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Instabilité aux portes de la Tunisie : mais que se passe-t-il à Tripoli ?
Publié dans Business News le 17 - 08 - 2023

Les affrontements entre la Brigade 444 et la Force al-Radaa font rage, en Libye, depuis plusieurs jours. Il a été annoncé, jusqu'au 16 août 2023, plus de 50 morts et 140 blessés. Les rues de Tripoli se sont transformées en zone de guerre et les civils en sont les véritables victimes. La principale cause des affrontements est l'arrestation de Mahmoud Hamza, commandant de la Brigade 444. Mais, est-ce vraiment la véritable raison poussant ses deux factions à s'affronter ?
Afin de comprendre la situation actuelle, il nous faut avant tout passer par un petit rappel des faits et comprendre qui sont ces Brigade 444 et la Force al-Radaa. Cette dernière, aussi appelée force de dissuasion, compte selon certaines estimations 1.500 combattants. Elle a été fondée par Abderaouf Karah, un personnage devenu assez célèbre au fil du temps.

Abderaouf Karah, l'imam lieutenant
Abderaouf Karah a, depuis 2011, montré qu'il était capable de s'adapter à n'importe quelle situation et de combattre n'importe quel ennemi, tant que la chose servait ses propres intérêts, une attitude d'un seigneur de guerre. Le chef d'al-Radaa a toujours essayé de montrer qu'il combattait par sens de l'engagement et des responsabilités et non par soif du pouvoir. Il avait déclaré dans une interview accordée en janvier 2014 à Jeune Afrique : « Jamais je n'aurais imaginé faire ce boulot. Mais si je ne le fais pas, qui va assurer la sécurité ? ». Bien évidemment, l'histoire nous prouvera le contraire.
Abderaouf Karah fait ses débuts en tant que révolutionnaire armé. Il participe au combat contre l'armée de Moamar kadhafi à Tripoli. L'homme de 30 ans a montré aux jeunes de son quartier, Souk al-Jouma, qu'il avait l'étoffe d'un véritable leader et qu'il était capable de les mener durant les combats. Ce récit est souvent remis en question puisque certaines sources indiquent que M. Karah se trouvait en prison durant la révolution de 2011.
Beaucoup d'entre eux ont décidé de le suivre par la suite et d'intégrer la milice « Al Nawassi » qu'il avait fondé après la révolution. Il se donne pour mission d'appliquer la loi, qui lui plait évidemment et non celle de l'Etat. Il devient chef de milice armée spécialisé dans la lutte contre « la dépravation et la délinquance ». Ses principaux ennemis sont les drogues et l'alcool. Il a même créé ses propres prisons clandestines au nom d'une préservation des préceptes de l'islam et de ses fondements.
Abderaouf Karah est donc devenu un célèbre chef de milice salafiste non-wahabitte, c'est-à-dire, qu'il appartient à un courant religieux estimant qu'il était du devoir de chaque personne de se ranger derrière le pouvoir en place et de le défendre, chose qu'il a appris lorsqu'il avait fréquenté l'école coranique avant la révolution. Il soutenait le fameux homme d'affaires, politicien et chef du parti islamiste libyen « Al-Watan », Abdelhakim Belhadj. En 2013 il baptise sa milice « al-Radaa » et soutien la coalition islamiste terroriste Fajr Libya. Il devient membre du conseil militaire de Tripoli présidé par M. Belhadj. En 2015, il annonce que la lutte contre Daech fait désormais partie de la priorité d'al-Radaa. Il tournera, par la suite, le dos à ses frères d'armes devenus illégitimes pour soutenir le gouvernement de Fayez al-Sarraj. En 2021, il soutient le gouvernement dit légitime d'unité nationale présidé par Abdel Hamid Dbeibah.

Mahmoud Hamza, l'élève qui dépasse le maître ?
De l'autre côté du conflit, nous trouvons la Brigade 444, aussi, surnommée les 4. Son chef Mahmoud Hamza est très connu par al-Radaa et Abderaouf Karah puisqu'il en faisait partie. Lui aussi a fait partie des jeunes ayant participé à la révolution libyenne. Avant cela, plusieurs sources affirment qu'il n'avait ni expérience militaire ni connaissance des stratégies et techniques de combat. Il habitait le quartier de Souk al-Jouma, le même quartier ou selon plusieurs personnes, Abderaouf Karah avait mené les combats contre l'armée de Kadhafi. Mahmoud Hamza intègre le groupe armé al-Radaa entre 2012 et 2013. Il y gagne de l'expérience et participe à plusieurs combats sous la direction de Abderaouf Karah.
Mahmoud Hamza a occupé le poste de chef de brigade affiliée à al-Radaa. Il est à la tête de la brigade 20/20, communément appelée « les Vingt ». Elle opère au début comme une troupe d'élite d'al-Radaa. Mahmoud Hamza mène ses hommes dans les combats et les entraîne rigoureusement. Par la suite, Mahmoud Hamza annonce l'indépendance des Vingt et la création d'une nouvelle milice sous ses ordres. Celle-ci, bien qu'annoncée en tant que nouveau groupe armé indépendant, agit, au début, de façon similaire à une structure affiliée à al-Radaa.
Au fil du temps, Mahmoud Hamza commence à prendre ses distances. Il bénéficie d'un soutien financier du gouvernement de Fayez al-Sarraj (puis de celui de son successeur Abdel Hamid Dbeibah). En 2019, et lors de la tentative d'unification des milices et de l'armée, Mahmoud Hamza annonce la transformation de la brigade 20/20 en la Brigade 444, groupe relevant du ministère de la Défense et donc du gouvernement. Contrairement à lui, al- Radaa, se dit affilié à la présidence de la Libye, un genre de garde présidentielle.
Le nom de Mahmoud Hamza devient célèbre lorsqu'il bat Haftar en 2019. Ce dernier avait lancé une offensive pour envahir Tripoli. Il gagne rapidement du terrain, parvient à contrôler la banlieue, mais pas le centre de la ville. Face à lui, l'armée et les milices tiennent bon. On affirme, aussi, que Mahmoud Hamza a mené ses hommes vers la victoire durant des combats contre les terribles forces paramilitaires de Wagner durant cette année.
En mai 2022, Mahmoud Hamza fait encore parler de lui. Khalifa Haftar et le Premier ministre contesté nommé par le parlement, Fathi Bachagha tentent de prendre le contrôle de Tripoli. L'opération militaire est un véritable fiasco. La défaite était cuisante à un tel degré qu'on l'avait surnommée la bataille « La guerre d'un matin ». Mahmoud Hamza et la Brigade 444 participent activement aux combats, puis, prennent l'initiative d'évacuer Fathi Bachagha de Tripoli après être parvenus à une sorte d'accord de cessez-le-feu. Il a été placé à la ville de Syrte.

Une guerre de contrôle
Le début de ces affrontements a eu lieu le 14 août 2023. L'élément déclencheur était l'arrestation du leader de la Brigade 444, Mahmoud Hamza, par les forces d'al-Radaa. Il a été interpellé alors qu'il prenait l'avion pour se rendre à Misrata. Il avait été invité par le Premier ministre, Abdel Hamid Dbeibah à assister à la cérémonie de remise des diplômes à l'Ecole militaire d'aviation de Misrata.
L'arrestation n'a toujours pas été expliquée. Al-Radaa avait l'habitude d'agir sur ordre des autorités libyennes. Certaines rumeurs évoquent un mandat d'amener émis par le procureur général militaire. Néanmoins, les autorités libyennes n'ont ni affirmé ni démenti la chose. Pour ce qui est de l'annonce de la libération de Mahmoud Hamza, aucune preuve de cela n'a été rendue publique. On avait indiqué l'avoir livré à une troisième partie dite neutre. La chose aurait eu lieu le 15 août 2023, mais aucunes photos ou vidéos de lui n'ont été publiées. Ceci a poussé la Brigade 444 à continuer les combats jusqu'à ce que son leader Mahmoud Hamza ait regagné son QG durant la soirée du 16 août 2023. Depuis cet événement, les choses se sont considérablement calmées.
Ces événements nous indiquent que al-Radaa a arrêté Mahmoud Hamza sans justification. Elles réfutent totalement le récit évoquant un mandat d'amener. La réalité est toute autre. Mahmoud Hamza est devenu très célèbre et sa cote de popularité a considérablement évolué, trop même pour al-Radaa qui cherche à contrôler Tripoli. La Brigade 444 occupe une partie du sud-ouest et du sud de la ville alors que al-Radaa s'est positionnée de l'autre côté, au nord et au nord-est. Les deux groupes armés essaient de contrôler le plus que possible de quartiers et de gagner en influence.
En bon soldat, Abderaouf Karah s'est donné comme habitude de suivre les instructions de ceux qu'il reconnaissait comme étant ses supérieurs légitimes, mais opère, aussi, de façon à servir ses intérêts. Il est chargé à plusieurs reprises d'arrêter des chefs d'autres milices. Mais, il garde le contrôle absolu sur le seul aéroport fonctionnel de Tripoli. Il protège Tripoli des attaques menées par d'autres milices hostiles au pouvoir légitime. Néanmoins, il n'hésite pas à attaquer lui-même d'autres forces armées soutenant le gouvernement, mais lui volant la vedette.
En effet, l'arrestation de Mahmoud Hamza n'est pas le premier clash entre al-Radaa et la Brigade 444. Le premier épisode du genre s'est déroulé en mai 2022 lorsqu'al-Radaa a arrêté Mossaab Rezig, un des dirigeants de la brigade 444. Il avait été interpellé par les forces d'al-Radaa alors qu'il était au port de Tripoli en compagnie de sa famille. Les 444 ont directement mobilisé leurs troupes et ont affirmé être prêts au combat en cas de non-libération de Mossaab Rezig. Par la suite, des combats ont eu lieu entre les deux factions incluant des tanks et des véhicules blindés. La libération a eu lieu, par la suite, après l'intervention du ministre de l'Intérieur libyen, Imed Trabelsi.
Depuis cet événement, une partie des habitants de Tripoli et des citoyens libyens insinuent qu'al-Radaa n'était plus aussi influente et coriace qu'avant. On avait, également, interprété l'intervention du ministre de l'Intérieur comme étant une preuve de soutien et de rapprochement entre le pouvoir en place et la Brigade 444. De plus, le chef de 444, Mahmoud Hamza, a réussi à se forger l'image d'un seigneur de guerre jeune, moderne, discipliné et luttant contre la contrebande et la criminalité.
Son intervention au profit d'une issue pacifique lors de la tentative de la prise de Tripoli par Bachagha lui permet de faire croire qu'il n'est pas aussi violent que les autres seigneurs de guerre et qu'il croit en un Etat de droit et en une armée régulière. Bien évidemment, il reste avant tout le disciple de l'imam lieutenant et salafiste Abderaouf Karah. Il joue sur une image du conservatisme et non du salafisme et de l'extrémisme. Il est, également, considéré comme étant proche de la Turquie et du régime d'Erdogan. Abdel Hamid Dbeibah est lui aussi accusé de la même chose.
Par-dessus tout, la brigade 444 suit les ordres du gouvernement alors qu'al-Radaa se dit affiliée au conseil présidentiel. Les 444 reconnaissent ainsi une supériorité d'Abdel Hamid Dbeibah alors qu'al-Radaa reste en contact avec le chef du conseil présidentiel Mohamed El Menfi. D'ailleurs, les leaders politiques de la Libye n'ont fait au début qu'observer le déroulement du conflit. On leur reproche d'être intervenus tard et après la dégradation de la situation. On aurait dit que les deux auraient aimé voir l'issue du combat !

Ainsi, nous pouvons conclure que ces deux factions armées ne se font la guerre que pour une seule et unique raison. Servir leurs propres intérêts. Les deux leaders cherchent à conforter leur domination et à contrôler la capitale de la Libye. Al-Radaa cherche à remettre la Brigade 444 et son chef à sa place et à lui rappeler qu'il n'avait pas à demander ou à espérer plus. D'un autre côté, Mahmoud Hamza profite de sa proximité avec le chef du gouvernement et continue à gravir les échelons. Pour le moment, le seul véritable élément empêchant ces milices, mais aussi tout autre groupe soutenant le gouvernement de se déclarer une guerre totale reste une possible attaque de Khalifa Hafter. À Tripoli, ceux qui font la loi sont les milices. Les gouvernements et décideurs leur font, tour-à-tour, la cour afin de bénéficier de leur protection et de leur appui.


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