Les festivités de la Hiloula organisées à Essaouira, un lieu emblématique du judaïsme marocain, continuent de faire grand bruit, surtout les prières formulées en direction de l'armée israélienne. Alors que Tsahal a signé plus de 64 000 morts à Gaza depuis le 7 octobre 2023 et que son commandant suprême, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, est traqué par un mandat d'arrêt de la CPI qui lui ferme beaucoup de portes à l'étranger. Après le site marocain « Yabiladi », le portail d'informations israélien « Kikar Hashabat » confirme que des prières ont bien été organisées dimanche dernier… Dans les images diffusées par le média hébreu on voit des cérémonies célébrées "dans leur forme habituelle", en présence de dignitaires marocains et israélites. Le tollé est tel que Serge Berdugo, président du Conseil des communautés juives du Maroc, a dû sortir du bois ; il a répondu aux question du journal en ligne marocain « Hespress ». Sa ligne de défense : la prétendue prière est un «mensonge», une «pure calomnie». Mais il est vite redescendu des cimes et a infléchi son discours face aux faits implacables, il a argué qu'il n'a aucune idée «des célébrations de la Hiloula au Maroc cette année». Il aurait peut-être dû commencer par là ! «Nous n'avons aucun lien, aucun intérêt, ni aucune attache avec l'Etat d'Israël ou ce qu'il fait», a-t-il ajouté, en soulignant que la seule préoccupation de son Conseil demeure «exclusivement les juifs marocains». De mieux en mieux! Mais ça ne le dédouanera pas pour autant aux yeux de l'intellectuel et chercheur Ali Bouabid, délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid. Sa réaction est musclée : «Ce qui s'est joué à Essaouira dépasse largement le cadre religieux. Sous des apparences de commémoration traditionnelle, c'est une manifestation politique soigneusement orchestrée qui s'est tenue, avec la participation de représentants officiels marocains». «Loin du recueillement et de la dignité attendus, les organisateurs ont instrumentalisé le sacré au service d'un agenda politique radical, affichant avec indécence leur soutien à la politique génocidaire de Netanyahou», a asséné M. Bouabid… Pendant que certains rabbins dans d'autres contrées émettent un appel à la "clairvoyance morale" insistant sur les obligations de compassion et de justice pour les juifs, «leurs homologues marocains présents à Essaouira ont tombé le masque. Ils ont préféré réciter des prières pour la sécurité des soldats de Tsahal», honorant une armée accusée de crimes contre l'humanité, martèle Bouabid dans un texte publié sur son compte Facebook. «Pas le moindre mot de compassion pour le martyre du peuple palestinien, pas la plus petite condamnation de l'expansion coloniale persistante... Stupéfiant !», a-t-il ajouté. Pour le chercheur, «Essaouira aura ainsi offert une tribune au sionisme le plus radical (...) Ces représentants de la communauté juive marocaine ont transformé la prière en acte de propagande, piétinant délibérément les sentiments de la majorité du peuple marocain». «Que l'on ne s'y trompe pas, cette attitude ne surprend plus : derrière le discours convenu sur la paix, la tolérance et la coexistence entre les religions, se cache une instrumentalisation du religieux à des fins politiques – une pratique que le Maroc condamne pourtant officiellement. Cette démarche sert de surcroît un dessein funeste : la négation des droits politiques des Palestiniens. En cela, elle épouse parfaitement les méthodes des franges les plus radicales de la société israélienne, dont elle se fait l'écho et le relais au Maroc. Bien plus qu'une petite musique qui monte, c'est là par bien des aspects la préfiguration d'une véritable offensive idéologique», a conclu l'intellectuel. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!