The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Depuis quelques semaines, un nom circule sur Facebook en Tunisie : Alabuga Start. Le programme est présenté comme une porte ouverte vers une "carrière internationale", une expérience professionnelle hors du pays et une chance pour les jeunes filles de 18 à 22 ans cherchant un avenir meilleur. Mais derrière les promesses séduisantes et les annonces attirantes, la réalité est bien plus sombre. Ce dossier vise à expliquer, avec des mots simples, ce qu'est réellement Alabuga Start, comment il recrute et pourquoi il suscite une inquiétude croissante au niveau international. Un programme présenté comme un tremplin... mais situé dans une zone militaire sensible Alabuga Start se trouve dans la zone économique spéciale d'Alabuga, au Tatarstan, en Russie. Officiellement, il s'agit d'un programme de "formation et d'emploi" destiné à offrir un salaire, un hébergement et une expérience professionnelle rapide. Le discours officiel insiste sur la réussite, l'avenir et l'accès à un travail stable. Mais cette zone industrielle n'est pas une zone comme les autres. Depuis 2022, elle s'est spécialisée dans la production de drones militaires, notamment les drones kamikazes de type Shahed, utilisés dans la guerre en Ukraine. Ce détail, pourtant essentiel, est très rarement mentionné dans les publicités qui circulent en Tunisie et ailleurs. Il y a environ deux mois, Tunisie Numérique avait déjà consacré un dossier à ce programme sous le titre « Des promesses brisées : Les jeunes Africaines dupées pour fabriquer des drones de guerre en Russie ». L'article revenait sur le témoignage de centaines de jeunes femmes recrutées pour des emplois prétendument liés à l'hôtellerie ou à la restauration, qui se sont finalement retrouvées dans des usines d'armement à Alabuga, sous surveillance constante et dans des conditions de travail éprouvantes. Ce nouveau dossier s'inscrit dans la continuité de ce travail d'alerte et de clarification à destination des jeunes Africaines – et désormais des jeunes Tunisiennes – potentiellement ciblées par ces campagnes de recrutement. Comment le programme recrute : réseaux sociaux, influenceurs... et maintenant Facebook Tunisie Le recrutement ne passe pas par des canaux officiels. Il se fait principalement via les réseaux sociaux, et c'est ici que les choses deviennent inquiétantes. En Tunisie, on trouve désormais : * une page Facebook baptisée "Alabuga START Tunisie", * des publications ciblant les jeunes filles dans des groupes d'annonces, * des promesses d'"opportunité à l'étranger", * et des numéros tunisiens pour contacter les "recruteurs". Le message est toujours le même : partir à l'étranger pour une formation rémunérée, découvrir un nouvel environnement, commencer une carrière. Mais aucune de ces annonces ne dit clairement que : * le programme se déroule dans quelle Région ; * le site fait partie d'une zone liée à l'industrie de la défense ; * le travail peut être effectué dans des chaînes d'assemblage de drones ; * ou encore que la zone industrielle d'Alabuga a déjà été bombardée dans le contexte de la guerre. Cette absence d'informations essentielles donne à ces annonces un caractère trompeur, surtout pour les jeunes qui n'ont pas accès à toutes les sources ou qui sont séduites par l'idée de "réussir à l'étranger". Ce que révèlent les enquêtes internationales : exploitation, mensonges et risques graves Plusieurs organisations internationales, médias et ONG ont déjà publié des enquêtes inquiétantes sur Alabuga Start. Elles décrivent le même phénomène dans plusieurs pays africains : * des jeunes femmes recrutées via les réseaux sociaux sans explication claire sur la nature du travail ; * l'arrivée en Russie dans un environnement très contrôlé ; * des tâches liées à l'assemblage de drones militaires et non à des métiers classiques comme l'hôtellerie ou l'administration ; * des conditions de travail strictes, de longues heures, une surveillance intense ; * des difficultés à quitter le programme ou à récupérer leurs documents ; * et même des cas de jeunes Africaines blessées lors de frappes visant la zone d'Alabuga. Face à ces témoignages, Interpol a ouvert une enquête pour vérifier si le programme relève de la traite d'êtres humains ou de formes modernes d'exploitation. Certains pays africains, comme le Malawi et l'Afrique du Sud, ont officiellement tiré la sonnette d'alarme. Pourquoi c'est dangereux pour les jeunes Tunisiennes Beaucoup de jeunes cherchent des opportunités à l'étranger, surtout dans un contexte économique difficile. C'est humain. Mais Alabuga Start présente plusieurs risques majeurs. 1. Le risque d'être trompée sur la vraie nature du travail Les annonces ne disent pas la vérité complète. Elles ne parlent jamais de drones, de zone militaire ou de guerre. Elles créent une illusion de "travail international" alors que la réalité peut être totalement différente. 2. Le risque juridique et moral Participer, même indirectement, à la chaîne de production d'armes utilisées dans un conflit comporte des implications éthiques et parfois juridiques. Ce n'est pas un simple emploi industriel. 3. Le risque physique La zone d'Alabuga a déjà été visée par des frappes ukrainiennes. Travailler ou être logée sur un site considéré comme cible militaire est un danger réel. 4. Le risque d'exploitation Certaines enquêtes font état de jeunes coincées, surveillées ou menacées de sanctions financières si elles veulent partir. Une situation qui peut basculer vers l'exploitation. Pourquoi ce programme cible-t-il presque exclusivement des jeunes tunisiennes de 18 à 22 ans Une question revient souvent : pourquoi ce programme cible-t-il presque exclusivement des jeunes filles de 18 à 22 ans, et non des garçons ? Officiellement, les promoteurs d'Alabuga Start ne donnent pas de réponse claire. Mais plusieurs enquêtes internationales suggèrent que ce choix n'est pas anodin. Dans de nombreux pays africains, les jeunes femmes sont parmi les plus touchées par le chômage et la précarité, ce qui les rend plus vulnérables aux promesses d'un "avenir à l'étranger". Elles sont aussi utilisées comme vitrine dans la communication du programme : vidéos et photos les montrent souriantes, en formation, dans des dortoirs propres, pour rassurer et attirer d'autres candidates. Enfin, des témoignages laissent entendre que ces jeunes filles, isolées loin de leur famille, totalement dépendantes de leurs recruteurs pour le logement, les papiers et le salaire, sont plus faciles à contrôler et à maintenir dans le système. Ce ciblage quasi exclusif des filles est donc en lui-même un signal d'alerte, et doit inciter à une vigilance redoublée. Ce que doivent faire les familles, les jeunes et les autorités Pour les jeunes filles et leurs familles, la première règle est simple : si une annonce ne dit pas clairement où se déroule le travail, ce que l'on va faire précisément, et dans quelles conditions, il faut se méfier. Les parents doivent vérifier : * le pays exact, * la nature du travail, * les contrats écrits, * la légalité du recrutement, * et la présence d'un encadrement officiel reconnu. D'un autre coté il est impératif de : * surveiller les intermédiaires locaux qui diffusent ces annonces ; * rappeler la législation sur les placements à l'étranger ; * protéger les jeunes filles susceptibles d'être ciblées ; Les médias et la société civile ont également un rôle essentiel : informer, prévenir, expliquer. C'est d'ailleurs pour cette raison que TunisieNumerique juge nécessaire de traiter ce sujet, même s'il est sensible et implique un pays étranger. Ainsi, Alabuga Start n'est pas une simple opportunité de travail à l'étranger. C'est un programme entouré de zones d'ombre, qui cible les jeunes filles et dont les promesses sont très loin de la réalité décrite par les enquêtes internationales. Les jeunes Tunisiennes doivent être pleinement informées avant de se laisser attirer par des annonces séduisantes mais incomplètes. Informer, c'est protéger. Et dans ce dossier, la prudence n'est pas un luxe : c'est une nécessité. 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