Ce mardi 14 octobre à 15 heures la messe sera dite au Parlement. Enfin, elle ne sera pas dite aujourd'hui mais de la tonalité du discours de politique générale servi par Sébastien Lecornu dépendra la survie de son gouvernement. Une affaire qui pourrait se jouer à partir de demain, avec les motions de censure déposées par le Rassemblement national (RN) et la France insoumise (LFI). Ces deux-là ruent dans les brancards pour aller vers des élections, misant sur les promesses du scrutin pour ramasser la mise, en tout cas plus que ce que la situation actuelle leur offre. C'est la raison pour laquelle le président Emmanuel Macron a invité tout le monde à l'Elysée sauf eux. Vous n'invitez pas à votre table ceux qui exigent votre tête. Pourquoi Mme Le Pen réclame des législatives et fuit la présidentielle? L'extrême droite se contentera d'une seconde dissolution du Parlement et de législatives anticipées pour prendre les rênes de Matignon et y caser le très pressé Jordan Bardella. Certes sa cheffe Marine Le Pen brûle d'envie de s'asseoir à la place de Macron, mais avec sa condamnation et son inéligibilité assorties d'une exécution provisoire (pour détournements de fonds publics) elle n'aurait pas son quitus pour concourir à la présidentielle. Alors allons-y pour les législatives… Mme Le Pen temporise parce que son calcul est double : Soit sa condamnation est levée par la Cour d'appel et lui dégage la voie de la présidentielle de 2027 pour laquelle est favorite, soit sa formation signe un raz-de-marée aux législatives (comme le prédisent les sondages) et aura toute latitude pour voter une loi d'amnistie lavant la patronne de tous ses péchés. Le député Jean-Philippe Tanguy a formellement démenti – avec beaucoup de mollesse – hier sur LCI les bruits sur cette amnistie. Mais en politique on sait que les vérités d'aujourd'hui ne sont jamais celles de demain. Pour LFI les choses sont moins compliquées : Tous les sondages disent, vu la diabolisation du parti (un coup finement joué par l'extrême droite), que les 71 députés fondront comme neige au soleil aux prochaines législatives. Qu'à cela ne tienne, pour Jean-Luc Mélenchon c'est le moment de pousser vers la démission ou la destitution de Macron pour aller vers une présidentielle où, croit-il, il défendrait mieux ses chances. Bref, les vifs espoirs des uns – RN – côtoient les rêves de l'autre – Mélenchon… Sauf que ce ne sont pas eux qui détermineront le sort de Lecornu II mais bien le Parti socialiste (PS) et ses 69 élus. Tous les groupes parlementaires on sait dans quel sens ils voteront prochainement en cas de motion de censure, seul le PS louvoie en attendant les mots magiques : « Suspension de la réforme de la retraite ». Les socialistes sont d'autant plus galvanisés que l'artisane de cette réforme, l'ancienne Première ministre Elisabeth Borne (une ex-socialiste), a proposé de la ranger dans les tiroirs. Après avoir mis le feu dans le pays, après 14 manifestations monstres Mme Borne propose de battre en retraite sur la retraite. Ce n'est pas la seule grande victoire du PS, le Prix Nobel 2025 de l'Economie Philippe Aghion est lui aussi d'avis qu'il faut geler la réforme des retraites jusqu'à la prochaine présidentielle. Un puissant soutien. L'ancien président François Hollande, qui fut le mentor de l'actuel chef de l'Etat, en rajoute à l'embarras du gouvernement en l'enfermant dans un coin. Il gâche « la fête » de Macron en Egypte Hollande le Père Fouettard a dit ceci hier lundi 13 octobre dans le 20h de France 2 : « Sébastien Lecornu sait parfaitement ce qui est attendu par le Parti socialiste. Oui, il faut suspendre la réforme des retraites jusqu'à la prochaine présidentielle, oui il faut une contribution sur les plus gros patrimoines. Et enfin, il ne faut pas utiliser le 49.3 pour que la discussion puisse se faire« … Lecornu a « dans ses mains, pas encore dans sa bouche, les éléments du compromis (…) Il ne s'agit pas du gouvernement de Sébastien Lecornu seulement. Il s'agit de la France, dans une situation d'instabilité depuis plusieurs mois, dans un contexte international lourd. Il s'agit que chacun prenne ses responsabilités (…) Les socialistes demandent que cette réforme des retraites puisse être, non pas abrogée, mais gelée jusqu'en 2027« . « Sur cette question, qui n'est pas difficile à régler, qui représente, certes, un coût de 500 millions à 1 milliard et demi, mais qui pourrait permettre de faire tenir le gouvernement, Sébastien Lecornu est-il prêt à faire cette concession ?« , a glissé Hollande, qui connait déjà la réponse à sa question. Le Premier ministre n'est pas revenu pour encaisser un deuxième échec, après que son premier gouvernement a explosé en plein vol à peine 14 heures après. Lecornu a clairement dit que le vote du Budget 2026 est la priorité absolue, cela passera par le sabrage de tout ou partie de ce que la Macronie avait imposé par la violence du 49,3. Le Premier ministre et Macron devront se dépoiler pour s'éviter une deuxième dissolution, voire pire. Le prix du maintien sera la fuite en rase campagne et le déshonneur, mais si la honte tuait en politique ça se saurait. Machiavel reprend tous ses droits Hollande ne sera pas mécontent de faire payer à Macron la forfaiture de 2016, quand il le largua pour monter son mouvement et conquérir l'Elysée un an après, envoyant son mentor à la retraite anticipée. D'où il est sorti à la faveur des législatives anticipées de 2024 – Merci Macron ! – pour être élu député de la Corrèze, sur les terres de feu le président Jacques Chirac. C'est ce même Hollande qui se calera cet après midi dans son fauteuil pour savourer la reculade de Lecornu-Macron sur une réforme phare. Quant à la droite de l'ex-ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, une partie des ténors (les 6 ministres qui ont rallié Lecornu II et qui risquent d'être exclus du parti) savaient que le prix à payer serait un reniement sur la réforme des retraites. Les Républicains filent droit vers l'implosion mais ses ministres « félons » ont fait leurs choix. Il n'est pas certain que le présidentiable Retailleau, qui se mure dans le silence après les dérapages de trop, survive à la fronde. Ce que ces ministres LR et le PS ont compris c'est que renverser la table maintenant, avec des législatives ou une présidentielle anticipée, propulserait l'extrême droite au sommet du pouvoir, à en croire tous les sondages. La droite et les socialistes ne sont pas prêts à remettre toutes les clés à Mme Le Pen et Bardella. Dans la dernière enquête sur la présidentielle le patron du PS, Olivier Faure, ne figure même pas parmi les 6 premiers et Retailleau ne fait pas mieux que 4e, avec à peine 20% (7 points de moins qu'en septembre dernier). De toute évidence personne ne pourrait stopper le RN si le scrutin avait lieu aujourd'hui. Socialistes et Républicains pensent que d'ici les élections de 2027 Faure et Retailleau prendront de l'épaisseur. Ce calcul pèse lourd dans leur décision de ne pas voter la motion contre Lecornu même s'ils n'en diront rien. Mais il n'est pas du tout certain que le fait de conjurer des élections anticipées les sauvera d'une cuisante défaite dans 18 mois.
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