La déclaration finale de la conférence arabe-islamique extraordinaire tenue à Doha lundi a ouvert la porte à une révision des relations diplomatiques et économiques avec Israël, ainsi qu'à la suspension de la fourniture d'armes — ou de leur transit —, sans pour autant rendre ces mesures obligatoires. La réunion a été convoquée dans le sillage de l'attaque imputée à Israël contre le Qatar la semaine dernière, visant, selon les participants, des dirigeants du Hamas alors qu'ils examinaient une nouvelle proposition américaine de cessez-le-feu à Gaza. Au nom de la Ligue arabe, Hossam Zaki, secrétaire général adjoint, a expliqué que la clause relative à la révision des relations n'a pas été rendue contraignante afin de laisser à chaque Etat la liberté d'agir en fonction de ses intérêts souverains. Il a souligné que le message adressé au monde est clair : le Qatar n'est pas isolé, un soutien arabe et islamique s'est exprimé à Doha. Autre point mis en avant : la protection des médiateurs. Les interventions ont « condamné toute atteinte au médiateur et au négociateur » et rappelé la médiation « stable et utile » du Qatar, aux côtés de l'Egypte et des Etats-Unis, qu'il convient de préserver. Dans une lecture analytique, la formulation du texte introduit une pression d'ordre moral sur les pays ayant normalisé : elle n'impose rien, mais pose la question de la poursuite des liens « après tout ce qui s'est passé ». Les gouvernements concernés devront justifier le maintien de ces relations. Les analyses sur les différents plateaux des chaînes arabes confirment l'effet direct d'un mouvement d'opinion devenu incontestable, nourri par la poursuite des violences contre les Palestiniens depuis deux ans. L'ouverture laissée par le communiqué équivaut à une obligation morale : couper ou geler les relations, adopter des sanctions et activer les décisions des juridictions internationales visant des responsables israéliens. Les discours à Doha, Israël a été décrit, de manière implicite, comme un acteur ne respectant pas le droit international. A rappeler que certaines capitales arabes avaient justifié la normalisation par l'espoir d'une avancée vers un Etat palestinien et la prévention d'annexions en Cisjordanie : La réalité rappelle que rien de tout cela ne s'est produit. Ainsi, geler ces liens rendrait un service réel au camp de la paix en exposant l'intransigeance israélienne et les politiques discriminatoires envers les Palestiniens. La rencontre de Doha a « remis en mouvement des dossiers figés » : elle a ouvert des débats jusqu'alors évités et mis en lumière les interrogations de la rue arabe face à des positions officielles jugées en décalage avec certaines prises de position occidentales plus fermes. Plusieurs analystes jugent le communiqué plus ambitieux que nombre de textes précédents, notamment lorsqu'il évoque l'activation d'une coopération de défense commune au niveau arabe et du Golfe. Il exprime l'inquiétude face à la poursuite de la guerre à Gaza et au processus de judaïsation en Cisjordanie, tout en transférant une large part du traitement de « l'escalade israélienne » vers la communauté internationale — une ligne de faiblesse selon Barghouti, qui attendait des engagements nationaux plus nets. Des réponses différenciées et l'enjeu du Golfe L'hétérogénéité des intérêts nationaux rend improbable une riposte unique ; des initiatives unilatérales — révisions de relations, mesures restrictives ciblées, conditionnement économique — paraissent plus réalistes. Tout le monde sembler miser sur le rôle des pays du Golfe, capables de parler à Washington « le langage des intérêts » et d'alerter Donald Trump sur les risques que comporte, selon eux, un soutien sans réserve à Israël. Dans le même temps, la montée de l'agacement européen face au mépris du droit international pourrait favoriser des positions d'équilibre plus nettes au sein des chancelleries du Golfe. Ainsi, en n'instituant pas d'obligation, le communiqué de Doha déplace le centre de gravité : il moralise le débat en plaçant les Etats normalisateurs devant une responsabilité publique. Son impact réel dépendra des actes que prendront individuellement les capitales — au premier rang desquelles celles du Golfe —, de la crédibilité donnée à l'idée d'un dispositif de défense commun et de la capacité des médiations (Qatar, Egypte, Etats-Unis) à arracher des avancées concrètes sur le terrain. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!