Le 18 septembre 2025, la France a connu une nouvelle démonstration de force syndicale. À l'appel d'une intersyndicale unie, des centaines de milliers de personnes ont défilé à travers le pays pour dénoncer la politique d'austérité du gouvernement. Cette journée, largement pacifique malgré quelques heurts isolés, s'inscrit comme le premier grand bras de fer social depuis la nomination du nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu. Les causes d'une colère persistante À l'origine du mouvement, le projet de budget 2026 imaginé par François Bayrou avant sa chute début septembre. Celui-ci prévoyait 44 milliards d'euros de coupes budgétaires, incluant la réforme de l'assurance chômage, le gel des prestations sociales, la désindexation des petites retraites et le doublement de certaines franchises médicales. Si Lecornu a enterré la suppression de deux jours fériés, mesure qui cristallisait les critiques, l'essentiel de l'architecture austéritaire demeure. Pour les syndicats, ces dispositions frappent de plein fouet travailleurs, retraités, chômeurs et malades. La mobilisation traduit aussi un climat plus large de défiance : hausse du coût de la vie, sentiment d'injustice fiscale, réformes sociétales controversées et contexte géopolitique tendu, notamment au Proche-Orient. Les pancartes brandies – « Taxer les riches », « Abolition des privilèges » – résument une aspiration croissante à plus de justice sociale. Une participation nationale d'ampleur Plus de 250 rassemblements ont été recensés. Selon le ministère de l'Intérieur, 506 000 personnes ont manifesté, dont 55 000 à Paris. Les syndicats avancent, eux, le chiffre de plus d'un million. L'écart illustre la traditionnelle bataille des chiffres. À Paris, les cortèges ont rassemblé entre 50 000 et 80 000 personnes. À Marseille, la police a compté 15 000 participants, contre 120 000 selon les syndicats. Lyon a vu défiler entre 14 000 et 20 000 personnes. De grandes mobilisations ont aussi eu lieu à Bordeaux, Toulouse, Rennes, Nantes, Lille, Strasbourg et Montpellier. Malgré un dispositif impressionnant de 80 000 policiers et gendarmes, renforcé par des blindés et des hélicoptères, quelques débordements ont éclaté. À Paris, des affrontements ont eu lieu Place de la Nation et près du ministère de l'Economie, nécessitant gaz lacrymogènes et canon à eau. 309 interpellations ont été comptabilisées sur tout le territoire, dont 134 gardes à vue. On déplore 26 policiers et gendarmes blessés. À Rennes, près de 2 000 radicaux ont affronté les forces de l'ordre près de la gare, transformant l'esplanade en champ de bataille. La gare a dû être temporairement fermée. À Nantes, un bloc d'environ 1 000 manifestants a causé des tensions et brisé plusieurs vitrines, entraînant 17 interpellations. À Lyon, quelques heurts ont été signalés, avec trois policiers blessés, dont un par un tir de mortier d'artifice. En parallèle, près de 476 actions coup de poing ont été recensées : blocages de routes, dépôts occupés, opérations escargot et établissements scolaires fermés. Réactions en France Sébastien Lecornu a pris acte de la mobilisation et annoncé de nouvelles rencontres avec les syndicats, tout en condamnant les violences. Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau a insisté sur la maîtrise de la situation, affirmant que « la France n'a pas été bloquée ». À droite, Jordan Bardella (RN) a apporté son soutien aux forces de l'ordre, accusant « l'extrême gauche radicale » d'avoir envenimé les cortèges. À gauche, Jean-Luc Mélenchon a salué un « événement d'ampleur formidable », estimant que la mobilisation prolonge le mouvement social contre la réforme des retraites de 2023. Pour la CGT et la CFDT, cette journée est une « première victoire » et un avertissement clair au gouvernement. La presse internationale observe la France Le New York Times a souligné que Lecornu, à peine nommé, se retrouve déjà plongé dans une contestation massive. Bloomberg y voit un obstacle supplémentaire pour un exécutif qui peine à trouver une majorité parlementaire. En Italie, la presse s'est livrée à un véritable « french-bashing ». Il Messaggero décrit une société « corporatiste » arc-boutée sur ses privilèges, Panorama dénonce « l'arrogance française incarnée par Macron », et Corriere della Sera raille l'attitude d'un président « donneur de leçons ». D'autres médias, comme Linkiesta, vont plus loin en accusant la France d'« arrogance néocoloniale » et en rappelant ses revers en Afrique. La presse allemande et espagnole, plus factuelle, a établi un parallèle avec la crise des retraites, évoquant un peuple français « fidèle à sa réputation rebelle ». Et maintenant ? L'intersyndicale se réunit dès le lendemain pour décider de la suite. De nouvelles mobilisations sont envisageables lors du débat budgétaire d'octobre. Le gouvernement, lui, tente d'ouvrir des canaux de négociation, mais reste attaché à ses objectifs d'économies. La journée du 18 septembre restera comme un signal fort : une France où la rue continue d'occuper un rôle central dans l'arbitrage des choix politiques. Le duel entre l'exécutif et les forces sociales ne fait que commencer, et ses prolongements pèseront sur la suite du quinquennat. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!