L'Espagne étudie la possibilité de ne pas participer à la Coupe du monde 2026 si Israël se qualifie. La réflexion, portée au niveau politique à Madrid, s'inscrit dans la continuité d'une ligne assumée depuis 2024 — année où l'Espagne a reconnu l'Etat de Palestine — et traduit la volonté d'exercer une pression éthique via le sport. Sans décision finale à ce stade, le signal est clair : la Roja pourrait renoncer si la présence d'Israël est confirmée, au nom d'un principe humanitaire devenu prioritaire dans le débat public espagnol. Un choix à portée symbolique forte Pour Madrid, le football n'est pas isolé du réel. En mettant sur la table l'hypothèse d'un boycott conditionnel, l'Espagne rappelle que la Coupe du monde est un méga-événement dont l'audience planétaire confère un poids politique. Le message vise à moraliser la scène sportive lorsque des violations massives des droits humains sont alléguées. Le précédent de sanctions sportives prises contre d'autres Etats dans des crises récentes nourrit cette approche, qui entend faire du terrain de jeu un levier de responsabilité. Depuis 2023, la bande de Gaza connaît un bilan humain exorbitant, avec des dizaines de milliers de morts, des centaines de milliers de blessés et de déplacés, des destructions d'infrastructures civiles (hôpitaux, écoles, réseaux d'eau et d'énergie) et une insécurité alimentaire aiguë. De nombreuses voix — organisations humanitaires, responsables politiques, universitaires — parlent de crime de masse et, pour certaines, qualifient les faits de génocide. C'est dans ce contexte que l'Espagne avance l'idée d'un devoir de cohérence : ne pas banaliser, par le sport, une situation jugée intolérable. La conscience de l'Europe ? L'initiative place Madrid au rang de pays moteur dans l'Union européenne sur le dossier palestinien. Après la reconnaissance de l'Etat de Palestine, l'Espagne endosse désormais un rôle de "conscience européenne", en assumant un coût sportif et diplomatique potentiel pour défendre un principe supérieur : la protection des civils et le respect du droit international humanitaire. Le calcul est clair : peser sur l'agenda international et forcer un débat que les arènes diplomatiques peinent à trancher. Quelles implications pratiques ? La décision se jouera à deux niveaux : le gouvernement et la RFEF devront arrêter une position commune, en coordination avec la FIFA et l'UEFA. Le calendrier dépendra à la fois d'une éventuelle qualification d'Israël et de l'évolution de la situation sur le terrain. Une telle orientation façonnerait l'image internationale de l'Espagne, ouvrirait un débat sur d'éventuelles sanctions sportives et exposerait la fédération à des pressions diplomatiques, ainsi qu'à des enjeux contractuels sensibles, des droits TV aux engagements des partenaires. Pourquoi cette ligne est cohérente pour Madrid Elle s'inscrit d'abord dans la continuité : reconnaissance de la Palestine, défense de la solution à deux Etats et attachement au droit humanitaire. Elle répond aussi à une opinion publique très mobilisée, qui refuse que le sport serve de paravent à des crimes allégués. Enfin, c'est une diplomatie de principe : faire primer l'universel sur une realpolitik jugée stérile, même au prix d'un coût politique ou sportif. Et maintenant ? Tout dépendra de la qualification d'Israël, du cadre fixé par la FIFA et de l'évolution de la situation à Gaza. La qualification directe d'Israël paraît peu probable : il faudrait un quasi-sans-faute et un gros faux pas du leader du groupe. En revanche, la 2e place synonyme de barrages reste jouable à condition de prendre un maximum de points sur les derniers matches, notamment face aux concurrents directs. Mais une chose est acquise : en posant ce jalon, l'Espagne replace le devoir moral au cœur du football mondial et se positionne comme porte-voix européen d'une exigence humanitaire que beaucoup réclament. Si cette ligne se confirme, elle marquera l'un des gestes politiques les plus forts jamais portés par une grande nation de football sur la scène internationale. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!