveraineté nationale et du développement durable. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!