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10 ans après la Révolution, que faire?
Publié dans Tuniscope le 09 - 10 - 2020

Dix ans sont passés depuis les événements qui ont conduit au départ de Ben Ali. Nous avons interviewé, à cette occasion, l'auteur Abdelaziz Belkhodja qui a beaucoup écrit sur la révolution et qui, régulièrement, intervient, à travers ses articles, sur le cheminement de la Tunisie.
Une décennie, c'est énorme!
- L'énormité c'est que c'est une décennie perdue. En 10 ans, rien qu'en investissant dans les énergies renouvelables, l'agriculture et la propreté, la Tunisie serait aujourd'hui différente et sa population pleine d'espoir. Mais notre pays a été abandonné par ses dirigeants qui, au lieu de se concentrer et de communiquer sur des objectifs intelligents, se sont laissés happer par la politique politicienne elles égos.
Qu'a gagné la Tunisie ces dix dernières années?
Une certaine expérience politique, mais elle est stérile, et la liberté d'expression, qui est loin d'être négligeable même si aujourd'hui on n'en voit que les défauts. À part ça, de la saleté au terrorisme en passant par la corruption, la catastrophe économique et la misère, toutes les tares pré-révolutionnaires se sont développées de façon exponentielle au point que les mots « révolution » et « démocratie » sont chargés de doutes et que le régime dictatorial, qui avait, lui, réussi dans certains domaines, est désormais souvent évoqué avec nostalgie.
Est-ce la révolution et la démocratie qui sont les coupables de cette situation?
Non. Le 14 janvier au soir, les Tunisiens avaient déjà obtenu toutes leurs libertés civiles, ils avaient réussi leur révolution. Mais les politiciens ont dénaturé le mouvement en gérant avec beaucoup de faiblesse la transition et en générant un régime bâtard. En réalité, nous ne sommes pas en démocratie. La démocratie a de nombreuses exigences légales qui ne sont pas respectées. Nous vivons dans un régime dit « parlementaire » que les plus hauts responsables et plusieurs parlementaires qualifient eux-mêmes de mafieux, c'est une situation profondément nocive qui, chaque jour, enfonce la Tunisie davantage.
Alors qu'à apporté la révolution aux Tunisiens?
Je viens de le dire, le 14 janvier 2011 au soir, les Tunisiens jouissaient, de fait, de toutes les libertés politiques. Pour moi, ce soir là, la révolution était terminée. Il fallait tout de suite mettre le pays sur les rails. Pourquoi a-t-on mis 3 ans pour soit-disant concrétiser « les acquis de la révolution »? C'est durant ces 3 années que l'Etat tunisien s'est effrité et avec lui l'économie. En 2011, l'Etat tunisien fonctionnait, il fallait juste changer le logiciel, l'adapter à la nouvelle donne révolutionnaire. Idem pour l'économie, il fallait la libérer de ses blocages. Or tous les mouvements politiques au pouvoir depuis 2011 se sont illustrés par leur immobilisme et leur absence totale d'idées.
Mais pourquoi cette absence de réaction? Cette irresponsabilité?
Les deux vecteurs de l'échec sont l'islam politique et les faux progressistes qui se sont allié à lui. L'arrivée d'Ennahdha a brisé la donne progressiste qui était à la base du mouvement révolutionnaire. Avec son fond de commerce religieux et son objectif à peine dissimulé de soumettre la Tunisie à sa volonté et à celle de ses alliés, Ennahdha a confisqué et détruit le mouvement révolutionnaire. Les partis progressistes qui ont gouverné avec elle ont été aveuglés par le pouvoir et on perdu toute contenance. Les compromis avec les islamistes sur des questions essentielles les ont vidés de leur substance politique.
D'où le fait que ce sont les opposants irréductibles d'Ennahda qui percent aujourd'hui…
Oui, c'est clair que les compromissions de tous les pseudo-progressistes ont provoqué une défiance des Tunisiens. Nous assistons au retour en grâce, à travers la bouillonnante Abir Moussi, du parti Destourien, celui que tout le monde avait chassé en 2011, celui qui, durant plus d'un demi-siècle a formé, par le biais du parti unique, la colonne vertébrale des deux dictatures, celle de Bourguiba, despotique mais néanmoins éclairée par sa volonté progressiste, puis celle, affairiste et scélérate, de Ben Ali.
Si on résume le paysage politique d'aujourd'hui, il y a donc les islamistes, le PDL et une mosaïque de partis inconsistants. C'est tout?
Non, à la marge de ce paysage politique, il y un homme, ou plutôt un symbole, celui de l'intégrité, de l'honnêteté qui a tant manqué aux Tunisiens. Kaïs Saïed. Mais il a simplement réussi à se hisser vers une présidence de la République que la Constitution de 2014 a doté de très peu de compétences. On l'a vu avec BCE; quand il a été lâché par Youssef Chahed, il a pratiquement disparu de la scène politique.
Vous pensez que c'est ce qui va arriver à Kais Saïed ?
S'il continue à se battre contre des moulins à vent, oui. Kaïs Saïed lance les mêmes accusations que n'importe quel individu dans la rue. Ce n'est pas son rôle. Il doit désigner clairement le complot et les comploteurs sinon, il est juridiquement complice. Et puis, quel rôle s'est-il donné pour cette mission de chef de l'Etat? A-t-il des réformes en cours de rédaction? Des plans? Une vision? A-t-il des visites prévues chez les maîtres de ce monde pour leur présenter les besoins de la Tunisie et leur démontrer sa capacité de se surpasser? En clair, que fait Kais Saïd? Tous les Tunisiens connaissent la réalité du pays. Nous n'avons plus besoin de diagnostic, mais d'opérations.
Que peut-il faire? La question concerne aussi le Chef du Gouvernement.
La Tunisie a cent façons de sortir de ses crises. C'est avec des idées qu'on s'en sortira, or nous les avons. La Tunisie, très sérieusement, peut se remettre debout en un an. Plusieurs Tunisiens publient depuis 10 ans d'excellents plans de sorties de crise. Les a-t-on réuni sérieusement? Non, on continue à réunir ceux qui ont coulé le pays et les opportunistes et on ne prend même pas la peine de lire les plans de sortie de crise…
Donc la responsabilité de la situation actuelle n'appartient qu'aux seuls dirigeants?
Oui. Beaucoup veulent accuser l'UGTT, mais il s'agit d'un syndicat, et le boulot d'un syndicat est de défendre les travailleurs. Les politiciens ont accordé à l'UGTT un rôle qui n'est pas le sien et qui est en contradiction avec ses objectifs. Sinon, la société civile, les intellectuels, les associations, tout le monde a fait du bon travail. Les jeunes nettoient les forêts, les plages, les rues… les intellectuels pondent chaque année des dizaines de plans de relance. Les fondations, les Think tanks, les associations font un travail formidable… le problème ce sont les responsables politiques. En 2011, nous voulions tous nous mettre au travail, vous vous souvenez? Nous avons tous vu les Tunisiens se métamorphoser en 24 heures! Ils se sont mis à respecter les feux rouges, les files d'attente. La majorité des Tunisiens est civilisée, mais beaucoup n'acceptent pas d'être les dindons de la farce. Pourquoi seraient-ils disciplinés, pourquoi payeraient-ils les impôts si les dirigeants ne font pas leur devoir? Quand l'exemple de la corruption, du clientélisme du je m'enfoutisme, vient d'en haut, comment voulez-vous que les subalternes soient disciplinés et honnêtes?
Pensez vous que les choses vont changer après 10 ans?
Les Tunisiens sont désabusés, ils ne manifesteront plus, ils sont dégoûtés, très déçus. Le changement ne viendra pas de la rue. Les exigences, exprimées par les Tunisiens en 2011 sont toujours d'actualité: les Tunisiens voulaient corriger les dysfonctionnements de l'Etat, ils voulaient une Tunisie meilleure économiquement, socialement, politiquement, ils voulaient de la justice, de la solidarité, de l'intelligence, une Tunisie qui réussit, un pays où les gens sont libres, où l'administration est au service des administrés, un pays où les missions de l'Etat sont assurée…
Il appartient aux dirigeants d'assurer ces objectifs. Ce n'est pas sorcier, il faut des visions, des idées, des projets, de la poigne, de la volonté, de l'intelligence, une bonne communication… ce sont les bases de la politique. Il faut aussi un bon esprit, et non ces égos débiles qui ont tout détruit. De toutes façons, nous n'avons pas le choix, économiquement, la Tunisie est au bord de la rupture, et la rupture signifie la désorganisation de l'économie et de l'Etat, elle entraînera un bouleversement social et débouchera sur le chaos. Et avec le chaos, on ne sait jamais ce qui peut advenir.
Vous dites toujours qu'il y a des solutions et vous n'en donnez pas.
Parce que ce n'est pas l'endroit. Mais puisque vous insistez, allez-y proposez moi n'importe quel secteur…
Le Tourisme est dans une très grosse crise, comment s'en sortir?
Il y a des dizaines de solutions, comme le tourisme de niche, le tourisme culturel vu que la Tunisie a la capacité de réunir des millions de touristes en se basant sur son histoire, mais en attendant la fin de la pandémie, il y a beaucoup mieux comme solution. Nos hôtels fonctionnent 2 mois par an et durant 10 mois, ils sont vides. Or de quoi sont constitués les hôtels? De grandes salles, de commerces, de restaurants, de cuisines, de cafés, de buanderie, de chambres, d'espaces verts et d'espaces de jeu. C'est exactement ce qu'il faut à nos étudiants pour qu'ils étudient et vivent. Pourquoi ne pas concevoir un PPP avec des promoteurs dans l'éducation pour, durant 8 mois, utiliser les hôtels comme des universités ? En plus de leur études, les étudiants apprendront à gérer des espaces de jeu, des commerces, ils habiteront dans de belles chambres, ça donnera du travail à tout le personnel hôtelier… En plus, pour financer tout ça, c'est très facile puisque la plupart des hôtels sont endettés auprès des banques publiques, c'est à dire qu'ils pourront, de cette manière payer leurs dettes…. Les banques publiques pourraient être à l'origine de cette réforme et les hôtels auront chaque saison un mois pour se transformer en universités et un mois pour redevenir des hôtels, et tout le monde y gagnera, les banques, l'Etat, les étudiants et les enseignants.
Et pour l'éducation nationale?
Vous savez ce que coute le cartable d'un enfant? Entre 200 et 300 dinars chaque année or une tablette électronique coute la moitié et elle peut être utilisée durant 5 ans. Imaginez les économies que ça fait pour les familles! Et aussi pour l'Etat car au lieu de dépenser son argent dans les livres et le papier, il pourrait utiliser le CNP et aussi le CPU d'ailleurs (centre national pédagogique - Centre de publication universitaire) pour faire des applications d'éducation. Il économiserait un argent fou et en plus, préparera beaucoup mieux les jeunes à la vie active et aux technologies de demain. Il y a des dizaines de réformes de ce genre à appliquer dans tous les domaines…
Ministère de La Défense?
Pour l'armée, j'ai une idée pour multiplier son équipement par 3 sans dépenser un dinar, mais c'est secret… et je suis sérieux.
Vous avez des solutions dans tous les domaines?
Il y a des solutions dans tous les domaines, les Tunisiens, je le répète, ont cru en la révolution, et beaucoup ont fait un gros travail de recherche. Un travail qu'aucun responsable n'a lu. Or il suffit que les responsables croient aux idées pour que la Tunisie se remette à fonctionner. Bourguiba était un homme très cultivé, il croyait aux idées et il les encourageait. Après lui, plus personne n'a cru aux idées. Or la Tunisie est bien plus riche par ses idées que par ses ressources naturelles.
Le mot de la fin?
La période que nous vivons est terrible. À la faillite économique et à la désorganisation de l'Etat s'ajoute déjà une nouvelle misère que la pandémie a développé de façon exponentielle.
L'idéal serait que les réformateurs tunisiens se mettent sérieusement à réfléchir autour d'un grand projet pour sortir la Tunisie de ses crises. Aujourd'hui, la Tunisie est entre 2 conservatismes… Il y a donc une place énorme pour un grand mouvement réformateur basé sur les formidables principes – on a tendance à les oublier – de la révolution: la liberté et la dignité pour tous. Ce n'est pas parce que des incapables ont gâché cette dernière décennie que l'on doit abandonner nos rêves et continuer à vivre un cauchemar.


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