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La justice plus rapide que le vent toxique
Publié dans Business News le 30 - 05 - 2025

À Gabès, l'air est irrespirable. Pas seulement à cause des fumées toxiques du Groupe chimique, mais aussi à cause d'un autre poison plus insidieux, la répression.

Respirer tue
Trois jeunes militants écologistes ont découvert à leurs dépens ce que signifie défier l'ordre chimique établi. Quatre mois pour Mohamed Ali Trimi, deux pour Moez Rajhi (19 ans) et Anas Chatouna (17 ans). Le crime ? Avoir demandé de l'air. Le mobile ? Refuser de crever en silence. Le verdict ? Rapide, efficace, sans bavure. En six jours chrono, nous avons eu droit à une démonstration éclair de la nouvelle conception de la justice. Manifeste, et tu seras puni.
Mais que l'on se rassure, selon le porte-parole du tribunal, ces jeunes n'ont pas été condamnés pour avoir participé à une manifestation contre la pollution. Non, voyons. Ils auraient en fait été impliqués dans de banals affrontements entre supporters. Des jets de pierres, des mouvements de foule, rien à voir avec l'air vicié, les nappes phréatiques empoisonnées, ni les slogans hostiles à la tragédie environnementale.
L'histoire est cousue de fil blanc industriel, mais elle a le mérite d'être recyclée. On prend une cause politique, on la repeint aux couleurs du droit commun, et hop ! le tour est joué. La méthode a fait ses preuves, de Ben Ali à aujourd'hui, avec cette constante : criminaliser l'indignation, récompenser la soumission.

Demande de l'air, prends du ferme
Les plus naïfs diront que la Tunisie est en transition et qu'il fallait se tenir à carreaux pour que le processus aboutisse. Ils n'ont pas tort. On est effectivement en train de transiter vers un despotisme toxique. Le régime actuel, si prompt à dénoncer les pollutions idéologiques, laisse tranquillement les industries meurtrières asphyxier une région entière. Et ceux qui osent réclamer un air respirable se retrouvent derrière les barreaux.
Il faut dire que l'arrestation d'Anas Chatouna, 17 ans, en pleine session d'examens, est symptomatique de la situation. Au lieu d'un devoir de maths, le jeune lycéen a reçu une leçon grandeur nature sur l'Etat de droit à la tunisienne. Ici, contester, c'est tricher et la punition tombe plus vite qu'un corrigé. Un professeur a bien tenté de rappeler que son élève n'était pas un criminel. Mais dans la Tunisie nouvelle, vouloir un avenir est devenu subversif. Réclamer une mer propre et un ciel sain, c'est visiblement fomenter un complot contre l'ordre public.

Une jeunesse condamnée à suffoquer
Ce qui est ironique (ou sinistrement logique), c'est que même ceux qui venaient simplement soutenir les détenus se sont retrouvés à leur tour interpellés, fouillés, interrogés. Trois heures à la brigade des mœurs du militantisme. Motif : possession de banderoles. C'est vrai que dans un pays qui pense sérieusement interdire la pensée, afficher une opinion en public équivaut désormais à transporter une arme blanche.
Dans tout cela, l'hypocrisie atteint un pic de pollution moral rarement observé chez certains partisans. On nous avait pourtant promis que les libertés, ce n'était pas si important. Ce qui comptait, disaient-ils, c'était le pain, le travail, la dignité. La démocratie, c'était un caprice d'élite, une lubie importée. Alors ils ont soutenu l'autoritarisme, à condition qu'il livre du concret. Le peuple veut du social, clamaient-ils. Pas de l'idéologie.
Eh bien voilà. Le pouvoir les a écoutés. Et maintenant que les jeunes qui se battent pour un droit on ne peut plus social, celui de respirer, finissent en prison, nos exégètes du pragmatisme sont un peu déconcertés. Parmi eux certains ont crié à la criminalisation des protestations sociales. Ah bon ? Vous pensiez que la répression allait s'arrêter aux militants politiques, aux journalistes et aux opposants « traditionnels » ? Erreur. Quand on creuse un puits autoritaire, il finit toujours par engloutir tout le monde.

La liberté est devenue un délit, l'écologie un crime, et la solidarité une provocation. Les jeunes de Gabès n'ont pas demandé grand-chose. Juste une vie décente, sans poison dans l'air ni cadmium dans les artères. Ils n'ont pas jeté de cocktails Molotov, juste levé des pancartes. Ils n'ont pas dévalisé une banque, juste crié leur ras-le-bol. Mais dans un pays où l'on juge par réflexe, cela suffit amplement pour devenir un danger pour la nation.
Alors bien sûr, certains continueront à parler de jeunesse égarée et perturbatrice. D'autres, plus lucides, comprendront que ce qu'il s'est joué à Gabès est bien autre. C'est le droit de dire non, de dénoncer l'injustice, de revendiquer une vie digne, qui est en procès. À ce rythme, il faudra bientôt réserver sa cellule avant même de rédiger sa pancarte.


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