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Analyse de la situation de la Syrie : Double complot contre la révolution syrienne
Publié dans Tunisie Numérique le 18 - 08 - 2012


Double complot, multiples paradoxes
Le bourbier actuel syrien, dont personne n'est en mesure, en l'état actuel des choses, d'anticiper l'évolution ou de prévoir l'issue, est, dans une large mesure, le produit d'un complot à deux vitesses, un double complot mené de main de maitre par les deux camps ennemis, le régime syrien et bloc arabo-occidental.
Les deux protagonistes, chacun disposant de sa propre grille de lecture et d'un ordre de priorité certes spécifique mais empreint d'une ce certaine similitude, ont détourné le soulèvement populaire de son chemin naturel et défiguré son image initialement pacifique. Il n'est pas interdit d'affirmer que les deux parties rivales ont partagé la même visée de faire dégénérer coûte que coûte la situation, l'objectif majeur étant bien entendu nettement différent.
En effet, le printemps syrien n'a duré, en tout et pour tout, qu'environ quatre mois, période au cours de laquelle les manifestants n'avaient pour unique arme que leur courage, leur conviction et leur fierté face à la main de fer du régime et le traitement de choc que les agents de l'ordre et de l'armée leur faisaient subir. Durant cette période, excepté quelques assailles violentes, plutôt éparses, ponctuelles et isolées contre les forces de police ou de l'armée, le mouvement de révolte, en général, n'a pas dérapé. Quoique matées dans le sang, les manifestations populaires n'ont pas emprunté pour autant la voie de la violence armée défiant le régime les mains nues, et ce jusqu'à la sanglante journée du 6 Juin 2011, à savoir le massacre en règle perpétré à la caserne de Jisr Echoughour (ville située au Gouvernorat d'Idlib, à 20 Km de la frontière turque) où les groupes armés ont exterminé plus de 100 de policiers (120 selon d'autres sources).
Date charnière, point d'infléchissement dans l'évolution de la crise syrienne, le carnage de Jisr Echoughour a marqué le début de la mise en otage de la révolution syrienne, désormais soumise à un double tir et détournée de son axe naturel de développement. Cette nouvelle réalité d'insurrection armée et ce basculement vers la violence ont été confirmés par la formation, le 29 Juillet 2011, de l'Armée Syrienne Libre (ASL), désormais principale force armée d'opposition.
Jusqu'ici, et durant la période en question, la révolution syrienne se nourrissait de la même dynamique et suivait le même processus que celle tunisienne ou égyptienne, avant de franchir le pas le plus sanglant et le plus décisif qui a conditionné l'évolution de la situation. Après avoir été d'une part, infiltrée et noyautée, et d'autre part, manipulée et pilotée vers le chaos, la révolution syrienne a perdu son âme, son idéal et ses perspectives.
Par conséquent, on n'est plus dans la configuration classique d'une répression des manifestants mais dans une nouvelle forme d'opposition, ce qui a changé complètement la donne, amenant la Syrie au bord de la guerre civile et menaçant la région d'implosion. Le conflit est désormais ouvertement armé entre des groupes armés soutenus à bout de bras par le bloc arabo-occidental et une armée régulière endoctrinée, bien structurée et manifestement mobilisée autour de son chef.
Transposition impossible du scénario libyen
D'une part, le bloc arabo-occidental, fort de l'exemple libyen, a voulu en reproduire le modèle, clé en main, en phagocytant et corrompant la révolution syrienne par la fourniture, en masse, de toutes sortes d'armes et de combattants de différentes nationalités essentiellement djihadistes takfiristes. Le fabuleux arsenal médiatique dont le bloc arabo-occidental dispose a mené une guerre psychologique parallèle contre le régime syrien de façon monolithique, autiste, avec acharnement et sans nuance. Propagande de guerre dans sa plus simple expression sur un fond de tension sociale et de rivalité confessionnelle.
Le bloc arabo-occidental a profité de ce climat pré-insurrectionnel pour conférer une vocation armée à un soulèvement populaire initialement pacifique. Mettant à profit d'étendues frontières communes, la Turquie a joué le rôle de tête de pont dans cette opération d'armement. L'Arabie Saoudite et le Qatar, en particulier, en ont été les bailleurs de fonds et les mécènes idéologiques. Les Etats Unis, la France et la Grande Bretagne ont actionné leur arsenal diplomatique et fourni à tout azimut leur concours technique. Le bloc arabo-occidental n'a jamais privilégié l'alternative politique mais exclusivement la solution militaire. Droit dans ses bottes, sans vraiment afficher une quelconque volonté pour mieux examiner et saisir la situation et identifier les contraintes et les foyers de contraction, le bloc arabo-occidental a dégainé la même stratégie, mise en œuvre avec “succès” en Libye, détournant, par la force, la révolution syrienne de sa naturelle trajectoire. Un seul objectif : la tête de Bachar Assad, tous les moyens sont bons pour obtenir gain de cause. Voilà le premier complot.
Cependant, par rapport au scénario libyen, divers facteurs de taille, de nature aussi bien exogène qu'endogène, ont empêché la mise en œuvre de ce scénario:
- L'appui jusqu'ici inconditionnel et irréversible de la Russie et de la Chine, qui ont brandi à diverses reprises leur droit de véto, bloquant ainsi toute intervention du Conseil de Sécurité dans le conflit syrien. Dans le cas libyen, la Russie et la Chine, cédant finalement sous la pression occidentale, ont été manipulées et menées en bateau, de bout en bout, dans la mesure où la coalition, dont l'OTAN a constitué le fer de lance, a outrepassé le mandat confié par la résolution 1970 sans que le tandem sino-russe n'ait eu le pouvoir ou le moyen de riposter pour recadrer l'opération militaire. En outre, dans l'entendement russe, la Libye n'avait pas la même importance stratégique que la Syrie.
- Le président Bachar Assad a toujours compté sur le soutien de l'armée et d'une bonne partie de la population syrienne. Pour preuve, le taux de participation dépassant les 50% lors du referendum sur la nouvelle constitution et lors des élections législatives. Excepté quelques franges combattantes, renforcées par des mercenaires, l'essentiel de la population libyenne s'était soulevé contre le régime Kadhafi, dont nombreux ont pris les armes pour le faire chuter d'une manière aussi dramatique qu'inhumaine.
- La nature hétéroclite de l'architecture confessionnelle syrienne a constitué à la fois une armure et un levier pour le régime syrien. Si la nature sunnite de la révolution syrienne est bien établi, les chiites, les chrétiens, les druzes et autres minorités, qui compose environ 40% de la population syrienne, outre une bonne partie des sunnites, sont restés fidèles au président Bachar Assad, et ce pour des raisons tant religieuses (crainte de l'extermination en cas de victoire des insurgés) que socio-économiques ( statut social privilégié). Sur le plan confessionnel, la Libye est homogène, exclusivement sunnite. Cette unité religieuse, conjuguée à un front populaire massivement opposé au régime Kadhafi, a été le moteur et l'activeur de la chute poignante de ce dernier.
- Contrairement au Conseil National Libyen, alliance homogène et unie, présente sur le terrain, admise porte-parole de tous les rebelles, qui a joué un rôle fédérateur et guidé avec succès le processus révolutionnaire, le Conseil National Syrien, basé à Istanbul, non seulement en rupture avec la base populaire mais en conflit avec d'autres parties, et non des moindres, de l'opposition syrienne, ne peut se targuer de parler au nom de tous les syriens. Donc, sur le terrain, il n'y a pas un seul interlocuteur, reconnu et crédible, et une seule voix mais diverses factions et multiples voix, des coalitions hétéroclites plus ou moins déracinées. La dislocation de l'opposition syrienne, au niveau aussi bien politique que militaire, a constitué un handicap à la reproduction du scénario libyen.
-Contrairement au régime Kadhafi qui a accusé de massives défections de hauts responsables politiques, militaires et diplomatiques, décapitant en quelque sorte l'Etat (si Etat il y avait en Libye), le régime Assad n'a pas enregistré une telle saignée à ce niveau. Les démissions de haut rang ont été rares, voire insignifiantes par rapport au nombre de hauts responsables.
- Quand Bachar Assad s'appuyait sur un parti doctrinaire, centralisé, rigide, bien implanté et omnipotent, constituant une première ligne de défense et une boucle de survie, Maamar Khadhafi gouvernait sans Etat ni parti, naviguant à vue et menant le pays au gré de ses humeurs et selon un fantasque opus idéologique, à savoir le “livre vert”.
Les facteurs ci-dessus mentionnés ont concouru pour, d'une part, ligoter le bloc arabo-occidental rendant irrecevable toute velléité d'offensive militaire contre la Syrie et, d'autre part, permettre au régime syrien de tenir le coup et de résister aux divers assauts sans vraiment plier.
Ceci dit, quelques paradoxes sont à signaler :
Le pourrissement comme planche de salut
D'autre part, l'évolution de plus en plus armée des rebelles syriens était un pain béni pour le régime Assad qui, jusqu'ici, manquait d'arguments pour justifier la répression et les exactions commises à cet effet. La transformation du soulèvement populaire en confrontation armée directe a desservi la révolution syrienne et servi sur un plat le régime. Ce dernier a enfin trouvé un adversaire en mesure de justifier sa politique sécuritaire et sa main de fer.
Saisissant l'occasion au vol, le régime Assad a joué la politique du pourrissement, cédant aux groupes armés beaucoup de terrain, leur laissant l'opportunité d'élargir leurs champs d'action, de terroriser à grande échelle la population et d'épingler des éléments de la police, de l'armée ou des civils. Jusqu'au mois de Janvier 2012, le régime a laissé faire les groupes armés et laissé corrompre la situation. Pour preuve, aucune action d'envergure n'a été entreprise, jusqu'à ce moment, pour déloger les groupes armés et sécuriser les régions dont certaines étaient maitrisées, en totalité ou en partie, par les groupes armés. Ce n'est qu'à partir de Février 2012 que le régime a pris les choses en main et a décidé de mener le combat, sur le terrain, contre ce qu'il a toujours qualifié de “hordes armées terroristes”.
Est-ce fortuit que le régime ait changé de stratégie après l'achèvement de la mission arabe d'observation ? Après le pourrissement, le régime a fourbi les armes de la confrontation et déployé ses forces pour traquer, purger puis décimer les “hordes armées terroristes”. Il est également révélateur de constater que le changement de stratégie opéré par le régime syrien a coïncidé avec la présence de plus en plus marquée de combattants relevant d'El Qaida et de factions d'obédience djihadiste et takfiriste, donc des sunnites, notamment des étrangers infiltrés à travers la Turquie, le Liban et la Jordanie, multipliant les opérations armées souvent sur des bases confessionnelles. Les prédicateurs de service, particulièrement Qardhaoui et Arour, voix de leurs maitres, ont multiplié, à cet effet, les fatwas et les envolées bellicistes, soufflant sur les braises, lavant les cerveaux et soulageant les consciences. “Allahou Akbar” n'est plus une profession de foi mais un cri de guerre, un appel au meurtre.
En revanche, il n'est pas exclu que, pour crédibiliser davantage la thèse de complot et ainsi imputer aux groupes armés l'enlisement de la crise dans la violence armée, le régime ait monté de toutes pièces quelques attentats ou crimes ci et là. Il est établi que le système syrien de sécurité et de renseignements est à ce point tentaculaire et ténébreux qu'il peut se permettre tous les coups tordus ou bas et les plus insondables mises en scène pour sortir son épingle du jeu et tenter de renverser le cours des évènements.
Donc, le deuxième complot, ourdi par le régime, consistait à pourrir la situation pour pouvoir disposer d'un levier politique couvrant le déploiement militaire et l'implacable traque des “hordes armées terroristes”. En effet, d'un point de vue politique, le régime Assad ne pouvait continuer à réprimer indéfiniment dans le sang des manifestations pacifiques, position intenable à terme. Pour étouffer sinon mettre fin au soulèvement, le recours massif à la force armée serait l'alternative de choix pour peu que l'action soit justifiée par rapport à l'opinion publique nationale et internationale.
A ce sujet, il y a lieu de relever trois paradoxes :
Révolution confisquée
En conclusion, la révolution syrienne a été volée, odieusement volée dès lors qu'elle a essuyé les tirs croisés, a subi un double complot commis par deux parties rivales, paradoxalement protagonistes d'une alliance objective pour militariser le soulèvement populaire et lui faire emprunter le virage armé. Les deux adversaires trouvaient bien leurs comptes.
Cependant, une question se pose : Comment se fait-il que le régime Assad, tout aussi despotique que verrouillé, résiste encore tant bien que mal face au tsunami islamiste, malgré l'opprobre international et la grande coalition adverse ? Comme début de réponse, et outre le soutien renouvelé de l'armée et d'une bonne partie de la population, cette faculté de résister ne serait-elle pas imputable à la nature du régime, qui n'est pas réductible à la tyrannie d'un homme (comme c'était le cas en Tunisie, Egypte, Libye à titre d'exemple) mais à la dictature d'un système.


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