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Des pays arabes veulent l'acquérir, des Européens craignent l'espionnage : ce que vous ignorez sur le chasseur américain F-35 ! [Vidéo]
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026


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Plusieurs Etats arabes, en tête desquels l'Arabie saoudite et le Maroc, multiplient ces derniers mois les démarches pour s'équiper du chasseur furtif américain F-35. À la fois vitrine technologique et source d'inquiétude géopolitique, l'appareil suscite des convoitises — mais aussi des réticences, notamment en Europe, en raison de ses fonctions avancées et des possibilités de contrôle et de surveillance à distance. Explications.
Un avion « de cinquième génération » multifonctions
Le F-35, conçu par l'américain Lockheed Martin et développé à partir des années 2000, est présenté comme un avion de combat multirôle monoplace et monomoteur. Classé dans la génération dite « 5 », il combine capacités de supériorité aérienne, frappes au sol, renseignement, surveillance et missions de guerre électronique. Sa signature radar très réduite — grâce à une géométrie soignée et des matériaux furtifs — en fait un atout pour opérer en zone contestée.
D'après le colonel à la retraite Mokhtar Ben Nasr, interrogé par Tunisie Numérique, le F-35 a été développé pour frapper des cibles au sol depuis les airs et assurer le contrôle de l'espace aérien. « En vol, il peut empêcher d'autres appareils d'opérer et neutraliser des infrastructures comme des radars ou des bases aériennes », précise-t-il. Le chasseur existe en plusieurs variantes (F-35A, F-35B, F-35C) adaptées aux usages depuis des bases terrestres, des porte-avions ou à décollage court/atterrissage vertical.
Des ventes très encadrées — et une programmation différenciée
Si plusieurs pays européens membres de l'OTAN ont acquis des F-35, leur emploi reste limité par des accords avec les Etats-Unis. Selon l'exposé du colonel Ben Nasr, l'utilisation peut être soumise à des restrictions opérationnelles et logistiques : certaines capacités embarquées ou certains modes peuvent être activés ou désactivés selon les clients. Autrement dit, la version « fournie » à un allié n'est pas nécessairement identique — sur le plan logiciel et des options — à celle utilisée par les Etats-Unis ou par Israël.
De fait, le contrôle des capacités logicielles et la dépendance aux chaînes de maintenance et d'approvisionnement américaines expliquent qu'une partie de l'emploi de l'appareil reste « surveillée » par Washington. Pour plusieurs pays acheteurs, cela soulève des questions de souveraineté opérationnelle.
Le spectre du contrôle à distance et de l'espionnage
L'un des points les plus sensibles mentionnés est la possibilité, selon le colonel Ben Nasr, de contrôler à distance un appareil ou d'en limiter le vol, même à grande distance. Cette capacité, si elle existe dans certaines configurations, alimente la méfiance — notamment vis-à-vis d'un acteur extérieur susceptible d'imposer des verrous logiciels ou de collecter des données. En Europe, ces craintes ont contribué à une attention accrue autour des systèmes embarqués et des garanties de non-ingérence.
La question de l'espionnage via des plateformes militaires modernes est d'autant plus crispante que des acteurs comme Israël sont parfois perçus comme disposant de capacités de renseignement très développées. Le colonel rappelle, de façon plus large, que l'espionnage reste « un instrument de puissance » employé par de nombreux Etats.
Un coût hors norme et une logistique lourde
Au-delà du prix unitaire du chasseur, l'acquisition d'un F-35 implique l'achat de lots complets : armements, systèmes d'appui, infrastructures, formation et logistique. Le colonel Ben Nasr avance que le coût d'un lot complet (avec tout l'équipement associé) peut faire grimper la facture à des sommets — il évoque un chiffre de l'ordre du millier de milliards de dollars pour des programmes à grande échelle — et souligne que nombre d'Etats renoncent pour cette raison ou se tournent vers d'autres options moins coûteuses.
Pour des pays comme le Maroc ou l'Arabie saoudite, l'achat d'un tel appareil relève aussi d'un calcul de crédibilité et de dissuasion : posséder des technologies de pointe renforce le message stratégique adressé aux voisins et rivaux, même si l'emploi opérationnel reste encadré.
Pourquoi le Maroc et l'Arabie saoudite sont-ils intéressés ?
Selon le colonel à la retraite, la décision marocaine s'inscrit dans une logique de renforcement dissuasif face à des menaces régionales perçues — notamment le dossier du Sahara occidental et la rivalité régionale avec l'Algérie, qui elle aussi modernise ses capacités aériennes avec des appareils de génération avancée fournis par divers partenaires. Pour Riyad, l'acquisition participe d'un plan plus large de modernisation et de diversification des moyens de défense.
Des alternatives et l'avenir de la supériorité aérienne
Le colonel note enfin que l'évolution des armes a fait progresser les missiles de précision et les drones. Ces systèmes, moins coûteux et à risque humain réduit, ont pris une place prépondérante. Néanmoins, les avions de chasse restent « un élément central de la puissance militaire », surtout quand ils incorporent des capacités furtives et de fusion de capteurs comme le F-35.
Le F-35 demeure donc à la fois un symbole technologique majeur et un instrument de pouvoir — dont l'achat soulève des considérations stratégiques, économiques et de souveraineté. Pour les pays intéressés, la décision d'acquérir ces appareils pèsera entre besoins de dissuasion, contraintes budgétaires et garanties sur le contrôle opérationnel et la sécurité des données.
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