À la surprise générale et dans une relative discrétion l'Arabie saoudite a fait un mouvement spectaculaire vers le Pakistan, pays doté de l'arme nucléaire. Les deux nations ont paraphé dernièrement un accord de défense mutuelle prévoyant que le parapluie nucléaire pakistanais assurera la sécurité du royaume au besoin. Cette signature est intervenue quelques jours après l'attaque israélienne contre des leaders du Hamas planqués chez le voisin, le Qatar. Après ça il y avait urgence à Riyad. Ces frappes ont traumatisé toutes les monarchies du Golfe, ce qui explique l'agitation pour condamner les tirs et surtout ameuter les Américains afin qu'ils retiennent la main du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Mais tout le monde sait que Washington n'est plus un allié fiable et que le président Donald Trump tourne au gré de ses intérêts. Demandez aux Ukrainiens et aux dirigeants européens. Pourtant ce n'est pas faute d'arroser avec des centaines de milliards de dollars… Le Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane (MBS) a été le tout premier à promettre au républicain un investissement colossal de 600 milliards de dollars, une première enveloppe. Toutes les autres monarchies du Golfe ont suivi, ça ne suffira pas à leur garantir la protection absolue des USA, surtout quand l'agresseur est le protégé de Trump, Israël. Alors il faut migrer vers d'autres boucliers, c'est ce que MBS a fait. Un expert qui a ses entrées dans la cour royale saoudienne, Ali Shihabi, l'a déclaré hier dimanche 21 septembre quelques jours après la signature du traité de défense avec le Pakistan. Il a indiqué que l'accord était cuisiné depuis des années, rapporte Le Monde. Les assauts de Netanyahu à Doha ont précipité les événements. Sur ce coup MBS a bien caché son jeu. Le 20 septembre 2023 il déclarait publiquement, sur « la chaîne du président Trump », Fow News, qu'il s'approchait à grands pas d'Israël pour principalement obtenir des USA la clé de l'armement nucléaire. La normalisation avec l'Etat hébreu n'est plus d'actualité, le Hamas l'a fait capoter le 7 octobre 2023… Cette normalisation s'éloigne d'autant plus que l'Arabie saoudite s'est jointe à la France pour entraîner une dizaine de pays dans la reconnaissance officielle de l'Etat de Palestine ce lundi 22 septembre à l'ONU. Cette affaire aura des conséquences pour les Palestiniens mais également pour tous les Etats signataires, a averti Netanyahu. Donc pour les Saoudiens le Pakistan s'impose. Restait à calmer le courroux de l'Inde, 5e puissance économique mondiale, puissance militaire (dotée de l'arme nucléaire) et adversaire notoire du Pakistan. Mais MBS a un atout dans sa manche : il «entretient d'excellentes relations avec New Delhi», confie l'analyste proche des autorités saoudiennes. L'Inde ne barrera pas la route de Riyad. «Le nucléaire fait partie intégrante de cet accord ; le Pakistan se souvient que le royaume a largement financé son programme et l'a soutenu lorsqu'il était sous sanctions», a ajouté l'expert. Rappelons que le ministre pakistanais de la défense pakistanais, Khawaja Muhammad Asif, a déclaré récemment sur une chaîne locale que le programme nucléaire de son pays serait mis au service de l'Arabie saoudite en cas de conflit, après la signature de l'accord. Rappelons également que le Premier ministre indien, Narendra Modi, était en déplacement en Arabie saoudite en avril 2025 ; il avait écourté sa visite après un assaut sanglant contre des touristes dans la région du Cachemire indien, une attaque imputée à des islamistes radicaux soutenus par Islamabad. La dernière guerre avec le Pakistan est née de là. Mais il semble que l'accord de défense entre les Saoudiens et les Pakistanais ne sera pas un sujet de conflit… Riyad a joué un grand rôle dans la cessation des hostilités entre l'Inde et le Pakistan. Par ailleurs le puissant royaume est depuis des années un des principaux fournisseurs de l'Inde en pétrole, dont le pays le plus peuplé du monde a grandement besoin pour faire tourner son économie. Les liens entre le royaume et Islamabad sont très solides également, plus de 2,5 millions de Pakistanais travaillent en Arabie saoudite et Riyad a longtemps tenu à bout de bras l'économie pakistanaise, beaucoup moins costaude que celle de l'Inde. Donc MBS est en terrain conquis dans les deux pays.
Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!