La revue française Le Point s'interroge, dans un long rapport signé par Romain Gubert, sur la manière dont les préparatifs de l'attaque du 7 octobre 2023 ont échappé aux radars des services de renseignement israéliens, pourtant réputés comme parmi les plus performants au monde. L'opération lancée par le Hamas depuis Gaza, qui a entraîné une percée massive à l'intérieur du territoire israélien, a provoqué une onde de choc sans précédent au sein de l'appareil sécuritaire et militaire de l'Etat hébreu. Des signaux ignorés malgré des alertes précoces Selon le magazine, ni le Shin Bet (sécurité intérieure), ni l'Aman (renseignement militaire), ni le Mossad (renseignement extérieur) n'ont anticipé l'ampleur de l'attaque, malgré des indices alarmants. Des documents interceptés, des avertissements venus d'Egypte, des anomalies techniques comme l'activation suspecte de cartes SIM la veille de l'assaut, ou encore des renseignements humains cruciaux avaient pourtant été relevés. Ces données n'ont pas été intégrées ni analysées de manière efficace, conduisant à l'absence de toute réponse préventive. La surprise, y compris pour le Hamas Ironie du sort, rapporte Le Point, même le Hamas ne s'attendait pas à une telle réussite opérationnelle ni à la lenteur de la réaction israélienne. L'assaut a permis à des milliers de Gazaouis – dont des commandos d'élite – de franchir la frontière, causant la mort d'environ 1 200 personnes, dont de nombreux soldats, et entraînant la capture inédite d'otages. « Surveillance sans vision » : une arrogance fatale Le rapport cite notamment l'étude du chercheur français Clément Renaud, intitulée Surveillance sans vision. Celle-ci souligne que l'échec israélien ne résulte pas d'un manque d'informations, mais d'un mauvais traitement des données et d'une arrogance institutionnelle. Convaincus que Gaza était sous contrôle total grâce à une surveillance technologique de pointe, les décideurs israéliens ont écarté l'hypothèse d'un assaut de grande envergure. Cette confiance excessive a empêché de voir l'évolution des tactiques du Hamas, qui a su brouiller les pistes par de fausses communications mobiles, tout en organisant ses opérations via des réseaux filaires souterrains, hors de portée des écoutes traditionnelles. Une crise plus large que l'échec du renseignement Le fiasco du 7 octobre met en lumière non seulement des failles sécuritaires, mais aussi une crise structurelle dans la pensée stratégique israélienne. Les divisions internes, la méfiance croissante entre responsables politiques et services de sécurité, ainsi que la focalisation prioritaire sur la Cisjordanie au détriment de Gaza, ont amplifié la cécité institutionnelle. « L'attaque n'a pas échoué par manque de données, mais par excès de confiance, défaut d'analyse et mauvaise hiérarchisation des menaces », conclut Le Point. Vers une remise en question inévitable Alors qu'aucune commission d'enquête officielle n'a été constituée deux ans après les faits, un colloque réunissant anciens espions, chercheurs et responsables politiques doit se tenir fin octobre à l'université hébraïque de Jérusalem pour réfléchir aux moyens de « refonder le renseignement après le 7 octobre ». Un aveu implicite que cette journée restera comme l'un des plus grands traumatismes sécuritaires de l'histoire d'Israël. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!