Les droits de douane instaurés par Donald Trump, initialement pensés comme levier de négociation dans les guerres commerciales, se sont transformés en instrument de pression sur l'ensemble de l'économie américaine. Pour Bill Dudley, ancien président de la Réserve fédérale de New York, cette dépendance croissante aux recettes tarifaires complique la tâche des autorités monétaires et plonge le pays dans une incertitude durable. Un cadre juridique contesté Un arrêt de la Cour d'appel fédérale a jugé que Trump avait outrepassé ses prérogatives constitutionnelles en s'appuyant sur le International Emergency Economic Powers Act. Le président dispose jusqu'au 14 octobre pour interjeter appel. Si la décision était confirmée par la Cour suprême, la part des importations américaines soumises aux tarifs passerait de 70 % à seulement 16 %, selon le Tax Foundation. Trump conserve néanmoins d'autres leviers légaux : sécurité nationale (article 232), pratiques commerciales déloyales (article 301) ou déficit commercial persistant (article 122). Mais chacun de ces recours promet de nouvelles batailles judiciaires et d'accroître la paralysie des décisions d'investissement et d'embauche. Le casse-tête de la Fed Cette incertitude tarifaire place la Réserve fédérale dans une position délicate. Déjà sous la pression de Trump pour baisser les taux, la banque centrale doit composer avec un effet différé sur les prix à la consommation. Selon Dudley, il devient difficile de distinguer un pic d'inflation transitoire d'une tendance plus profonde. Ce brouillage réduit les marges de manœuvre pour éviter le double écueil d'une récession et d'un excès d'inflation, rendant le scénario d'un "atterrissage en douceur" presque illusoire. Des recettes colossales, difficilement réversibles L'un des paradoxes de la crise réside dans l'ampleur des recettes douanières générées. En juillet 2025, elles ont atteint 30 milliards de dollars, soit trois fois plus qu'un an plus tôt. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, estime que ces revenus pourraient dépasser les 500 milliards de dollars par an, soit environ un quart du déficit budgétaire fédéral. Pour Dudley, cette manne crée une véritable dépendance politique et budgétaire : il serait presque impossible pour une administration future de combler un tel manque à gagner en réduisant les dépenses, puisque la majorité du budget fédéral est absorbée par la défense, la santé et le service de la dette, tous en forte croissance. Ainsi, Bill Dudley estime que les Etats-Unis sont entrés dans une logique d'"addiction aux droits de douane", une situation qui accroît les risques financiers, rend la politique monétaire plus instable et prolonge un climat d'incertitude néfaste pour l'économie réelle. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!