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Le pain des riches, le pain des pauvres
Publié dans Business News le 28 - 07 - 2023

Le président de la République s'est réuni jeudi 27 juillet avec la cheffe du gouvernement et la ministre des Finances pour parler de la pénurie de pain subventionné dans les boulangeries. Kaïs Saïed accuse ces dernières d'en être la cause et ce dans l'objectif de proposer du pain onéreux aux riches et d'envenimer la situation sociale dans le pays.

C'est un constat que tout un chacun peut faire, à tout moment de la journée, n'importe où dans le pays. Il suffit d'aller à une boulangerie de quartier pour constater la longue file de personnes en attente de pain subventionné, denrée de plus en plus rare ces derniers temps. Parfois, pour ne pas dire souvent, il arrive que quelques personnes dans la file critiquent sévèrement le pouvoir en place et l'accusent d'être la cause de ces pénuries. La scène est quotidienne, presque généralisée et elle n'est pas dénuée de sens.
Certainement au fait de ce qui se passe et de ce qui se dit dans le pays, Kaïs Saïed a pris les devants. Sauf que, comme à son habitude, il n'a pas pris les devants pour apporter une solution concrète à un problème réel, il a pris les devants juste pour faire le constat et accuser des lobbys (il a choisi le mot cartel cette fois) d'être derrière le problème de la pénurie de pain.
Au milieu d'un tas de feuilles, qu'il consulte d'une manière cafouilleuse, le chef de l'Etat évoque plusieurs lois régissant le secteur des boulangeries devant sa cheffe du gouvernement Najla Bouden et la ministre des Finances, Sihem Nemsia. Curieusement, la ministre du Commerce, première intéressée par le sujet, est absente de cette réunion qui s'est déroulée au siège de la présidence du gouvernement à la Kasbah.

À entendre Kaïs Saïed, les boulangeries dites classiques ne fournissent pas suffisamment de pain subventionné aux pauvres, afin d'écouler au profit des riches du pain onéreux. « Cela fait qu'il y a du pain pour les riches et un autre pour les pauvres, dit-il. Il n'y a qu'un seul pain pour tous les Tunisiens. On dirait qu'il s'agit d'une manière détournée pour lever la subvention des céréales. Cette situation ne peut plus durer. Il faut prendre les mesures nécessaires pour mettre un terme à tout cela et arrêter la vente du pain "non classé" ».
Autre point évoqué par le président de la République, le fait que certaines boulangeries classiques vendent de la farine subventionnée aux boulangeries modernes pour que ces dernières puissent vendre leur pain onéreux au moindre coût.
Le président parle de cartels organisés dont l'objectif est d'envenimer la situation politique. Pour régler le problème, Kaïs Saïed propose qu'on en finisse définitivement avec la vente de pain onéreux. « Que les boulangeries modernes vendent des pâtisseries et des boissons, ça leur suffit ».
Si l'on comprend bien le président, les Tunisiens sont appelés à retourner en arrière dans le temps et vivre comme au siècle dernier, c'est-à-dire uniquement avec des baguettes et de gros pains. Il ne faut plus qu'il y ait du pain à l'olive et l'oignon (exemple qu'il a cité), du pain au son, du pain à la semoule, des Banette, etc.

Indéniablement, le constat de Kaïs Saïed est juste et ce qu'il dit est vrai. Sauf que le président de la République ne dit pas toute la vérité. Il omet un point essentiel expliquant la crise actuelle du pain, celui de la responsabilité de l'Etat. C'est très vrai que les boulangeries rechignent à vendre du pain subventionné et certaines d'entre elles trafiquotent, mais il est bon d'attirer l'attention du président que la seule vente de pain subventionné ne suffit pas à faire vivre les boulangeries. Celles-ci sont obligées de vendre des pâtisseries et du pain onéreux pour pouvoir payer leurs salariés et couvrir leurs charges, notamment en électricité et en gaz.
L'Etat a fixé le prix du pain à 190 millimes et ceci est insuffisant pour qu'une boulangerie se retrouve dans ses comptes.
Autre problème, dont l'Etat est la cause, les quantités de farine fournies à ces boulangeries bien inférieures aux besoins du marché. Kaïs Saïed estime que certaines de ces quantités de farine sont détournées de leur objectif premier (celui de fabriquer du pain subventionné) et ceci est une demi-vérité. Ce problème est tout nouveau et il n'est né qu'après la réduction, par l'Etat, des quantités fourniers aux boulangeries.
Dernier problème réel, zappé par Kaïs Saïed, celui des dettes de l'Etat envers la totalité des boulangeries dites classiques, au nombre de 3317 et ce depuis quatorze mois. Ces dus s'élèvent à quelque 262 millions de dinars. Les boulangeries ont beau demander, rouspéter et lancer les préavis de grève, le ministère du Commerce (et donc des Finances) rechigne à les payer !

En se déplaçant à la Kasbah pour évoquer le problème du pain devant les caméras, Kaïs Saïed ne cherche pas vraiment à trouver des solutions. Il fait juste du populisme, comme à son habitude. La preuve, il n'a évoqué qu'une infime partie du problème, celle qui l'intéresse. En épinglant les cartels, les lobbys, les riches, les fonctionnaires et les boulangeries modernes, il cherche à enfumer son public et à rejeter, sur les autres, toute responsabilité justifiant les pénuries actuelles. C'est du classique, ce n'est pas l'Etat qui est responsable, ce sont les autres.
Dans la foulée de son monologue, devant ses deux ministres muettes, Kaïs Saïed s'en prend à ces classifications de boulangeries. « On revient toujours à cette histoire de classification. À l'étranger, ils nous classent, et nous, nous classons le pain », dit-il. Paradoxalement, il fait exactement ce qu'il dénonce, puisqu'il a classé, lui-même, les Tunisiens en riches et pauvres, en cupides et en victimes.
D'après ses dires, ce sont les pauvres qui paient les impôts pour subventionner le pain des riches.
Ces propos sont des plus dangereux, puisque le président de la République, théoriquement président de tous les Tunisiens, remonte les citoyens les uns contre les autres. C'est avec ce genre de propos que des guerres civiles ont été déclenchées dans l'Histoire.
Par son monologue du jeudi 27 juillet, Kaïs Saïed dénie à certaines catégories de la population leur droit de manger le pain qu'elles désirent. Il dénie aux boulangeries le droit de proposer des produits répondant aux demandes de leur clientèle. Il veut qu'il y ait un seul et unique type de pain dans le pays, celui proposé pour les pauvres.
Plutôt que de tirer la population vers le haut et faire en sorte que les pauvres s'enrichissent, Kaïs Saïed tire vers le bas et veut que les riches s'appauvrissent.


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