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Khémais Khayati, un grand qui s'en va…
Publié dans Business News le 19 - 06 - 2024

Khémais Khayati est parti mardi 18 juin 2024 à l'âge de 77 ans laissant derrière lui l'image d'un grand journaliste, d'un écrivain prolifique, de critique de cinéma hors pair et d'un humain sans pareil. Nizar Bahloul, qui était très proche de lui, nous livre son témoignage.

Ma relation avec Khémais Khayati, Khammous comme je l'appelais, datait de la fin des années 1990. J'étais, à l'époque, jeune journaliste ; lui il était déjà journaliste chevronné, bien connu de ses pairs et dans le milieu du cinéma. Je le lisais à El Qods El Arabi et à Réalités où il avait des colonnes fixes. Il parlait de cinéma et de télévision essentiellement, mais il défendait surtout des valeurs et une certaine idée de la Tunisie. Une Tunisie qu'il voulait laïque, de gauche, civilisée et moderne. Une Tunisie qui ressemblerait à sa France, pays de cœur, vers laquelle il avait émigré à l'âge de 18 ans. Après une enfance passée à El Ksour et un internat au Kef, il était parti continuer ses études en France. Sans le sou, il était l'image parfaite du bédouin à Paris. Il était ébloui par la ville des lumières, mais nullement aveuglé ou découragé. Il avait su tracer son chemin, malgré les embuches et il avait fini avec un DEA et un très large carnet d'adresses composé des plus grands cinéastes et critiques de cinéma français, américains et arabes. Surtout arabes.
Plus que son parcours académique, son amour pour le cinéma, son bilinguisme parfait et sa plume ensorcelante lui avaient ouvert plein de portes. Après une très brève expérience d'enseignant universitaire à la Sorbone, il s'était rendu à l'évidence, il n'était pas fait pour l'enseignement, il était fait pour le journalisme. Il adorait le journalisme. De là, il était passé par différentes institutions l'Institut du Monde arabe, El Yaoum Essabâa et Radio France où il avait sa propre émission. Armé d'un micro, d'un appareil photo et d'un stylo, le bédouin tunisien avait su se faire une place dans un monde parisien feutré et loin d'être ouvert. Il avait également pu faire le tour du monde allant des Etats-Unis à l'Union soviétique en passant par la Suède et le Burkina. Son voyage le plus marquant reste, incontestablement, la Palestine qui l'avait marqué à jamais. Contrairement à ce que disent certains ignares et jaloux, Khammous n'avait jamais mis les pieds en Israël. Il était antisioniste à l'extrême et ne supportait aucun débat où l'on pouvait trouver une quelconque justification au sionisme.
Avec Fawzia Zouari et Youssef Seddik
Louxor

Malgré tous ses succès professionnels, la Tunisie manquait terriblement à Khémais Khayati. Après 35 ans en France, il avait décidé de rentrer au pays à la fin des années 1990 pour s'installer au quartier de Lafayette. Là où il y a la télé publique (qui était l'unique cette époque) tous les acteurs de la vie culturelle de Tunis. Et c'est là, entre les murs de la revue Réalités à la rue de Palestine, que j'avais connu l'homme, après avoir connu et admiré la plume.
En France, il avait laissé deux enfants Mehdi et Alice ; en Tunisie il m'avait trouvé et avait décidé de me prendre sous son aile. Depuis, et quotidiennement, on se devait de prendre un café ensemble. Il venait me chercher à Réalités pour le café de 11 heures à la Calèche, à l'avenue de la Liberté et on se racontait nos journées professionnelles. Journaliste culturel, je lui parlais de mes rencontres, des pièces et des films que j'avais vus et des interviews que j'avais menées. Il m'offrait en retour sa vision et me rappelait, inlassablement, les règles déontologiques de la profession et les valeurs universelles que je ne devais jamais quitter des yeux. Il y a des dates qui vous prédestinent dès votre naissance. Né un 10 décembre, correspondant à la Déclaration universelle des droits de l'Homme, un des engagements mondiaux les plus marquants, Khémais Khayati était formaté pour défendre les valeurs universelles.
Entre-temps, il s'était marié à Awatef avec qui il a eu Aridge, la prunelle de ses yeux. Durant ces 25 dernières années, il ne vivait et ne jurait que par Awatef et Aridge.

Avec sa femme Awatef
Avec sa fille Aridge

Aussi, il avait écrit plein d'ouvrages. 19 en tout, cela va des simples romans, comme Lablabi connections, aux recueils d'articles en passant par de multiples livres sur le cinéma tunisien, arabe ou palestinien. Ne se suffisant pas d'écrire, il poussait aussi les autres à le faire. Que d'encouragements avait-il prodigué à Maher Abderrahman et Abdellatif Massoudi. Sans lui, je n'aurai jamais sauté le pas pour rédiger mes deux ouvrages.

Avec Hedi Bahloul, 2016
Avec Line Bahloul, 2016

L'encadrement professionnel que m'offrait Khammous ne s'était pas arrêté quand j'avais décidé, en 2007, de m'éloigner du milieu culturel pour fonder Business News.
De gauche, profondément de gauche, il ne partageait pas du tout ma vision très libérale de l'économie et de la ligne éditoriale, capitaliste, que j'avais choisie pour mon journal. N'empêche, il avait toujours respecté mes choix et voyait, en nos différences, une richesse. Nos débats étaient des plus animés et des plus intéressants. On se devait de justifier chacun de nos choix et de nos visions.
Mes nouvelles obligations professionnelles avaient fait que le café matinal s'était transformé en after-work. Il était resté religieusement quotidien et il se passait au café Louxor, à l'avenue des Etats-Unis, toujours à Lafayette. Quand il était, ou j'étais, en voyage, on se téléphonait.
Au fil des jours, le Louxor était devenu une institution, qu'on comparait, volontiers, au groupe Taht Essour. Ce n'était plus un café entre Khammous et moi, mais une table, parfois une grande table, à laquelle nous rejoignaient des journalistes, évidemment, mais également des avocats, des politiciens, des magistrats, des syndicalistes, des philosophes, des cinéastes, des écrivains, des universitaires, des intellectuels, etc.

Louxor

Au Louxor, il y avait les « permanents » à savoir nous deux et feu Mokhtar Tlili, l'ex journaliste-militant, mais aussi l'avocat et politicien Ahmed Essadik, l'enseignant de mathématiques Mourad Lakhal, l'enseignant de philo, Zouhaier Brahmia, le voyagiste Lakhdhar Sdiri, l'ingénieur en environnement Yassine Bousselmi, le journaliste et membre de la Haica, Hichem Snoussi, l'homme de théâtre Abdelhalim Massoudi, le grand homme de lettres Chokri Mabkhout, le grand journaliste et écrivain Maher Abderrahman, le chercheur Abid Khelifi, les journalistes Sondes Zarrouki, Seïf Eddine El Amri, Teber Naimi et Abdelkhalek Lazreg, Hédi Rached Hachouch, Mokhtar Yahyaoui...

Avec Hichem Snoussi
Avec Raja Ben Slama

Et puis il y avait ceux qui nous rendaient occasionnellement visite pour partager nos débats qu'ils trouvaient, indéniablement, fort enrichissants. Sa grande amie et grande journaliste Fawzia Zouari, le grand intellectuel Youssef Seddik, la grande universitaire Raja Ben Slama et son époux le grand militant Abdelbasset Ben Hassen, le grand journaliste Mokhtar Khalfaoui, les grands cinéastes Brahim Letaïef et Abdellatif Ben Ammar, les anciens et actuel présidents du SNJT Néji Bghouri, Mehdi Yassine Jelassi et Zied Dabbar, Imed Dabbour et le célèbre blogueur Mehrez Belhassen (Extravaganza), etc.
Ensemble, autour de Khammous, nous refaisions le monde quotidiennement et nous décortiquions l'actualité politique, économique et sociale. De nos différences, nous faisions des richesses. On cherchait, systématiquement, ce qui nous unissait et non ce qui nous divisait, et on quittait souvent le café, moins bêtes qu'à notre arrivée. De cette jouvence intellectuelle quotidienne, Khammous tirait un vrai bonheur. Pour lui, c'était ça la vie, lui qui aimait tant la vie. Ça a duré ainsi jusqu'au décès de son grand ami Mokhtar Tlili, le 14 janvier 2023. La vie n'était plus comme avant pour Khammous, lui qui était inséparable de Mokh. Il y a eu un avant et un après. Louxor était là, ses autres amis étaient là, Awatef et Aridge étaient là, mais Mokh n'était plus là et cela était suffisant pour lui faire perdre la joie de vivre.

Avec Imed Dabbour
Son décès survient le 18 juin 2024 après quelques semaines de maladie passées entre la clinique Saint Augustin, à Mutuelleville et son domicile. Il y avait été admis pour une infection pulmonaire qui s'est fortement aggravée au fil des jours. Il aurait pu s'en sortir avec un peu d'effort et beaucoup de volonté, mais Khammous a préféré se laisser aller doucement et sûrement vers la mort. Il s'était coupé de tous ses amis et ne gardait que quelques contacts, épisodiques, par Messenger. « Flagada », m'avait-il dit dans son dernier message vendredi dernier. Les messages suivants, de remontrances étaient restés sans réponse. Face au syndrome de glissement, il lui fallait un psy et on s'apprêtait à organiser sa venue avec sa famille. Il nous avait pris de court samedi dernier avec l'aggravation de son cas, puis de son décès mardi. Un décès qui avait choqué les uns et ému les autres. Il n'avait pas laissé les gens insensibles, il ne pouvait pas, les gens l'aimaient trop.

Louxor

Mercredi 19 juin, trois hommages lui ont été rendus avant son enterrement. Une première oraison funèbre lui a été lue par Zied Dabbar au siège du SNJT, avant la diffusion d'une excellente vidéo traçant son parcours, préparée par Yosra Riahi.
Ensuite, au cimetière d'El Djellaz, une deuxième oraison lui a été lue par le chef de cabinet du ministre des Affaires culturelles. Il a rappelé son parcours, ses ouvrages et tout ce qu'il a donné à la Tunisie, sa culture et son cinéma.
Enfin, devant son tombeau, une troisième oraison, à consonnance religieuse, lui a été lue par l'ancien ministre Abdellatif Mekki, natif d'El Ksour comme lui.
De tous ces moments, il y a une chose qui doit rester en mémoire et elle a été rappelée par Aridge au moment de l'oraison au SNJT. Khammous a toujours aimé la vie, il veut que tous ses amis et tous ses fans continuent à aimer la vie comme lui.
Les intellectuels se retirent, ils ne disparaissent pas. Khammous s'est juste retiré, il n'a pas disparu. Probablement, il serait en train de boire un verre avec Mokh. Aimez la vie !


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