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Quelles conséquences aux arrestations politiques
Publié dans Business News le 19 - 04 - 2023

Après une relative accalmie, la mise sous écrou des personnalités politiques a redémarré cette semaine avec l'arrestation de quatre islamistes, dont le grand chef Rached Ghannouchi. Presque toutes les grandes figures médiatiques de l'opposition sont actuellement en prison.
Bien que populaire en apparence, cette politique répressive de Kaïs Saïed a des limites et des conséquences.

Kaïs Saïed savoure. Il jubile même. Les réactions à l'arrestation de Rached Ghannouchi, lundi 17 avril, dépassent ses espérances. Un peu partout sur les réseaux sociaux, on le salue et on l'applaudit d'avoir enfin osé arrêter le président d'Ennahdha. Devant le domicile de ce dernier, certains sont allés klaxonner. La fille du martyr Mohamed Brahmi est même allée pousser quatorze youyous, du nombre de balles reçues par son défunt père un certain 25 juillet 2013.
Il n'y a pas de doute, les sondages l'ont toujours confirmé, Rached Ghannouchi est la personnalité politique la plus détestée en Tunisie. On l'accable, non sans raison, de tous les maux dont souffre le pays. Le voir en prison est, pour beaucoup, une justice et un retour de manivelle.
Sauf que voilà, la décision de son arrestation a beau être populaire (en apparence), il y a de gros risques qu'elle soit problématique pour Kaïs Saïed qui a le chic de ne pas savoir calculer les conséquences de ses actes et de ses propos. Il l'a démontré à plusieurs reprises, même pour des décisions banales.
Après son putsch du 25 juillet 2021, il a mis des mois pour désigner un gouvernement et mettre en place une feuille de route. Il limoge de hauts responsables de l'Etat, sans nommer de successeurs. Il ordonne des descentes sur les soi-disant spéculateurs sans se soucier à l'avance de l'impact négatif sur l'ensemble du circuit de distribution, le stockage et l'inflation. Il prononce des mots considérés comme racistes, sans anticiper leur poids à l'échelle nationale et internationale. Ça semble clair, Kaïs Saïed n'a jamais joué aux échecs et ne connait pas grand-chose aux sciences politiques.

« Gouverner, c'est prévoir ; et ne rien prévoir, c'est courir à sa perte », a écrit en 1852 le journaliste et politicien français Emile de Girardin dans « La politique universelle ». Un auteur certainement méconnu pour le président tunisien qui continue sa politique répressive sans se soucier du lendemain.
L'arrestation de Rached Ghannouchi n'est qu'un nouvel épisode d'une longue série répressive qui a débuté au lendemain du putsch. Au départ, il ordonnait des interdictions de voyage et des assignations à résidence. Il a été obligé, quelques semaines plus tard, de les lever toutes sans aucune suite judiciaire et, surtout, sans aucune explication.
Fin 2021, il a changé de tactique en privilégiant les arrestations. Mehdi Ben Gharbia, Ahmed Smaoui, Samir Taïeb, Noureddine Bhiri et beaucoup d'autres en firent les frais. Après quelques mois, il s'est avéré que les dossiers étaient vides et les juges se sont retrouvés obligés d'ordonner leur libération. Exception faite pour M. Ben Gharbia en prison depuis octobre 2021. Quant au juge qui a instruit son dossier et qui a conclu par sa vacuité, il a été limogé.
En commentaire de l'acquittement (suite à un long procès) de l'ancien ministre Fadhel Abdelkefi, Kaïs Saïed a déclaré : « malheureusement, la justice l'a innocenté ».
Ces acquittements et ces dossiers vides ont mis Kaïs Saïed en colère. Pour lui, tout le monde est coupable dès lors qu'un rapport de police l'établit ou qu'un post Facebook le désigne.
Face à des magistrats jaloux de leur indépendance et soucieux de respecter les procédures et la présomption d'innocence, Kaïs Saïed a dissous le conseil supérieur de la magistrature et limogé 57 magistrats. Sans se soucier des conséquences, bien entendu, car c'est tout le système judiciaire qui s'est trouvé ébranlé avec des magistrats qui se sont retrouvés, du jour au lendemain, entre le marteau et l'enclume.
Face aux lois qu'il juge laxistes, le président de la République a pondu des décrets liberticides pour frapper ceux qu'il désigne comme ennemis de l'Etat. Ainsi le décret 14 du 20 mars 2022 relatif à la lutte contre la spéculation illicite et qui prévoit carrément des peines à perpétuité ou le décret 54 du 13 septembre 2022 relatif à la lutte contre les infractions se rapportant aux systèmes d'information et de communication qui prévoit des peines de dix ans de prison pour un article journalistique ou un post Facebook qui déplait au régime.

Avec des lois taillées sur mesure et des juges au pas, Kaïs Saïed a désormais les mains libres pour attaquer ses adversaires. Mais il s'est avéré que cela est insuffisant. Février 2023, il a mis en prison plus d'une dizaine d'opposants politiques et de hautes personnalités en se référant à la loi anti-terroriste. En prison les Noureddine Boutar, Lazhar Akremi, Kamel Letaïef, Khayam Turki, Jawhar Ben Mbarek, Chaïma Issa, Ali Larayedh, Ghazi Chaouachi, Issam Chebbi, Ridha Belhadj, Abdelhamid Jlassi, et bien d'autres.
Ils se sont réunis pour étudier comment lutter contre le régime putschiste, d'après l'ensemble de leurs avocats. Les mêmes jurent leurs grands dieux que les dossiers sont vides. Officiellement, ils sont accusés de complot contre l'Etat et de tentative d'assassinat du président de la République.
Il y a là un amalgame dangereux qu'on ne voit que sous les régimes autocratiques et despotiques. Une réunion politique opposée au pouvoir en place ne saurait être qualifiée de complot contre l'Etat. Et pourtant !
Avec l'arrestation de Rached Ghannouchi, Kaïs Saïed continue sur la même lancée en faisant appel à la même méthode.

Maintenant que tout ce beau monde est en prison, que va-t-il se passer et quelles sont les éventuelles conséquences ?
La Tunisie ne vivant pas en vase clos en autarcie, cette politique répressive a suscité un grand nombre de réactions négatives d'organisations et de pays étrangers. L'image du régime est clairement ternie et complique la tâche de son gouvernement acculé à mendier des prêts et des dons pour boucler son budget. Kaïs Saïed ne semble pas trop se soucier de cela et répond par des appels au respect de la souveraineté nationale et de non-ingérence dans les affaires intérieures.
Sur le plan intérieur, la confiance en la justice est fortement ébranlée et l'activisme politique est devenu dangereux. Cela impacte, systématiquement le climat d'investissement.
Certes, on observe plein de réactions applaudissant la politique répressive de Kaïs Saïed, mais il s'agit d'une vision très simpliste et restreinte. Ces gens-là arrêteront d'applaudir quand l'un de leurs proches subira une injustice et une violation des lois et des procédures.
Tôt ou tard, les personnalités politiques jetées en prison se présenteront devant une cour de justice pour un procès qui sera public, en présence d'observateurs nationaux et internationaux.
Kaïs Saïed a beau parler de complot contre l'Etat, de sang sur les mains et de tentative d'assassinat, il sera obligé d'accepter les faits et le scandale quand ces personnalités démontreront au monde entier que les dossiers sont vides et que les procédures n'ont pas été respectées. En un mot, que les dossiers les accablant ont été montés de toutes pièces. L'opinion publique finira par savoir que Kaïs Saïed l'a embobinée en parlant de faits qui n'ont jamais existé et en transformant des actes ordinaires en crimes.
Il y a déjà un précédent avec l'exemple des magistrats limogés. Plusieurs parmi eux ont été acquittés par la justice.
Il y a aussi l'autre précédent avec les assignations à résidence et interdictions de voyage.
Kaïs Saïed a beau voir du complot et des complotistes partout, il affrontera la réalité un jour quand ses adversaires quitteront la prison et seront face à la justice.
Il aurait pu laisser la justice suivre son (très long) cours ordinaire pour que les dossiers accablant les vrais criminels et les vrais terroristes soient jugés en toute indépendance.
Kaïs Saïed a cependant choisi le raccourci pour savourer rapidement la joie d'une opinion crédule assoiffée de vengeance. C'est cette même opinion qui lui demandera demain des comptes quand la justice, sous les projecteurs nationaux et internationaux, se trouvera obligée d'amnistier la plupart des prévenus aujourd'hui en prison.
« Quand le mensonge prend l'ascenseur, la vérité prend l'escalier. Même si elle met plus de temps, la vérité finit toujours par arriver ! »


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