La capitale britannique a connu, samedi 13 septembre, l'une des plus grandes mobilisations de la droite nationaliste de ces dernières années. Selon la police, 110.000 personnes ont défilé dans les rues de Londres à l'appel de Tommy Robinson, figure controversée du nationalisme anglais, récemment incarcéré pour ses propos sur l'immigration. Parmi les participants figuraient des personnalités étrangères telles que Eric Zemmour, président de Reconquête, et Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump. Une mobilisation sans précédent La manifestation, présentée par Robinson comme « le plus grand rassemblement jamais consacré à la liberté d'expression », a démarré à 11 heures avant de converger vers Whitehall, cœur du pouvoir politique britannique. Les participants brandissaient massivement des drapeaux britanniques et des portraits de Charlie Kirk, l'influenceur américain conservateur assassiné mercredi aux Etats-Unis, auquel un hommage appuyé a été rendu. La police londonienne a déployé 1.000 agents pour encadrer la mobilisation et a indiqué en milieu d'après-midi qu'aucun incident majeur n'avait été signalé. Une contre-manifestation, organisée par l'association antiraciste Stand Up To Racism UK, s'est tenue simultanément dans le centre de Londres. Le parcours et les soutiens de Tommy Robinson Âgé de 42 ans, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, Tommy Robinson est le fondateur de l'English Defence League, un mouvement issu de la mouvance hooligan. Figure médiatique de la droite dure, il est coutumier des condamnations : troubles à l'ordre public, outrage au tribunal en 2018, propos diffamatoires sur un réfugié en 2024. Libéré en mai 2025, il avait reçu le soutien d'Elon Musk, ce qui lui a permis de renforcer sa visibilité internationale. Sa rhétorique, centrée sur l'immigration et l'islam, divise profondément le Royaume-Uni. Début octobre 2026, il doit comparaître pour avoir refusé de fournir le code PIN de son téléphone dans le cadre d'une enquête antiterroriste. Une droite transnationale Au-delà des frontières britanniques, la mobilisation a attiré des figures de la droite et de l'extrême droite européennes et américaines. La présence d'Eric Zemmour illustre les passerelles idéologiques entre mouvements nationalistes sur le Vieux Continent. Quant à Steve Bannon, il a symboliquement apporté l'appui d'une partie de la droite radicale américaine. Ces alliances traduisent une volonté de construire une internationale nationaliste, unie autour de thèmes communs : critique de l'immigration, dénonciation de l'« islamisation », défense d'une identité occidentale et revendication d'une liberté d'expression qu'ils estiment menacée. Le choix du mot d'ordre « pour la liberté d'expression » n'est pas anodin. Le débat s'est intensifié au Royaume-Uni depuis l'arrestation, début septembre, d'un créateur de séries à Heathrow pour des messages jugés hostiles aux personnes transgenres. Robinson et ses partisans cherchent à capitaliser sur cette controverse, élargissant leur discours au-delà de la seule question migratoire. Une réflexion nécessaire : au-delà des amalgames Cette démonstration de force pose des questions de fond. Elle illustre la manière dont des mouvements politiques instrumentalisent l'insécurité et l'immigration pour mobiliser, tout en passant sous silence la réalité économique : dans de nombreux pays européens, y compris au Royaume-Uni, une partie importante de l'économie dépend des travailleurs immigrés. L'amalgamation systématique entre immigration et insécurité occulte plusieurs faits : * La majorité des immigrés s'intègrent, travaillent et contribuent aux finances publiques. * Le besoin économique de main-d'œuvre étrangère est croissant, notamment dans la santé, l'agriculture et le bâtiment. * L'islam, souvent stigmatisé par ces mouvances, est pratiqué par des millions de citoyens européens qui respectent les lois et participent à la vie collective. L'enjeu pour les sociétés européennes reste donc de concilier sécurité et cohésion sociale tout en reconnaissant la contribution réelle des immigrés. La manifestation de Londres, si elle témoigne d'une colère identitaire, souligne surtout l'urgence d'un débat apaisé, loin des caricatures et des simplifications. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!