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La Banque centrale n'est pas isolée dans sa tour d'ivoire
Publié dans Business News le 01 - 10 - 2020

Le rôle d'une banque centrale est de faire les arbitrages nécessaires, qui permettent de maitriser la hausse des prix tout en encourageant la consommation et l'investissement. C'est dans ce cadre que l'autorité monétaire tunisienne a décidé, mercredi 30 septembre 2020, de baisser son taux d'intérêt directeur de 50 points de base pour le ramener à 6,25%. Il s'agit de la deuxième diminution en un an après celle des 100 points du 17 mars 2020. La deuxième depuis le début de la crise du Covid-19. Une conférence de presse a été tenue ce jeudi 1er octobre 2020 par le gouverneur pour justifier cette décision.

« La baisse du taux d'intérêt directeur de 50 points de base a été raisonnable », a affirmé d'emblée Marouane Abassi, en soulignant les difficultés par lesquelles est passée l'économie tunisienne et les entreprises depuis le début de la pandémie, vu les répercussions économiques de cette dernière.
Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie a ainsi rappelé que l'institution a augmenté le taux directeur lorsque cela a été nécessaire. Durant son mandat, le taux a été augmenté trois fois de 275 points (75+100+100) et deux fois pendant le mandat de son prédécesseur. Entre 2017 et février 2019, le taux a été élevé de 350 points de base.
Marouane Abassi soutient que la dernière hausse de février 2019 a été très importante, car pour la première fois, on est passé d'un taux d'intérêt réel négatif à un taux d'intérêt réel positif.

Ces augmentations ont porté leurs fruits puisqu'on constate une baisse graduelle de l'inflation, qui s'est établie à 5,4% (en glissement annuel), en août 2020, après 5,7% le mois précédent et 6,7% en août 2019. Cette trajectoire désinflationniste a été favorisée par la décélération de l'inflation sous-jacente, laquelle s'est établie à 5,3% en août 2020, soit le niveau le plus bas enregistré depuis fin 2016.

Ainsi, le package de mesures prises en matière de politique monétaire depuis mars 2020 a permis non seulement d'apporter la liquidité nécessaire aux banques, comme en témoigne l'absence de tensions sur le taux du marché monétaire (TMM), mais aussi de faire face aux perturbations générées par les retombées économiques de la crise Covid-19 sur la transmission de la politique monétaire aux taux débiteurs bancaires. Ceci a contribué à soutenir l'activité économique et à mitiger les répercussions financières de la crise sanitaire. Les derniers chiffres disponibles indiquent que la dernière baisse du taux directeur, de 100 pbs (mars 2020), a été répercutée, dans une grande mesure, sur les taux d'intérêt des nouveaux contrats de crédits accordés aussi bien aux entreprises privées qu'aux ménages. L'encours des crédits à moyen et long terme accordés aux entreprises (hors administration centrale) s'est maintenu sur une tendance haussière graduelle quasi-généralisée (3,4%, en glissement annuel, en juillet 2020, soit le plus haut niveau atteint depuis avril 2019). Egalement, l'on relève une reprise généralisée des crédits aux particuliers (3,4%, en glissement annuel, soit le plus haut niveau atteint depuis février 2019).

M. Abassi a indiqué que la Tunisie tablait sur une croissance de 2 à 2,5% en 2019, mais malheureusement, la croissance était molle située à 1%. Il a précisé qu'en 2020, on pensait atteindre les 3,2% de croissance vu la stabilisation de la macro-économie, la reprise du tourisme et de l'export, pour atteindre les années d'après, des taux de croissance raisonnables. Mais, c'était sans compter sur le Covid-19 qui a impacté le monde entier, notamment notre partenaire économique privilégié l'Union européenne outre l'Algérie et la Libye.
« Depuis l'indépendance, la Tunisie n'a pas connu une crise aussi grave avec des taux de croissance aussi bas, et qui a des répercussions sur tous les secteurs, même le secteur informel à cause de la fermeture des frontières et l'arrêt du commerce transfrontalier… Au final, tous les étages de l'économie ont été touchés », a-t-il souligné.
Les récentes prévisions montrent un redressement graduel de la croissance économique, durant la deuxième moitié de l'année 2020, quoiqu'à un rythme encore faible sous l'effet de la poursuite de la crise sanitaire. Ce redressement ne permettrait de compenser que partiellement la baisse historique de l'activité enregistrée au premier semestre 2020, de -11,9% par rapport au premier semestre 2019.


Le gouverneur de la BCT a évoqué, dans ce cadre, le manque de visibilité, en notant que personne n'est capable actuellement de décrire ce qui va se passer dans les trois à six mois à venir.
Et de préciser : « En terme d'économie politique, on ne peut dire que la BCT est indépendante et qu'elle reste dans sa tour d'ivoire, ne comprenant pas ce qu'il l'entoure : ce n'est pas vrai ! On discute tous les jours avec le gouvernement et les ministères, pour déterminer les politiques à adopter et les mesures à prendre ».

C'est dans ce contexte que le Conseil de l'administration de la Banque centrale a jugé nécessaire de continuer à renforcer le soutien monétaire à la reprise économique naissante, en décidant de réduire ses taux directeurs de 50 points pour les ramener à 6,25% pour les opérations principales de refinancement, à 5,25% pour la facilité de dépôt à 24 heures et à 7,25% pour la facilité de prêt marginal.
Cette décision devrait conforter l'assouplissement de la politique monétaire, adoptée depuis l'avènement de la crise sanitaire. La baisse du taux directeur devrait alléger les charges financières des crédits octroyés aux entreprises et aux ménages, leur permettant de préserver leur solvabilité et de contribuer ainsi à la stabilité financière. Elle devrait également soutenir la demande intérieure avec des perspectives d'une reprise de la demande de consommation.
En revanche, le redressement de l'investissement demeure entouré de fortes incertitudes, nécessitant une multiplication des efforts de la part de toutes les parties prenantes pour assurer la stabilité socio-politique et la mise en place des réformes structurelles nécessaires à l'amélioration du climat des affaires, condition sine qua non pour une vraie relance de l'investissement.
Les risques haussiers entourant les perspectives de l'inflation seraient relativement faibles à court terme, quoiqu'ils restent actifs à moyen terme.

Marouane Abassi pense que les Tunisiens doivent faire un effort de solidarité, notamment en consommant tunisien. L'objectif étant de bien utiliser les financements et ne plus retourner vers un déficit courant exorbitant.
« 2020 va être une année compliquée, d'où la nécessité de renouer avec la croissance, sinon on va être dans de beaux draps », a-t-il estimé. Et d'ajouter : « On doit se focaliser sur des investissements productifs, multiplicateurs de richesse, et pas inflationnistes ».
Et d'assurer en réponse à une question : « Oui je suis optimiste car nous disposons de tous les avantages comparatifs intrinsèques pour redémarrer vite et nous avons beaucoup de secteurs capables de réaliser une croissance à deux chiffres, si on les soutient correctement. Ça s'est pour le moyen terme, six mois à un an… La période difficile est celle que nous traversons actuellement ! »

La Banque centrale est fortement attachée à son mandat de préserver la stabilité des prix et de contribuer au maintien de la stabilité financière de manière à soutenir la réalisation des objectifs de la politique économique de l'Etat. Tout en demeurant vigilante quant à l'évolution de l'inflation dans la période à venir, l'autorité financière n'hésiterait pas à activer tous les moyens à sa disposition pour soutenir l'activité économique et subvenir à ses besoins en matière de liquidité, tout en se conformant à son mandat de préservation de la stabilité des prix.


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