L'actualité diplomatique donne le sentiment d'un « monde à l'envers ». L'Espagne durcit ses positions face au gouvernement israélien – rappel de l'ambassadrice pour consultations, embargo sur les armes, interdiction d'utiliser les ports et l'espace aérien pour des transits d'armements à destination d'Israël, et contrôle accru des produits issus des colonies – tandis que certaines capitales arabes poursuivent la normalisation comme si de rien n'était. Dernier signal en date : Bahreïn a officiellement reçu les lettres de créance du nouvel ambassadeur israélien, malgré la tragédie humanitaire qui se poursuit à Gaza. Autres exemples à l'Ouest : la pression monte Plusieurs pays et juridictions occidentales ont accentué la pression via des décisions politiques, diplomatiques ou judiciaires : * Irlande, Norvège, Slovénie : reconnaissance de l'Etat de Palestine, renforçant le signal diplomatique en Europe. * Pays-Bas : décision de justice bloquant l'exportation de composants militaires destinés à Israël (ex. pièces liées au programme F-35), au nom du respect du droit international humanitaire. * Canada : gel de nouveaux permis d'exportations militaires vers Israël, inscrit dans une motion parlementaire suivie d'engagements gouvernementaux. * Villes et universités européennes : multiplication de mesures de boycott ou de désinvestissement ciblé (contrats, partenariats, événements) lorsqu'un lien direct avec l'effort de guerre est établi. * Parlements nationaux : résolutions appelant à un cessez-le-feu durable, à la protection des civils et au contrôle des ventes d'armes. Autres exemples dans le monde arabe : la normalisation continue À l'inverse, plusieurs capitales arabes maintiennent un cap de normalisation ou un niveau de relation diplomatique inchangé : * Emirats arabes unis : relations pleines avec Israël (représentations, échanges d'affaires, liaisons aériennes), malgré une rhétorique officielle critique des opérations à Gaza. * Maroc : relations diplomatiques poursuivies et coopération sectorielle, tout en ménageant la sensibilité de l'opinion publique. * Bahreïn : continuité assumée avec la réception formelle du nouvel ambassadeur israélien. * Egypte, Jordanie : traités de paix et coordination sécuritaire maintenus ; rôle de médiation réaffirmé, mais sans rupture des relations bilatérales. Dans l'opinion, ce décalage entre la gravité du terrain et la prudence diplomatique alimente le sentiment d'une cause palestinienne reléguée au second plan par certains gouvernements de la région. Gaza : le bilan humain qui isole de plus en plus Israël Le coût humain demeure vertigineux. Depuis 2023, plus de 64 000 Palestiniens ont été tués selon les décomptes cumulés des autorités sanitaires locales et des agences humanitaires. La famine est déclarée dans plusieurs secteurs, et près de 1,9 million de personnes – l'immense majorité de la population – ont été déplacées au moins une fois. À ces pertes s'ajoutent la destruction massive d'infrastructures, l'effondrement des services essentiels et l'entrave répétée à l'acheminement de l'aide. Sur le plan normatif, les experts onusiens et de nombreuses organisations académiques et humanitaires dénoncent des violations graves, allant jusqu'à qualifier la situation de crime de génocide – des accusations rejetées par Israël mais qui accentuent son isolement diplomatique et moral. Une ligne de fracture politique et morale Que Madrid actionne des leviers concrets au nom du droit international, pendant que des Etats arabes poursuivent la normalisation, bouscule les repères. Pour les défenseurs de la cause palestinienne, l'enjeu est de transformer la pression internationale en résultats tangibles : cessez-le-feu durable, accès humanitaire sans entrave, reconstruction, reddition de comptes. Et, du côté arabe, de raccorder les politiques officielles aux attentes de leurs opinions publiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!