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La Tunisie entre officiellement dans une zone dangereuse de turbulences
Publié dans Business News le 24 - 08 - 2021

La légende est bien connue par les aviateurs et les marins qui évitent, comme la peste, la zone du Triangle des Bermudes. Selon cette légende, cette zone située dans l'Atlantique entre la Floride et Porto-Rico (face aux îles de Cuba, Haïti et République dominicaine), a été le théâtre d'un grand nombre de disparitions de navires et d'avions.
La Tunisie est entrée dans la nuit du lundi 23 au mardi 24 août dans cette zone dangereuse du Triangle des Bermudes par le biais d'un décret présidentiel, communiqué à minuit, annonçant sèchement la prolongation des mesures exceptionnelles décidées le 25 juillet dernier. Il s'agit de suspendre les travaux du parlement et de faire lever l'immunité des députés. Les mesures ne devaient durer que trente jours, d'après ce qu'avait annoncé le président de la République lui-même et ce dead-line est arrivé hier à terme, d'où le communiqué de minuit. Pourquoi pas en milieu de journée et assorti d'un speech expliquant les raisons de cette prorogation ? Encore un mystère dont seul Kaïs Saïed a la réponse.
Dans le communiqué à la fois cynique et lapidaire, la présidence n'annonce pas de nouveau dead-line, les mesures exceptionnelles sont reconduites jusqu'à nouvel ordre. En clair, le provisoire va durer pour un temps indéterminé.

Quand le président de la République a annoncé ses décisions, au soir du 25 juillet 2021, les Tunisiens sont sortis en masse pour l'applaudir. De véritables scènes de liesse, avec des klaxons de voiture et des youyous, en plein couvre-feu nocturne. Les gens étaient comme soulagés de voir la très controversée chambre des députés suspendue et d'espérer que les députés hors la loi, se cachant jusque là derrière leur immunité parlementaire, traduits devant la justice. Il y avait un réel espoir et ceci s'est matérialisé par les sondages d'opinion avec un taux de popularité de Kaïs Saïed dépassant les 90%. Taux soviétique ? Il n'y a pas que cela qui va rappeler le pays des Soviets, mais les Tunisiens ne le savent pas encore ou, plutôt, refusent de le voir.
Le soir du 25 juillet, et comme l'atteste la vidéo de son discours, Kaïs Saïed a fait un certain nombre de promesses. Business News est revenu la semaine dernière sur ces promesses pour constater que très peu d'entre elles ont été honorées.
Les Tunisiens espéraient que les islamistes soient traduits devant la justice, mais aucun d'entre eux n'est embêté, à l'exception d'Anouar Maârouf mis en résidence surveillée.

Si les décisions du 25 juillet ont été applaudies par les Tunisiens, les pays voisins et amis ont opposé un certain scepticisme. Les Etats-Unis ont réagi, dès le 26 juillet. Le secrétaire américain Antony Blinken a eu un entretien téléphonique avec Kaïs Saïed pour l'interroger sur les décisions qu'il a prises la veille et l'appeler à préserver son acquis démocratique. Le 31 juillet ils réagissent de nouveau pour appeler à un retour à la normale. « Le retour à la situation normale exige la clarification de nouveaux axes stratégiques accompagnée de la formation d'un gouvernement et la nomination de son nouveau chef dans les plus brefs délais pour continuer la transition démocratique inachevée », a ainsi déclaré la Maison Blanche à l'issue d'une communication téléphonique entre Kaïs Saïed et Jack Sullivan, conseiller à la sécurité nationale du président Joe Biden.
Le 13 août, c'est une délégation de haut niveau qui se rend à Tunis pour rencontrer Kaïs Saïed et lui faire part de la nécessité de respecter la démocratie en Tunisie.
Premier partenaire de la Tunisie, la France a également réagi au pied levé avec un communiqué du Quai d'Orsay, dès le 26 juillet dans lequel on appelle au respect de l'Etat de droit et le retour dans les meilleurs délais à un fonctionnement normal des institutions.
Le 22 juillet, le président français Emmanuel Macron envoie un message manuscrit à Kaïs Saïed puis s'entretient avec lui, par téléphone, le 7 août.
L'Algérie, la voisine et grande sœur de l'ouest, a rapidement réagi également. Son ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a été dépêché trois fois à Tunis, en l'espace d'un mois. Le 27 juillet et le 1er août pour transmettre un message verbal du président Abdelmajid Tebboune au président Kaïs Saïed, et hier, 23 août, pour lui transmettre un message écrit. Cela a même fait rire les Tunisiens qui se sont amusés à dire que M. Lamamra a été le ministre qui a rencontré le plus Kaïs Saïed durant les trente derniers jours.
Outre ces rencontres, le président Tebboune s'est entretenu par téléphone à quelques reprises avec son homologue tunisien, pas plus tard qu'hier. L'Algérie craint carrément l'embrasement de la région, notamment sa région ouest, si la situation de la Tunisie devenait instable ou si jamais les islamistes tunisiens décident de passer à la violence pour retrouver leur pouvoir disparu. Ils seront, sans aucun doute, soutenus par leurs pairs algériens.
A tous ces pays inquiets du sort de la démocratie tunisienne, le président de la République s'est voulu rassurant affirmant qu'il serait toujours du côté de la volonté populaire tunisienne. Quant aux mesures exceptionnelles, il a assuré qu'elles resteront exceptionnelles et limitées dans le temps. Entendez par là qu'elles ne devraient pas dépasser les trente jours.

Sauf que voilà, les trente jours sont passés et la Tunisie n'a toujours pas de chef de gouvernement, ni de véritable gouvernement tout court. On navigue à vue et l'emballement des premiers jours commence à se dissiper pour laisser place à de l'inquiétude au vu de l'arbitraire et de l'incertitude qui caractérisent cette période.
Toute la classe politique tunisienne demande une feuille de route. Le président de la République a répondu ironiquement les invitant à aller la chercher dans les manuels de géographie en jouant sur les mots puisque la feuille de route, en langue arabe, est synonyme de carte géographique.
Des décisions d'interdiction de voyage frappent des hommes d'affaires sans que l'on sache pourquoi. Certains ont pu voyager et d'autres pas, bien qu'ils aient des affaires pendantes devant la justice.
Idem du côté des députés et des personnalités politiques, certains ont pu quitter le pays et d'autres pas, sans que l'on s'explique sur les critères.
Dans tous les cas, il n'y a eu aucune décision de justice pour justifier légalement les interdictions de voyage. Tout au long de ces trente derniers jours, c'était vraiment le règne de l'arbitraire. A tout ce beau monde, on disait que c'était provisoire et qu'il fallait patienter jusqu'à l'écoulement des trente jours.
Maintenant que ces trente jours sont passés, les frontières sont-elles de nouveau ouvertes devant tout le monde ? Personne n'a de réponse, la présidence de la République n'a même pas de responsable de communication.
Outre les interdictions de voyage, plusieurs personnalités politiques ont été surprises d'une décision d'assignation à résidence émise par le chargé du ministère de l'Intérieur.
Si ces décisions sont justifiées pour certains, vu que leurs méfaits sont connus du grand public, elles demeurent inexpliquées pour beaucoup d'autres qui affirment haut et fort qu'ils n'ont rien à se reprocher. Dans un cas comme dans l'autre, ces décisions d'assignation à résidence n'ont pas été prises par un magistrat et semblent avoir été dictées par le président lui-même qui a ses raisons, mais que personne ne connait.
Dans la foulée de l'effervescence, l'Instance nationale de lutte contre la corruption (qui n'a pas de président depuis plusieurs semaines) a été perquisitionnée vendredi dernier. Aucune décision de justice, ici non plus.
Magistrats, hommes politiques, dirigeants d'ONG, journalistes et toutes les PPE (personnes politiquement exposées) s'interrogent sur le sort et la confidentialité de leurs déclarations de biens déposées auprès de cette instance. La loi punit sévèrement toute violation de ces données personnelles, mais personne ne semble s'embarrasser de cela, puisque tout est mis sous le joug des « décisions exceptionnelles ».

Que ces mesures soient limitées dans le temps, et qu'elles soient accompagnées de décisions arbitraires voire injustes, cela était toléré puisqu'il était question de mettre fin à tout le chaos qu'on observait, avant le 25 juillet, et que toutes ces « injustices » et ces « gênes » allaient être levées à l'expiration des trente jours.
Maintenant que le délai est expiré, et que le président n'annonce pas un autre, c'est la porte ouverte à l'incertitude et à l'inquiétude.
L'adage dit que situation d'incertitude est pire que les mauvaises décisions, car avec ces dernières on sait au moins à quoi s'en tenir.
En ce jour du 24 août 2021, les Tunisiens n'ont aucune idée s'ils vont avoir un parlement ou pas, quand est-ce qu'on va annoncer la formation d'un gouvernement et par qui il va être dirigé, quel est le sort de toutes ces personnes mises en résidence surveillée, et qui sont obligées de sortir ne serait-ce que pour subvenir à leurs besoins et aux besoins de leurs familles, quel est le sort des dizaines de plaintes qui dorment dans les couloirs de la justice et qui frappent les personnalités politiques.
En bref, la Tunisie navigue à partir d'aujourd'hui dans une zone dangereuse de turbulences et malin est celui qui peut dire quel est le plan de Kaïs Saïed.


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