L'accord conclu la semaine dernière entre Donald Trump et le géant pharmaceutique Pfizer pourrait redéfinir la politique mondiale du médicament. Présenté comme un compromis historique, il vise à éviter l'imposition de droits de douane massifs sur les importations de produits pharmaceutiques et à stabiliser les prix sur le marché américain. Un compromis entre pression politique et stratégie économique Depuis plusieurs mois, l'administration Trump menaçait les laboratoires d'imposer des tarifs douaniers allant jusqu'à 200 % sur les médicaments importés, si les entreprises refusaient de réduire leurs prix. Un ultimatum avait été fixé au 29 septembre, obligeant les 17 plus grands laboratoires mondiaux à se positionner. Face à cette pression, le PDG de Pfizer, Albert Bourla, a choisi la négociation : l'entreprise a accepté de baisser les prix de certains médicaments et de les vendre directement aux patients, court-circuitant les intermédiaires responsables de l'inflation des coûts. En échange, Pfizer bénéficie d'une exemption de droits de douane pendant trois ans. Cette décision a été saluée par les marchés : selon le cabinet Stifel, les 30 plus grandes entreprises de sciences de la vie ont gagné 440 milliards de dollars de capitalisation boursière en une semaine. Les investisseurs y voient un signe que la politique commerciale américaine ne menacera pas gravement le secteur pharmaceutique, contrairement aux craintes initiales. Un virage industriel massif aux Etats-Unis En contrepartie, Pfizer s'est engagée à investir 70 milliards de dollars dans la recherche, la production et les infrastructures américaines. Des engagements similaires ont été pris par Roche et AstraZeneca (50 milliards chacune) et par Eli Lilly (27 milliards). Les entreprises qui produisent sur le sol américain seront exemptées des futures taxes douanières, a confirmé la Maison-Blanche. Ce repositionnement industriel s'inscrit dans la volonté de Donald Trump de rapatrier la production pharmaceutique et de réduire la dépendance aux importations, notamment européennes. Des répercussions internationales sur les prix Pour satisfaire les conditions américaines, plusieurs laboratoires ont commencé à relever les prix hors Etats-Unis. * Eli Lilly a augmenté de 170 % le prix de son médicament contre l'obésité Mounjaro au Royaume-Uni. * Bristol Myers Squibb vend désormais son traitement antipsychotique Kopenvi au même prix qu'aux Etats-Unis, rompant avec les écarts habituels. * En parallèle, le gouvernement britannique envisage d'augmenter de 25 % le budget alloué à l'achat de médicaments pour son service public de santé (NHS). Cette réorientation pourrait renforcer la tendance à la hausse mondiale des prix, dans un contexte où les Etats-Unis absorbent près de 40 % des dépenses pharmaceutiques mondiales. Un modèle américain en mutation Aux Etats-Unis, l'accord a favorisé l'essor du modèle de vente directe au consommateur, qui permet aux laboratoires de contourner les pharmacy benefit managers (intermédiaires accusés d'amplifier les prix). Pfizer a également accepté d'appliquer la politique dite de la "nation la plus favorisée", alignant le tarif de certains médicaments du programme Medicaid sur le plus bas prix pratiqué à l'étranger. Cependant, toutes les molécules ne sont pas concernées, et les analystes estiment que l'impact financier à court terme pour Pfizer restera modéré, tandis que la compagnie bénéficie d'une image positive auprès de l'administration américaine. Vers une redéfinition du marché mondial du médicament L'accord Pfizer–Trump marque un changement structurel : il combine nationalisme économique, pression politique et adaptation industrielle. Si les consommateurs américains pourraient profiter de baisses de prix sur certains traitements, le reste du monde risque d'en subir les contrecoups inflationnistes. Les mois à venir diront si cet équilibre fragile entre politique et industrie se transforme en nouveau modèle global de fixation des prix pharmaceutiques. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!