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L'accord sur l'eau entre l'Irak et la Turquie ravive un vif débat sur la souveraineté hydrique
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026


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La signature de l'accord sur l'eau entre l'Irak et la Turquie, début novembre à Bagdad, a déclenché un débat houleux dans le pays.
Présenté par le gouvernement comme un partenariat stratégique visant à réguler les ressources hydriques, le texte est perçu par une partie de la classe politique et de la société civile comme une concession dangereuse sur un dossier vital pour la sécurité nationale.
L'accord, qui s'inscrit dans un cadre de coopération économique élargie, prévoit notamment la construction de barrages, la modernisation des systèmes d'irrigation sur les fleuves Tigre et Euphrate, et le développement de projets conjoints de recyclage des eaux usées.
En contrepartie, l'Irak s'engage à favoriser les exportations pétrolières vers la Turquie, établissant ainsi un lien inédit entre ressources énergétiques et hydriques.
Une dimension stratégique assumée
Pour Mohamed Saleh, conseiller économique du Premier ministre irakien, l'accord représente "un succès partagé entre les deux nations".
Selon lui, l'objectif est de stabiliser les relations bilatérales à travers un modèle de "bénéfices mutuels" : la Turquie bénéficie du pétrole irakien transitant sur son territoire, tandis que Bagdad obtient des garanties sur ses parts d'eau.
"L'accord offre à l'Irak une part d'eau plus stable et ouvre la voie à une relance agricole à grande échelle", a-t-il déclaré.
Les projets envisagés incluent la construction de barrages de rétention, la réhabilitation de terres agricoles, et le développement d'une agriculture conjointe entre entreprises turques et irakiennes.
L'accord serait également adossé à un mécanisme de financement lié aux recettes pétrolières, afin de garantir la mise en œuvre rapide des infrastructures hydrauliques.
"Le pétrole contre l'eau" : une critique récurrente
Pour d'autres experts, cette entente marque une perte d'autonomie préoccupante.
Le spécialiste en politiques hydriques Ramadan Hamza estime que le concept de "pétrole contre eau" — introduit dans les années 1990 par l'ancien Premier ministre turc Süleyman Demirel — a aujourd'hui pris une forme concrète et contraignante.
"Ce n'est plus seulement le pétrole. C'est désormais toute l'économie irakienne qui devient dépendante du bon vouloir turc", alerte-t-il.
Hamza considère que l'accord consacre une "hégémonie hydraulique turque", Ankara ayant désormais un droit de regard sur la gestion des barrages irakiens.
Il met également en garde contre la qualité inférieure des travaux réalisés par certaines entreprises turques dans le secteur de l'eau, pouvant entraîner "des problèmes techniques et environnementaux durables".
Entre colère populaire et appel au pragmatisme
Sur les réseaux sociaux, une campagne de boycott des produits turcs a émergé, réclamant une riposte économique face à la "mainmise hydrique d'Ankara".
Cependant, les observateurs soulignent que ces initiatives restent symboliques, sans réel impact économique.
Hamza propose une alternative plus pragmatique :
"L'Irak doit lier son commerce à l'eau par un indice de conformité, augmentant le volume d'échanges et les avantages tarifaires pour la Turquie à mesure qu'elle respecte les quotas d'eau."
Une approche qui permettrait, selon lui, de mesurer et d'encadrer les engagements turcs, plutôt que de se fier à des promesses politiques.
Une nécessité coûteuse mais inévitable
Pour Ziyad al-Hashimi, expert en économie, cet accord était inéluctable face à l'urgence hydrique que traverse le pays.
Les débits des fleuves Tigre et Euphrate ont atteint des niveaux historiquement bas, plaçant plusieurs provinces en état d'alerte hydrique.
"L'Irak paie aujourd'hui le prix de décennies de retard diplomatique et d'absence de vision stratégique depuis 2003", estime-t-il.
S'il reconnaît que le texte implique une "facture économique élevée", al-Hashimi juge que le pays n'avait "aucune autre option viable" pour garantir un approvisionnement minimal en eau.
Selon lui, la priorité immédiate est de préserver la stabilité sociale et d'éviter une crise agricole majeure, dans un pays où l'agriculture représente encore 20 % de l'emploi national.
Les conditions de légitimité de l'accord
L'expert juridique Hamid al-Saadi appelle pour sa part à encadrer l'accord par des garanties internationales.
Il recommande trois mesures pour protéger la souveraineté irakienne :
* La ratification de l'accord par les parlements irakien et turc, puis son enregistrement à l'ONU selon l'article 102 de la Charte.
* La définition d'une durée limitée et d'une instance arbitrale internationale en cas de différend.
* La priorité donnée à la durabilité des ressources hydriques comme objectif principal.
Au-delà du débat politique, cet accord marque une étape majeure dans la redéfinition des relations irako-turques.
Entre dépendance énergétique et besoin vital d'eau, Bagdad cherche à transformer une vulnérabilité en levier de coopération.
Reste à savoir si cette approche aboutira à une gestion concertée des ressources... ou si elle ouvrira un nouvel épisode de tensions hydriques au Moyen-Orient.
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