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Fakhfakh, Ben Gharbia, Taïeb, Bhiri, qui va dédommager l'inoubliable ?
Publié dans Business News le 13 - 05 - 2022

Ce sont des scènes inoubliables de cette noire période 2019-2022 de l'Histoire politique tunisienne.
Tous les observateurs politiques se remémorent cette photo de députés d'Ennahdha, d'Al Karama et de Qalb Tounes étaient réunis à l'assemblée autour d'une motion de censure qu'ils s'apprêtaient à déposer contre le chef du gouvernement de l'époque, Elyes Fakhfakh.
Pour ces députés, le limogeage humiliant de M. Fakhfakh était une question vitale puisque ça leur ouvrait la voie à la nomination de son successeur. Pour justifier leurs actes, ils se basent sur la polémique médiatique de l'époque, celle d'un hypothétique conflit d'intérêt. L'entreprise environnementale d'Elyes Fakhfakh aurait bénéficié d'un marché de l'Etat alors que celui-ci était chef du gouvernement. L'instance nationale de lutte contre la corruption a déposé plainte contre lui, tout comme le député Yassine Ayari. Beaucoup d'encre a coulé et tout le monde s'est retrouvé, du jour au lendemain, adepte de la moralisation de la vie publique.
Bien que bref, le passage d'Elyes Fakhfakh à la Kasbah était bien positif dans son ensemble. Il s'est retrouvé avec des caisses vides, face à la toute première crise Covid, il a porté secours aux entreprises et aux couches sociales défavorisées grâce à des décisions véritablement courageuses…
Mais rien de tout cela n'a plaidé pour lui, les politiques et observateurs tunisiens sont tous devenus des vierges effarouchées, pâles copies tunisiennes des journalistes français de Mediapart et du Canard enchaîné.
Sous la pression médiatique et des réseaux sociaux, et sur instructions du président de la République qui voulait tirer le tapis sous le pied des islamistes et reprendre la main sur la nomination, Elyes Fakhfakh a fini par jeter l'éponge et présenté sa démission le 15 juillet 2020.
Sauf que voilà, moins de deux ans après, l'affaire a fait pschitt. Le 12 mai 2022, la cour d'appel de Tunis a décidé d'abandonner toutes les charges retenues contre lui. L'ancien chef du gouvernement est innocenté et c'est une décision définitive de la justice.
En dépit de cet acquittement, certains ont trouvé à redire. Le cas de Yassine Ayari, prétendument en plein deuil, qui cherche à l'enfoncer malgré tout, en rappelant que les parties plaignantes sont dans l'incapacité de plaider, puisque l'Instance de lutte contre la corruption est gelée et que lui-même est réfugié à l'étranger. Les principes de la présomption d'innocence, de la primauté de la justice, des vices de forme qui peuvent annuler toute la procédure, lui sont inconnus, comme à des centaines de milliers de Tunisiens. Il a pourtant été lui-même victime d'injustices et pas qu'une fois !
De la haine, de la haine, toujours de la haine. Sur les réseaux sociaux, et pas uniquement tunisiens, on est constamment dans la peau d'inquisiteurs à la recherche de sang. On est toujours coupable, même si tu prouves ton innocence.

Elyes Fakhfakh était dans un formidable élan avec son équipe gouvernementale. Il avait des solutions concrètes pour faire sortir le pays du marasme. Son ministre des Finances, Nizar Yaïche, avait un business plan détaillé pour résorber le déficit public. Il a entamé un dialogue constructif avec les organisations syndicales et patronales. Cette affaire ne lui a pas causé un préjudice, à lui seulement, mais à toute la Tunisie. Qui va le dédommager et qui va dédommager le pays après cette histoire et ces tribunaux médiatiques dressés contre lui ?
Il n'est pas le seul à subir ce genre de procès à charge et ces verdicts tranchés de l'opinion qui sait tout.
Le fléau a commencé en 2011 avec les figures de l'ancien régime. On ne compte pas les personnalités politiques qui ont été lynchées sur les réseaux sociaux et dans les médias, juste parce qu'elles ont servi l'Etat sous une dictature. Les champions en la matière sont incontestablement les CPR de Moncef Marzouki, suivis directement par les islamistes.
Dix ans après, nous n'avons rien retenu des leçons de ce passé récent. Les mêmes réseaux sociaux, les mêmes médias lynchent les personnalités politiques en les accusant d'être corrompues, malhonnêtes, etc.
Kaïs Saïed prend la relève de Moncef Marzouki et des islamistes pour mener des cabales contre des personnalités désignées médiatiquement, ou par les réseaux sociaux, comme étant corrompues.
Sont passées à la trappe des dizaines de personnes avec des interdictions de voyage et des assignations à résidence abusives.
Mais ce n'est rien en comparaison à ce qu'ont subi les anciens ministres Noureddine Bhiri, Samir Taïeb et Mehdi Ben Gharbia.
Le premier a été kidnappé par des policiers pour être placé à l'isolement dans un dépôt du ministère de l'Agriculture situé dans un no man's land, sans aucun respect de ses moindres droits.
Après plus de deux mois de détention, et une grève de la faim sauvage, il a été libéré sans aucune charge retenue contre lui. Il n'a même pas été interrogé par un policier ou un juge ! Pourtant, force est de rappeler que le ministre de l'Intérieur en personne a déclaré publiquement que M. Bhiri était impliqué dans une affaire de falsification de passeports et de terrorisme ! L'affaire a fait pschitt…
L'autre cas spectaculaire est celui de l'ancien ministre de l'Agriculture Samir Taïeb. Avec un homme d'affaire de renom, il a été jeté en prison, pendant des mois, le temps de l'instruction. Durant cette période, qu'est-ce qu'on n'a pas dit sur les réseaux sociaux pour les accabler. L'affaire a fait pschitt de nouveau. M. Taïeb après cette terrible épreuve a annoncé quitter définitivement la politique. Et, bien sûr, personne pour s'excuser des accusations qu'il a proférées contre lui.

Idem pour l'ancien gouverneur de la Manouba, libéré après des mois d'instruction sans résultat probant, sachant que sa fille est décédée pendant qu'il était en prison.
Le cas le plus terrible est, indéniablement, celui de l'ancien ministre des Droits de l'Homme, Mehdi Ben Gharbia. Il a fait l'objet de plusieurs cabales médiatiques, des dizaines de publications sur Facebook et de tentatives de racket (pour 50 mille dinars) pour faire cesser les campagnes hostiles.
La justice prend l'affaire en main et considère pour de l'argent comptant ce qui se raconte sur lui dans les médias et les réseaux sociaux. Il est jeté en prison au mois d'octobre 2021 et il y est encore, ainsi que le directeur de sa société.
Pourtant, par deux fois, le juge d'instruction chargé de son dossier décide de sa libération, car le prévenu a réussi à prouver l'origine de ses biens et la légalité de l'ensemble des transactions de son entreprise. L'affaire sera examinée (on ne sait pas quand) par une chambre pénale et ses avocats sont certains qu'il va être relaxé au vu des preuves d'innocence qu'ils ont présentés.
Autre cas d'ancienne personnalité politique jetée en prison et lynchée médiatiquement, celui de l'ancien député Lotfi Ali. Ici aussi, d'après ses avocats, le dossier est vide et il n'y a rien de probant qui l'accable.

Que ces gens-là soient coupables ou pas, le fait est que leur présomption d'innocence durant l'instruction a été bafouée.
Ils sont humiliés, leur honneur est bafoué, leur réputation sur les moteurs de recherche est ternie et ce pendant des mois. Après leur acquittement, ils ont juste droit à un entrefilet ou à un petit article annonçant leur acquittement.
Qui va les dédommager du préjudice subi ? Certains préjudices ne s'effacent jamais de la mémoire et ne portent pas atteinte uniquement à leur personne, mais aussi à leur famille et leur entourage, voire à tout le pays !


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