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Pourquoi l'homme n'est pas encore allé sur mars ?
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026


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Aller sur Mars n'est plus un rêve lointain. Sur le papier, les trajectoires existent, les briques technologiques se précisent et les plans s'affinent.
Pourtant, personne n'y a encore posé le pied. La raison n'est pas un obstacle unique, mais une addition d'exigences orbitales, techniques, médicales, logistiques et politiques qui doivent toutes fonctionner en même temps, très loin de la Terre et pendant très longtemps.
La première contrainte : le calendrier des planètes
Contrairement à ce que l'on imagine, partir vers Mars ne peut pas se faire n'importe quand. La Terre et Mars tournent autour du Soleil à des vitesses différentes : la Terre boucle son orbite en environ 365 jours, tandis que Mars met 687 jours pour faire le tour du Soleil. Résultat : leur position relative change constamment.
Pour qu'un vaisseau puisse voyager efficacement d'une planète à l'autre, il faut profiter d'un alignement particulier, qu'on appelle une « fenêtre de tir ». C'est le moment où les deux planètes se trouvent dans une configuration idéale permettant de suivre une trajectoire elliptique — appelée transfert de Hohmann — qui minimise la distance à parcourir et donc la quantité de carburant nécessaire.
Cette fenêtre de tir ne se présente qu'une fois tous les 26 mois environ, et elle ne dure que quelques semaines. En dehors de cette période, la Terre et Mars sont trop mal alignées : un départ demanderait beaucoup plus d'énergie, un temps de vol plus long et des réserves supplémentaires de carburant et d'oxygène. Pour un vaisseau habité, cela signifierait aussi plus de risques et moins de marges de sécurité.
L'attente sur Mars avant le retour
Le même principe s'applique pour le voyage retour. Une fois sur la planète rouge, il faut attendre que Mars et la Terre se réalignent à nouveau de manière favorable, cette fois dans l'autre sens. Cela crée une seconde fenêtre de tir, indispensable pour le trajet Mars → Terre.
Or, cet alignement ne revient pas immédiatement : entre la fenêtre aller et la suivante, il faut patienter en moyenne 16 à 18 mois sur place. Ce délai est inévitable dans un scénario de mission classique, car tenter un retour avant la bonne fenêtre consommerait une énergie colossale et rendrait le voyage presque impossible avec la technologie actuelle.
En résumé, un aller-retour Terre–Mars dure environ 30 mois :
* 6 à 9 mois pour l'aller,
* 16 à 18 mois d'attente sur place,
* puis 6 à 9 mois pour le retour.
C'est ce cycle astronomique, dicté par les lois de la mécanique orbitale, qui explique pourquoi aucune mission habitée n'a encore pu être tentée. Avant d'envoyer des humains, il faut être capable de prévoir, stocker et gérer les ressources vitales (oxygène, nourriture, énergie, abris, communications) pour une durée pouvant dépasser deux ans et demi — sans possibilité de secours rapide depuis la Terre.
Avec la propulsion chimique actuelle, le trajet aller dure entre six et neuf mois. Le séjour sur Mars s'étend ensuite sur environ seize à dix-huit mois, le temps que la géométrie des orbites redevienne favorable. Le retour prend à nouveau six à neuf mois. Au total, une mission « conjonction » représente vingt-huit à trente-et-un mois loin de la Terre.
Il existe des profils plus courts sur le sol martien, dits « opposition », mais ils exigent bien plus d'énergie et des trajectoires de retour complexes. Pour une première, la prudence milite pour la version longue.
Atterrir avec des charges lourdes : un freinage encore inédit
Poser un robot d'une tonne a été fait. Poser un habitat, un véhicule pressurisé, des réserves et un module de remontée totalisant des dizaines de tonnes reste à démontrer.
L'atmosphère martienne, environ cent fois plus ténue que celle de la Terre, freine trop peu pour se contenter d'un parachute. Il faudra une combinaison de boucliers thermiques de grande taille, de parachutes supersoniques et de rétro-propulsion de précision, avec une justesse d'atterrissage à proximité des ressources.
Vivre un an et demi loin de tout secours
On ne peut pas emporter « tout en double » dans la soute. La masse exploserait. La réponse est une architecture en couches. Des cargos précurseurs déposent à l'avance une partie des vivres, des pièces de rechange, l'énergie et le véhicule de remontée. Les systèmes de survie recyclent au maximum l'eau et l'air.
La production locale, appelée ISRU, fabrique de l'oxygène à partir du CO2 martien et, si possible, du carburant du retour, idéalement avant même l'arrivée de l'équipage. Des réserves d'urgence dimensionnées pour plusieurs semaines complètent l'ensemble.
Hors du bouclier magnétique terrestre, l'exposition aux rayons cosmiques et aux éruptions solaires s'accumule pendant deux à trois ans. Les habitats devront offrir des zones protégées, et les opérations prévoir des « abris tempête » lors des pics d'activité solaire.
La microgravité prolongée entraîne fonte osseuse, perte musculaire, troubles cardiovasculaires et visuels ; des contre-mesures existent, mais elles doivent être efficaces sur la durée.
L'équipage évoluera enfin avec des délais de communication de quatre à vingt-quatre minutes aller simple, ce qui impose une large autonomie technique et médicale, et une préparation psychologique robuste.
La poussière martienne est abrasive, pénètre partout et peut assombrir le ciel au point de réduire considérablement la production photovoltaïque. L'énergie de surface doit donc être fiable de jour comme de nuit, en été comme en hiver, par ciel clair comme durant les tempêtes.
Un mix solaire plus stockage de grande capacité, ou un petit réacteur nucléaire de surface, figure parmi les options étudiées. Les systèmes devront rester opérationnels des années durant, malgré la poussière et les cycles thermiques.
Une chaîne logistique à inventer
Une seule mission habitée représente des centaines de tonnes à placer en orbite terrestre, puis à acheminer et à poser. Cela suppose plusieurs lancements lourds, des assemblages en orbite, des ravitaillements d'ergols cryogéniques et des stockages de longue durée sans pertes excessives.
À la surface, il faut des habitats fiables, des ateliers, des rovers, des stocks, et la capacité de réparer localement. L'ensemble doit être redondant, avec des plans de repli si un module tombe en panne.
Envoyer des humains sur Mars demande des budgets importants et une constance politique sur dix à quinze ans. Les agences et les industriels doivent aligner calendriers, normes et responsabilités.
Les sociétés doivent aussi accepter qu'il n'existe pas de risque zéro et que la réussite passera par des démonstrations progressives, du vol robotique à la présence humaine de courte puis de longue durée.
Ce qui manque encore, mais progresse
Les priorités sont claires : réussir l'atterrissage de charges lourdes, fiabiliser le ravitaillement en orbite et le stockage d'ergols sur de longs mois, passer l'ISRU à l'échelle pour produire oxygène et carburant avant l'arrivée d'un équipage, déployer une énergie de surface robuste, prouver des systèmes de vie capables de fonctionner de façon autonome pendant deux à trois ans. Chacune de ces briques avance, mais il faut les valider en conditions réelles.
La Lune joue le rôle de banc d'essai. Elle permet d'apprendre à vivre et travailler loin, à monter et entretenir des infrastructures énergétiques, à faire durer des habitats, à tester des boucles de recyclage et des outils d'exploration.
Réussir ces étapes réduit les inconnues et sécurise l'aventure martienne.
Ainsi, la fenêtre Terre→Mars revient environ tous les 26 mois. Le trajet aller prend six à neuf mois, le séjour au sol s'étend en moyenne sur seize à dix-huit mois en attendant la fenêtre de retour, puis le voyage retour dure encore six à neuf mois.
Si l'on veut que Mars cesse d'être une limite et devienne une étape, il faut aligner la mécanique céleste, l'ingénierie et la logistique humaine avec une fiabilité que nous n'avons encore jamais exigée sur une aussi longue durée, aussi loin de chez nous.
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