Les recettes fiscales représentent environ 60 % des ressources globales du budget de l'Etat en Tunisie, selon l'universitaire et conseiller fiscal Mohamed Salah Ayari. Elles devraient atteindre près de 47,8 milliards de dinars en 2026, confirmant leur rôle central dans l'équilibre des finances publiques. Réforme fiscale et digitalisation comme priorités Intervenant sur les ondes de la Radio nationale, l'expert a souligné que la réforme du système fiscal constitue un axe structurant de la politique budgétaire. Il a appelé à renforcer le contrôle fiscal et à accélérer la digitalisation de l'administration pour compenser les limites en ressources humaines et matérielles, afin d'améliorer la mobilisation des revenus de l'Etat. Un contrôle fiscal limité et une pression inégale Le système fiscal reste confronté à des contraintes importantes. Le taux de contrôle ne dépasse pas 2,5 %, avec environ 2 200 agents pour près de 750 000 contribuables. Cette situation traduit, selon lui, une faiblesse structurelle de l'administration fiscale. Par ailleurs, la retenue à la source représente aujourd'hui environ 66,5 % de l'impôt sur le revenu, contre près de 70 % auparavant, ce qui révèle une charge encore fortement concentrée sur les salariés. L'expert plaide ainsi pour un élargissement de l'assiette fiscale afin de renforcer l'équité. Evasion fiscale et fragilité de la conformité Les indicateurs de conformité fiscale confirment ces difficultés. Le taux d'évasion est estimé à 40 %, tandis que les retards ou omissions de déclaration atteignent 66 %. Pour Mohamed Salah Ayari, la pression fiscale globale, combinée aux charges sociales, constitue un défi majeur qui nécessite un rééquilibrage vers un niveau d'imposition plus optimal. Poids du secteur informel et déséquilibres structurels Le secteur informel demeure un enjeu central pour l'économie tunisienne, représentant entre 35 % et 40 % de l'activité économique selon les estimations officielles et stratégiques. Le manque à gagner est évalué à près de 70 milliards de dinars. Face à cette situation, l'expert estime que des mesures structurelles sont nécessaires, évoquant notamment des pistes d'intégration progressive de l'économie parallèle dans le circuit formel. Endettement et subventions sous pression Concernant la dette extérieure, la stratégie de limitation du recours au FMI depuis 2022 est jugée globalement positive, mais elle a entraîné des tensions sur la liquidité, en raison d'un recours accru au financement local. Enfin, les subventions restent un enjeu majeur. Leur réforme est jugée indispensable pour mieux cibler les bénéficiaires et réduire leur coût, estimé à 5 milliards de dinars en 2026 pour les carburants. Avec un prix du baril supérieur aux prévisions budgétaires, chaque hausse d'un dollar entraîne un coût supplémentaire important pour les finances publiques, accentuant la vulnérabilité du budget aux fluctuations internationales.