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Iran : New York Times raconte comment Netanyahu a piégé Trump, malgré les alertes de son staff
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026


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Maintenant que la déconfiture est actée et que le président Donald Trump cherche en urgence une porte de sortie, n'importe laquelle, pour éteindre l'incendie qu'il a allumé au Moyen-Orient et dans le monde, les langues commencent à se délier. La facture économique, politique et diplomatique est salée. Il faudra que les responsabilités de ce cataclysme soient situées, que les coupables payent, en commençant par l'instigateur – le Premier ministre israélien – et le Commandant en chef, Trump. Pour ce dernier la sanction tombera certainement aux élections de novembre prochain. Pour Benjamin Netanyahu la punition pourrait s'abattre un peu plus tôt, au scrutin d'octobre 2026, pour lequel ses sondages sont très mauvais. Les collaborateurs du président américain qui ont fait ces confidences au New York Times ont témoigné pour la postérité. Ils le font aussi pour ne pas être pas être broyés par les Commissions d'enquête qui ne manqueront pas de sévir.
Le journal new-yorkais a relaté le déroulé de l'opération « Epic Fury » (furie épique). Le 11 février dernier au matin Benyamin Netanyahou est reçu à la Maison-Blanche dans la plus grande discrétion et pas n'importe où : la fameuse «Situation Room». Le Premier ministre israélien est épaulé à distance par le chef du Renseignement – le Mossad – et des hauts responsables de Tsahal. Ils soumettent à Trump leur plan de guerre. Cette rencontre en petit comité pour éviter les fuites n'a pas associé le vice-président J.D. Vance, en visite en Azerbaïdjan.
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Netanyahu sert à son parrain ce qu'il voulait entendre : Avec une attaque conjointe il est possible de pulvériser le programme balistique iranien en quelques semaines, mais également d'entrainer un changement de régime. Netanyahu dégaine une vidéo pour proposer Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d'Iran, comme leader de la nouvelle République iranienne. Pour y arriver le Mossad fomentera un soulèvement populaire et une offensive terrestre de combattants kurdes.
Très vite conquis par cet exposé et l'apparente faiblesse des risques sur le terrain Trump réplique sommairement : «Ça me convient».
Sauf que le lendemain les services de renseignement américains l'alertent. Certes la décapitation du régime et la démolition de ses capacités militaires ne posent pas de problème majeur à l'USA Army, par contre les arguments autour du soulèvement populaire sont jugés «déconnectés de la réalité». Face à Trump le directeur de la CIA, John Ratcliffe, assène que l'idée d'un changement de régime est «farcesque»…
«Autrement dit, c'est du baratin», claque le secrétaire d'Etat Marco Rubio, qui pourtant ne fera rien pour freiner les ardeurs du président américain. Pire : après le lancement de l'opération il se répand en justifications pour couvrir Trump et son administration. Et il l'a fait avec une véhémence qui a bluffé son monde.
Mais celui qui sans doute a été le plus convaincant est le secrétaire à la Défense, le très belliqueux Pete Hegseth, contrairement à la tiédeur de ses généraux. Le vice-président J.D. Vance s'en tient lui à sa ligne anti-interventionniste. Il expose même ses craintes sur un chaos régional, une flambée des prix du carburant et une violation du principe «America first» qu'ils avaient vendu à leurs électeurs.
La cheffe de cabinet de Trump, Susie Wiles, redoute également les conséquences de cette aventure sur les élections de mi-mandat, même si elle ne s'oppose jamais publiquement aux militaires. Le journaliste et activiste conservateur Tucker Carlson fait aussi partie de ceux qui implorent Trump de ne pas guerroyer. Il leur répondit à tous, droit dans ses bottes : «Ça s'arrange toujours».
Peu ont osé dire frontalement au président que la guerre contre l'Iran sera un désastre, le général Dan Caine, chef d'état-major de l'armée, l'a fait. Il lui a expliqué que les Israéliens sont coutumiers de l'exagération parce que sans l'appui américain ils ne peuvent rien faire. Et puis il y a autre chose : un conflit grillerait les stocks de missiles intercepteurs américains, déjà malmenés par l'Ukraine et Israël, et ouvrirait la voie au blocus du détroit d'Ormuz.
Le « Général » Trump a balayé tout ça d'un revers de la main, convaincu qu'il fera ça vite et bien avec un minimum de bombes low-cost. Il laisse le dossier du changement de régime aux Israéliens et se concentre sur l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei. Au sujet du blocage du détroit d'Ormuz, il est persuadé que le régime iranien sera défait avant d'avoir le temps d'organiser la riposte.
Par ailleurs il ne faut pas minorer les motivations personnelles du républicain. Il rêvait d'abattre la théocratie iranienne, qui pollue la vie des Américains depuis 1979. Il s'est vu comme le président qui parviendrait à démolir le pouvoir des mollahs après 47 ans de face-à-face. Il pensait aussi tenir une occasion pour se venger des projets d'assassinat le ciblant personnellement depuis qu'il a liquidé le général Qassem Soleimani en 2020.
Enhardi par les succès fulgurants de l'armée américaine au Venezuela il a décidé de rééditer l'exploit en Iran. Ça s'accélère fin février quand Téhéran refusa que Washington mette son nez dans son programme nucléaire en lui fournissant gratuitement du combustible. Le gendre de Trump, Jared Kushner, lui glisse que les Iraniens rejettent tout dialogue. Dans le même temps la Maison Blanche apprend que l'ayatollah Khamenei prendra part à une réunion hors de son bunker. Une occasion en or.
Le 26 février dernier la dernière réunion est convoquée dans la «Situation Room». Les dés étaient déjà jetés et personne n'a tenté de bloquer la machine. Même J.D. Vance flanche : «Vous savez que je pense que c'est une mauvaise idée, mais si vous voulez le faire, je vous soutiendrai». Le directeur de la communication, Steven Cheung, alerte sur les dégâts politiques mais finit lui aussi par se coucher. Le général Caine boucle le dossier en assurant que l'armée suivra aveuglément.
«Je pense que nous devons le faire», conclut Trump. Le lendemain après-midi, à bord de l'avion présidentiel Air Force One, il donne le funeste feu vert : «L'opération Epic Fury est approuvée. Pas d'annulation. Bonne chance». Tu parles d'une chance !

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