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Les architectes furieux contre les propos de Samira Meraï
Publié dans Tuniscope le 21 - 07 - 2017

Suite à l'intervention "maladroite" de Mme Samira Meraï, ministre de la santé au sein de l'ARP les architectes montent au créneau.
En affirmant publiquement son rejet du résultat de concours d'architecture de deux hôpitaux régionaux, sur lequel ont participé et planché des dizaines de groupement d'architectes jeunes et moins jeunes. Des architectes qui ont sacrifié des semaines de travail pour intégrer un programme et des exigences complexes parfois contradictoires, imposés par sa propre administration. La ministre de la santé a totalement manqué de respect aux architectes tunisiens.
En enfonçant le clou par son insinuation sur les 200m de couloirs, Mme la ministre vise clairement le travail des architectes tunisiens et leur compétence dans le domaine hospitalier. Je la met au défi de me citer un seul Batiment hospitalier de cette échelle sans couloirs et circuits verticaux ou horizontaux. Je la défie aussi de me trouver une solution pour distribuer les services, espaces fonctionnels d'un hôpital régional d'une surface moyenne de 10.000 m2 sur un seul niveau RDC sans couloirs ni galeries.... Clairement, Mme la ministre sait autant lire un plan que moi même je manipule le scalpel, je n'ai jamais dépassé le stade d'une dissection de souris.... Et elle se permet de juger une architecture sur un couloir en faisant fi de toutes les commissions constitués par de véritables spécialistes???...
En parlant de deux catégories d'architectes, ceux des cliniques privées et ceux des hôpitaux publics, Mme la ministre prouve une méconnaissance totale de notre profession. Mme la ministre doit savoir que effectivement les mêmes, tous les 5000 architectes de la place, construisent les cliniques, les hôpitaux en Tunisie et aussi ailleurs. Ce qu'elle doit savoir aussi, c'est que les compétences de nos architectes et ingénieurs sont avérées, incontestées et reconnus a l'international dans ce domaine précis. Que de marchés, que de concours internationaux d'hôpitaux et cliniques ont déjà été gagné par nos compétences...
Je passe outre la non exploitation de la Maternité de Souk Ahad ou de l'Hôpital de Mjez El Bab, déjà réceptionnés, pour des raisons qu'elle seule et ses services peuvent connaître. Problèmes qui peuvent être fonctionnels, architecturaux, techniques, logistiques, financiers, administratifs,..... Mais que la ministre lie sans justification à l'architecture et aux architectes en reliant ces faits à son rejet des concours cités plus haut.
Je ne peut passer outre, le fait que Mme la ministre décide arbitrairement de résoudre les problème éventuels rencontres dans les hôpitaux par l'énorme raccourci ou la facilité d'importer totalement, clé en main, des compétences étrangères, même si elle sont incontestées dans un domaine spécifique (ça reste toujours à vérifier). Des expériences passées ont d'ailleurs prouvé l'inadaptation de solutions parachutées et non intégrés au contexte local tunisien. Les architectes tunisiens ne refusent pas de profiter de l'expérience des autres ou de collaborer avec eux, mais refusent de se voir donner des leçons dans un contexte qu'ils maîtrisent le mieux. Depuis quand les koweitiens ou les saoudiens nous donnent des leçons en matière d'architecture hospitalière?.... Leur statut de bailleurs de fonds leur donne sûrement des droits mais pas celui de passer outre les compétences reconnues de ce pays. Le rôle d'un membre de gouvernement est de défendre ses compétences et non les jeter en pâture en public. D'ailleurs la ministre ne conteste même pas la programmation et les normes établis et appliqués par son administration, de l'avis même de tous les spécialistes locaux et internationaux, le grand point faible de l'architecture hospitalière en Tunisie. Ce qui est totalement inique et démontre une fois encore que les architectes sont spécialement visés dans son intervention à l'ARP.
Mme la ministre ne peut nier qu'un bon gouvernant, doit se garantir les meilleurs moyens pour atteindre ses objectifs. Importer une solution toute faite, clé en main, n'a jamais été une solution. Stigmatiser une profession non plus. Mais s'entourer des meilleurs moyens pour avancer oui. Le nombre des architectes au sein du Ministere de la santé ne dépassent pas les doigts d'une seule main, ils croulent sous les dossiers divers, qu'ils n'arrivent plus à gérer humainement. J'en connais même qui ont abandonné et se sont exporté vers d'autres cieux, servant d'autres états... Je sais qu'ils sont pour la plus part extrêmement compétents, qu'elle commence par leur donner les moyens matériels et humains qu'ils puissent s'exprimer convenablement. Je me rappelle que le Grand Daly Jazi, alors ministre de l'enseignement supérieur, confronté à l'urgence d'une carte globale du parc universitaire et de son développement à carrément créé un service de construction à part entière sous tutelle de son Ministere et l'a doté de tous les moyens matériels et humains disponibles et suffisants. Il a même mobilisé les étudiants en architecture pour un relevé complet de recollement des installations et Equipements existants à l'échelle nationale. C'est vrai c'était Daly Jazi... Je compare l'incomparable! Allah yar7mou.
Revenons au problèmes soulevés sur le parc hospitalier ancien et nouveau en Tunisie.
Commençons d'abord par s'entendre que l'architecture hospitalière est évolutive, comme la medecine d'ailleurs. La vérité d'aujourd'hui n'est pas forcément celle de demain. Il est donc complètement erroné, de se référer aux mêmes programmes, normes et réglementations pendant des dizaines années sans aucune remise à plat, évolution ou révision. La programmation hospitalière exige une formation continue et une expérience accumulée. Ca n'a jamais été le cas, d'ailleurs nos projets de cliniques souffrent aussi de ces mêmes problèmes, je peux vous citer des dizaines de problématiques mises sur la tables et bloquées par l'administration à cause d'une réglementation obsolète. Cela n'empêche que nos architectes y compris ceux du même Ministere s'informe et se forment continuellement, ils sont au courant de ce qui se passe dans le monde.
Concernant le parc hospitalier, je ne sais pas si le Ministere possède, déjà effectué ou programmé à l'échelle nationale un relevé général de l'existant, estimé son adéquation à une éventuelle carte sanitaire (commencé si je ne m'abuse sous Mondher Zneidi) et étudié les possibilités de rénovation et d'évolution avant d'entamer la construction de nouveaux hôpitaux. J'espère que ces nouveaux hôpitaux répondent clairement à des besoins et objectifs précis suivant une carte sanitaire planifiée au préalable et non des considérations politiques et populiste.... Je n'ai pas entendu Mme la ministre nous éclairer a ce sujet très important quand à la bonne gestion des deniers publics. J'espère en tous les cas que les nouveaux hôpitaux ne subiront pas le même sort que les anciens par rapport à l'entretien du Batiment et la gestion du matériel... Ce que j'ai vu personnellement, il y'a quelques semaines au niveau de l'hôpital Salah Azaiez relève du scandale....
En conclusion, je considère l'intervention de la ministre de la santé a l'ARP comme un affront contre toute la profession d'architecte. Et nous doit obligatoirement des excuses publiques. En tant qu'architecte je prend cet affront personnellement, je pense que beaucoup de mes confrères l'ont pris de la sorte.
Il suffit que chaque gouvernant en mal de justifications sur sa mauvaise gestion se déverse sur notre profession. Ce n'est pas la première fois depuis 2011, tâchons que ça ne se répète plus.
A défaut de reconnaissance les architectes demandent le respect.
Le métier d'architecte en Tunisie n'est plus une profession mais carrément du militantisme.
On n'est jamais prophète dans son pays...
Oui je suis un architecte en colère
Je suis même très en colère


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