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Pourquoi l'Etat réagit comme un schizophrène ?
Publié dans Business News le 14 - 10 - 2020

La tragique série d'événements qui a mené à la mort de Abderrazak Khachnaoui à Sbeïtla a suscité, évidemment, de vives réactions de part et d'autre. La colère, tout à fait légitime de la population, s'est accompagnée d'un désarroi partagé envers cet Etat qui tue au lieu de protéger et qui s'évertue à persécuter certaines catégories de ce peuple.
La réaction la plus attendue était celle de l'Etat, en lui-même. Mais attention, il est loin le temps où l'Etat était un corps homogène qui parle d'une seule voix. Il est loin le temps de la cohérence et de l'harmonie dans l'action étatique.

La première réaction à la catastrophe de Sbeïtla est venue de la Kasbah. Dans un flagrant manque d'imagination et dans une volonté certaine de faire taire les débuts de contestations, le chef du gouvernement a décidé plusieurs limogeages. Comme on le faisait avant la révolution, en application des procédés aveugles appris dans l'école de l'administration, le gouverneur, le délégué, le chef du district de sûreté, le chef de la police municipale ont été virés sans ménagement. Tous ne sont pas responsables de ce qui est arrivé à ce pauvre homme qui dormait tranquillement, mais l'Etat a décidé de donner une leçon et de montrer que nul n'est à l'abri. C'est une réaction vengeresse envers des personnes qui n'ont, apparemment, pas été à la hauteur de leurs responsabilités. C'est ce que faisait Ben Ali quand il était président. A chaque incident de ce type, une série de responsables étaient limogés pour donner l'exemple. On sait où cela a mené. Par ailleurs, de plus en plus de voix s'élèvent à Kasserine pour contester le renvoi du gouverneur qui semble être apprécié et compétent. Mais c'est la raison d'Etat diront les fans de ce genre de décision spectaculaire. Admettons, mais pourquoi la même raison d'Etat ne s'est pas appliquée dans le cas de la jeune Farah qui est morte engloutie par un égout ? Pourquoi aucune décision n'a suivi cette catastrophe, tout aussi grave ? Peut-être parce que les risques de soulèvement populaire sont inférieurs à Bhar Lazreg qu'à Sbeïtla, auquel cas la décision du limogeage n'a d'autre but que d'administrer un calmant à cette zone contestataire devant l'éternel. Nous pourrions philosopher pendant des heures sur la pertinence de cette décision de Hichem Mechichi. Mais cela est inutile car le chef du gouvernement n'aurait pas pu en prendre une autre. Sa carrière de chef de cabinet, sa formation d'énarque, font qu'il ne peut s'aventurer à prendre une autre décision que celle que lui dicte l'exercice administratif des parapheurs et des fax. On ne peut demander à un homme ce qu'il n'a pas.

La deuxième réaction a été locale, lors de l'enterrement du pauvre Abderrazak Khachnaoui. Même sur le chemin de sa tombe, il n'aura pas trouvé la paix puisque les funérailles ont vu l'intervention des forces de l'ordre à coups de gaz lacrymogène. Peut-on imaginer bêtise plus profonde que celle de celui qui a donné l'ordre de disperser des funérailles ? Le seul objectif d'une telle démarche est de remettre de l'huile sur le feu et d'entretenir, voire augmenter, les contestations de la population. S'il y a un fonctionnaire qui devrait être viré, c'est celui qui a donné cet ordre. Etait-ce une application aveugle de directives interdisant les rassemblements ou était-ce une volonté délibérée d'entrer en confrontation avec la population ? Dans les deux cas l'Etat a réagi bêtement. Heureusement que deux ministres, dont celui de l'Intérieur, avaient été dépêchés sur place pour prendre soin de la famille.
La troisième réaction a été celle du président de la République, Kaïs Saïed. Dans la soirée du 13 octobre, la présidence a publié un communiqué relatif à une rencontre entre Kaïs Saïed et Hichem Mechichi. Un communiqué pétri de haine, de division et qui sonne comme la plupart des discours présidentiels : creux. Le président recommande dans ce communiqué au chef du gouvernement de ne pas faire appliquer la loi sur une partie de la population. « Les crimes commis par ceux qui ont spolié l'argent du peuple pendant des décennies restent dans les tiroirs des tribunaux sans poursuites efficaces ni peine, plus que cela, celui dont la place est en prison défie l'Etat et ses symboles ». Voilà un discours d'apaisement et de responsabilité ! Quand le pays est en proie à un accident terrible qui soulève toute la population, le président de la République vient en rajouter une couche en ciblant ses ennemis politiques et en exploitant la mort du pauvre Abderrazak. En fait, Kaïs Saïed est un franc-tireur qui ne reculera devant aucune occasion pour régler ses comptes, lui qui s'estime floué par Rached Ghannouchi et Nabil Karoui. Encore une fois, il n'a pas agi en tant que président de tous les Tunisiens et il a préféré sa personne et ses petits règlements de compte. Il n'a pas été en mesure de se hisser à la hauteur de cette catastrophe et produire un message de paix et de rassemblement. Tous ses efforts sont consacrés à plus de haine et plus de division. Comme si cela ne suffisait pas, le même communiqué évoque la situation sanitaire : « la nécessité de privilégier les avis des spécialistes honnêtes au lieu de laisser le champ médiatique libre à ceux qui souhaitent investir dans cette situation alarmante et dans la détresse de la plupart des Tunisiens ». Donc après s'être érigé en tribunal à lui tout seul en d'autres occasions, voilà que le président de la République se pose en expert scientifique capable de distinguer les spécialistes honnêtes des charlatans. Réussira-t-il à créer de la division même dans le cadre d'une pandémie mondiale ? Cela semble en tout cas être l'objectif.

Avec un Etat dissonant et incapable d'uniformiser ses réponses, il est logique que d'un côté, on écrase un homme sous le poids de son kiosque, et que de l'autre côté, on négocie avec les représentants du Kamour pour récupérer un semblant de richesse. Il n'y a aucune ligne directrice, aucun cap établi, outre celui de l'improvisation et de l'amateurisme. Nous continuerons à en payer le prix.


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