Un vote de confiance «suicidaire». Pour le Premier ministre François Bayrou c'est un désastre annoncé. Ce lundi 8 septembre sera l'épilogue de 9 mois d'erreurs et errements, de pilotage à vue au gré des courants parce que n'ayant pas de majorité au Parlement, tout comme son prédécesseur Michel Barnier. L'ancien Premier ministre Gabriel Attal avait une majorité confortable, le président Emmanuel Macron a fait le choix de la déraison : Dissoudre l'assemblée pour miser sa majorité dans des législatives anticipées, après des élections européennes qu'il venait de perdre. Macron a joué comme on joue au poker, il a encore perdu. Ce 8 décembre de l'instabilité s'ajoutera à l'instabilité. En validant la proposition de Bayrou sur le vote de confiance le chef de l'Etat savait pertinemment que Bayrou ne passerait pas la barrière des députés. Les mêmes motifs de la disgrâce de Barnier causeront la perte de Bayrou : le Budget de 2026, ou plutôt les choix pour le monter. Les sacrifices demandés ne passent pas, aussi bien pour l'opposition que pour la majorité des citoyens. Mais il y a pire : l'impopularité du Premier ministre et de son patron, Macron… Il est possible que ce dernier se dise qu'en sacrifiant Bayrou il se produira peut-être un miracle avec son successeur et que tout s'arrangera, comme par magie. Il est comme ça Macron : un parieur, un joueur invétéré. Il est aussi possible qu'il assouvisse une vengeance sur Bayrou, qui dit-on lui aurait tordu le bras en le menaçant de faire voler en éclats la majorité présidentielle s'il n'est pas installé à Matignon. Il a eu ce qu'il voulait, le Béarnais ne pourra pas s'éviter un retour précipité dans sa chère et douce ville de Pau. Il ne perdra pas au change… Par contre le pays y laissera beaucoup de plumes. L'après-Bayrou sera kafkaïen, la presse internationale s'intéresse à cette France que plus personne ne comprend. «Une France politiquement paralysée a eu quatre Premier ministre au cours des vingt derniers mois et semble sur le point d'en ajouter un cinquième, un degré d'instabilité suggérant une crise institutionnelle et une incertitude jamais vu depuis l'instauration de la Ve République en 1958», analysent « New York Times » et le journal britannique « The Guardian ». «La Constitution de la Ve République en France, prévue par Charles de Gaulle en 1958 pour créer un pouvoir exécutif fort et un pouvoir législatif souple, a cessé d'accoucher de gouvernement stable. Sans changement de système, la France est confrontée à une paralysie politique prolongée», mentionne Paul Taylor dans un éditorial du journal britannique… Même tonalité dans le média espagnol « El País » : «La période est extrêmement incertaine. Personne ne sait vraiment comment sortir d'une crise dans laquelle la validité du système est remise en cause». «À force d'instabilité politique, cette Ve République fondée par de Gaulle ressemble de plus en plus au crépuscule de la IVe», écrivait le 29 août dernier le quotidien portugais « Diário de Notícias ». «Rien ne va plus» depuis la dissolution de l'Assemblée nationale, assène le journal allemand « Der Spiegel ». «Paris pourrait être confronté à des jours de chaos politique», ajoute l'hebdomadaire allemand, en rappelant l'agitation sociale en plus du chaos politique, notamment les manifestations, grèves et blocages des 10 et 18 septembre 2025. «Logique, après tout, nous sommes en France», tacle le journal allemand. Et puis il y a les contrecoups économiques de cette instabilité politique, dans un pays où les finances publiques n'ont jamais été mauvaises et la dette à un niveau historiquement haut. La 2e économie de la zone euro qui désormais se finance plus cher sur les marchés que la Grèce, qui fut il y a peu le mouton noir de l'Union européenne (UE). Les conséquences sont «graves» pointe New York Times en reprenant les indicateurs de la dette française, «largement supérieurs» au seuil fixé par l'UE… «La France n'est peut-être pas sur le point de faire faillite, mais une bataille cruciale se profile clairement autour des dépenses consacrées à son précieux filet de sécurité sociale, qui comprend l'éducation, la santé et les retraites», alerte le journal américain. C'est d'autant plus problématique que, rappelle The Guardian, «les partis français n'ont ni la culture politique allemande et néerlandaise de négocier un programme de compromis pour une législature, ni la tradition italienne de constituer un gouvernement de technocrates pour un temps limité pour porter des réformes impopulaires mais nécessaires». Le réquisitoire du « Wall Street Journal » est tout aussi sévère, il fustige un personnel politique qui préfère «des crises politiques en cascade à toute réforme économique». «Macron pourrait nommer un nouveau Premier ministre – le quatrième en deux ans – mais il n'existe aucun signe que les partis politiques soient prêts à un compromis sur un budget réaliste», commente « The Guardian ». Le journal désigne l'extrême droite de Marine Le Pen et Jordan Bardella comme la grande gagnante de cette crise politique historique, ce que d'ailleurs disent tous les sondages. Et cette fois il est très peu probable que le Front républicain monté par Macron aux élections anticipées opère de nouveau en cas de scrutin législatif voire présidentiel si la crise s'ancre.
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