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Organisation Nationale de l'Enfance Tunisienne... Les causes d'un déclin
Publié dans WMC actualités le 22 - 09 - 2012

Et pour cause: «une absence totale de transparence et de crédibilité, confirmée par des données entièrement erronées. Le rapport ne se base sur aucun élément financier crédible, excepté un historique dérisoire n'ayant aucun fondement, un rapport ayant été distribué à la dernière minute, le jour du congrès», selon Fayçal Mahbouli, membre du conseil national de l'ONET, président du comité national de conseil et de contrôle administratif et financier des bureaux régionaux et locaux, et notamment président du comité des structures de la législation et des affaires étrangères.
Malgré cela, nous révèle notre interlocuteur, le congrès a poursuivi ses travaux et a procédé à l'élection du nouveau bureau exécutif et du nouveau conseil national. «Le congrès aurait dû être interrompu pour une investigation judiciaire de premier degré du moment que le rapport financier n'a pas été approuvé, et que chacun des membres de l'ancien bureau exécutif assume personnellement sa propre responsabilité légale», lance-t-il, ajoutant que la tenue du congrès a été décidée à la dernière minute et organisée dans «des conditions déplorables».
D'ailleurs, les élections ont abouti à une rotation de postes entre l'ancien président et son adjoint. Ce dernier était le seul candidat à la présidence de l'ONET, et le président du bureau exécutif, devenu président du conseil national consultatif de l'ONET. «Rien n'a changé», regrette M. Mahbouli. «Bref, un arrangement qui a été conclu au préalable avec le soutien bien entendu de certains bureaux régionaux. Un compromis “préfabriqué“ à l'avance».
A noter que l'ancien président du bureau exécutif a effectué plus de trois mandats; et il voulait présenter sa candidature pour un quatrième, quand il fait face à un refus général, compte tenu du désastre financier et des innombrables imperfections.
Déclin…
Mais qu'est-ce qui fait que cette organisation, vieille de ses 64 ans (fondée en 1948), a viré au déclin après tant d'années de gloire? Il faut noter qu'autrefois l'ONET était connue pour ses activités au service de l'enfance et s'est énormément investie dans cette mission. Mais il s'avère que les intérêts personnels aient pris le dessus sur ces efforts.
On indique que des milliers d'enfants ont bénéficié des services pendant des décennies, ce qui s'appelait alors “Organisation nationale des colonies des vacances et patronage“ (ONCVP) et qui deviendra ONET. La chute a commencé progressivement en 2005, selon notre interlocuteur.
En octobre 2008, on décida de créer un Comité national de contrôle et de conseil en gestion administrative et financière des bureaux régionaux et locaux. Fayçal Mahbouli fut alors désigné président de ce Comité, conformément à la décision du comité national directeur de l'ONET en date du 4 octobre 2008.
La première correspondance afférente aux missions de contrôle de gestion de M. Mahbouli fut adressée au président de l'ONET le 4 novembre 2008, dans laquelle il a révélé des défaillances flagrantes au niveau de la gestion financière de certains bureaux régionaux de l'ONET. Le comité a poursuivi alors son travail, émettant des dizaines de rapports, notamment de conseil, et d'initiation à la bonne gouvernance, qui ont été transmis au président de l'ONET. Mais surprise : le comité fut gelé, sans être remplacé, au bout de six mois, et sans explication quelconque.
Quelques mois avant la tenue du dernier congrès, exactement en juin 2012, le bureau exécutif et le comité national de l'organisation ont décidé de relancer ce comité, après une période de contrôle creuse de quatre ans.
Impasse…
«J'ai envoyé plus d'une centaine de correspondances, documents à l'appui, au bureau exécutif durant la période (du 4 novembre 2008 au 28 aout 2012), afin de mettre en œuvre une stratégie innovatrice de contrôle et de gestion financière crédible et efficace. L'ONET est, à ce jour, dans une impasse, un désastre financier des plus criards», alerte M. Mahbouli. L'organisation n'arrive plus à régler ses factures; le déficit financier de l'ONET est un gouffre; son siège est dans un état de délabrement lamentable.
Une organisation qui n'arrive plus à honorer les salaires du personnel, ni leur assurer une couverture sociale régularisée, une malversation au niveau de la gestion quotidienne manifestée par l'absence de factures, d'états financiers comparatifs, de rapports de missions.
Ajoutons à cela l'absence de rapports d'activités que M. Mahbouli n'a cessé de demander, afin de procéder à un rapprochement en termes de contrôle financier, et qui ne lui ont jamais été remis.
Les conditions d'hébergement sont également très déplorables, selon notre interlocuteur. Les enfants sont pour la plupart du temps hébergés dans des écoles primaires qui ne répondent pas aux standards universels exigés et appliqués dans les centres de vacances. Le membre de conseil national de l'ONET nous montre un document des réglementations françaises de l'Union Française des Centres de Vacances. En Tunisie, aucune réglementation n'existe.
«Les autorités de tutelle devraient, ainsi, assurer un contrôle permanent des centres d'accueil d'enfants. Dans certains cas, des salles de classe abritent jusqu'à 20 et 30 enfants, alors qu'un minimum de conditions sanitaires est cependant exigé. En France, comme dans tous les pays développés, selon la réglementation en vigueur, il est strictement interdit de dépasser 6 enfants par chambre», affirme l'expert. Il ajoute que l'ONET est capable d'avoir ses propres centres d'accueil, et se conformer ainsi à la réglementation en vigueur, condition d'une bonne gouvernance évitant ainsi toute pratique illicite pour des intérêts exclusivement personnels.
Une réunion de contrôle financier, annulée sine die…
En date du 16 janvier 2012, notre interlocuteur appelle à une réunion d'urgence dont l'objet principal selon ses termes cités en objet de la convocation, «l'assainissement et le curage de l'ONET, pour une mise à niveau intégrale». Elle a été envoyée au président du bureau exécutif et au président du conseil national de l'ONET, qui ont répondu favorablement pour la tenue d'une assemblée extraordinaire.
M. Mahbouli a exigé également de chaque membre, qu'il soit muni de son rapport d'activités, ainsi que des états à jour, des engagements financiers afférents à chaque comité au sein du bureau exécutif. «Mauvaise surprise : quelques heures avant la réunion, le président de l'ONET m'a appris que les documents demandés n'existent pas. La réunion a été alors annulée».
D'après M. Mahbouli, aucune consultation, ni appel d'offres quelconque n'ont été soumis au préalable pour étude, consultation et approbation du conseil national de l'ONET. Et c'est là où réside le hic. Selon M. Mahbouli, il n'existe aucune transparence au niveau de la gestion financière, des recettes et du budget. «Ce ne sont que des données volatiles, superflues et incertaines sur tous les plans», ajoute-t-il.
En fait, les recettes de l'ONET proviennent de différents investissements, à savoir un centre polyvalent à Ezzahra, s'étendant sur une dizaine d'hectares et comprenant un centre d'hébergement, une salle des fêtes, deux restaurants et deux salles des fêtes; et la location d'une trentaine de bus et tant d'autres.
Assainissement total…
Suite à cette situation dramatique, le nombre d'adhérents a régressé. Plusieurs cadres compétents ont quitté l'organisation. Toujours selon notre interlocuteur, le bureau directeur ne cesse de pratiquer le favoritisme au profit des régions du nord, et du sahel; alors que le reste du pays est relativement délaissé.
La relation avec les partenaires étrangers s'est aussi dégradée à cause du non respect de la réciprocité au niveau des échanges. En conséquence, certaines conventions de partenariat ont été rompues.
Mais que faut-il faire pour sauver l'ONET? «Un curage et un assainissement total de ses structures. La tenue d'un congrès extraordinaire en collaboration avec des autorités publiques concernées et sous l'égide de la présidence de la République, s'agissant de l'avenir de nos enfants», réclame M. Mahbouli.
Concrètement, il s'agit selon lui d'éliminer les anciennes figures et faire appel à des compétences et des experts à l'échelle nationale et internationale. Le président devrait être de préférence un cadre permanent, afin de lui permettre de mieux gérer les différentes structures de l'ONET et assurer ainsi une bonne gouvernance au diapason des organisations d'enfance à l'échelle internationale.
L'expert appelle ainsi à geler toutes les activités de l'ONET et d'élire ou désigner un comité directeur, de gestionnaires, des membres compétents sincères et crédibles, qui pourront assurer la survie de notre organisation.
Vu que le rapport financier présenté au congrès n'a pas été approuvé, M. Mahbouli réclame sa révision, sous l'égide des services compétents du Premier ministère, en estimant qu'un audit est nécessaire voire crucial, à cette étape dégradante, et à l'image de notre enfance. Il s'agit notamment de revoir les conventions d'échanges internationaux, et récupérer ainsi et dans la mesure du possible les partenaires qui ont quitté l'organisation, au cours des dernières années, et ce après les travaux d'assainissement.
Il a également appelé à la mise en œuvre de dispositions urgentes par les pouvoirs publics et le ministère de tutelle, afin d'organiser un autre congrès dans les prochains jours voire semaines, et qui soit parfaitement crédible, et probant, au service exclusif de développement de notre enfance et nos futures générations.


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