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La Tunisie, les Etats-Unis et la question palestinienne - Quatre souvenirs pour comprendre le présent et anticiper l'avenir
Publié dans Business News le 24 - 07 - 2025

La scène du président recevant au palais de Carthage, Massad Boulos, homme d'affaire qui s'est constitué une petite fortune en Afrique de l'Ouest, beau-père de Tiffany Trump, l'une des filles du président américain, qui a été bombardé conseiller spécial de Donald Trump pour les affaires du Moyen-Orient et de l'Afrique, a été diversement appréciée par l'opinion tunisienne, si tant est qu'elle existe réellement, comme l'avait autrefois démontré Pierre Bourdieu au sujet de l'opinion publique française. Disons donc plutôt l'ensemble des élites tunisiennes, celles qui diabolisent Kaïs Saïed et celles qui le divinisent.
Une réception qui divise
Pour les uns, le président a fait preuve d'un courage exceptionnel en montrant à l'émissaire de l'Empereur américain les images insupportables d'enfants squelettiques, preuve supplémentaire, si besoin, du génocide palestinien dont les Américains -et pas seulement eux- sont sinon coauteurs du moins coresponsables. Toujours pour cette catégorie -et je ne dis pas frange- de l'opinion tunisienne, Kaïs Saïed a osé dire ce que nul autre chef d' Etat arabe n'aurait eu l'audace d'exprimer face à un responsable de l'administration américaine, ce qui est une vérité observable, factuelle et par conséquent irréfutable.
Pour d'autres, Kaïs Saïed a réalisé un bon coup de communication à des fins résolument politiques, qu'il aurait exploité la tragédie palestinienne pour atténuer la misère tunisienne, que la scène en question est un produit de marketing destiné à la consommation locale, que s'il se distinguait réellement de ses homologues arabes, il n'aurait pas été à l'encontre du projet de loi criminalisant toutes formes de normalisation avec Israël, que les deux plus ardents défenseurs des Gazaouis et détracteurs de « l'entité sioniste » sont aussi ses premiers alliés économiques, stratégiques et géopolitiques, à savoir le calife néo ottoman Erdogan et le roitelet du Qatar Tamim.
Je ne rentrerai pas dans ce débat manichéen et à somme nulle entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le sincère et l'hypocrite, l'authentique et l'artificiel, les adulateurs du « sauveur providentiel » et les contempteurs du « putschiste-autocrate ». Comme le répète en plusieurs occurrences le Coran « Seul Dieu connaît ce qui est dans les cieux et sur la terre. Seul Lui sait ce que vous dissimulez et ce que vous divulguez ». يَعْلَمُ مَا فِى ٱلسَّمَٰوَٰتِ وَٱلْأَرْضِ وَيَعْلَمُ مَا تُسِرُّونَ وَمَا تُعْلِنُونَ ۚ وَٱللَّهُ عَلِيمٌۢ بِذَاتِ ٱلصُّدُورِ
Incapable de convoquer la science divine pour percer le mystère humain, je vais invoquer la réminiscence platonicienne pour décrypter le pathos politique. Je vais, en termes plus clairs, vous rapporter quatre souvenirs et ce serait à chacun de les interpréter à sa façon et d'en tirer les conclusions selon son intellect ou affect.
Quand le passé éclaire le présent
Le premier souvenir que je n'ai pas vécu comme témoin direct, compte tenu de mon âge à l'époque, mais tel qu'il m'a été raconté notamment par Mohamed Sayah, Ahmed Bennour, Tahar Belkhodja…, c'est la réaction de Bourguiba à la suite de l'opération « jambe de bois », lorsque l'aviation israélienne a bombardé, le 1er octobre 1985, le quartier général de l'OLP à Hammam Chatt faisant près de 70 morts Palestiniens et Tunisiens. Le lendemain, l'ambassadeur américain, Peter Sebastian, fut convoqué à Carthage et il eut droit à cette injonction de Bourguiba : « Dites-bien à Ronald Reagan que si les Etats-Unis mettent leur veto au projet de résolution tunisien au Conseil de sécurité, je romprai les relations avec eux ». On connait la suite de l'histoire : le 3 octobre 1985, devant le Conseil de sécurité de l'ONU et pour la première fois, les Etats-Unis ne mettent pas leur veto à la résolution 573 condamnant l'agression israélienne.
Mais l'essentiel n'est pas dans cette prouesse de la diplomatie tunisienne à l'époque de l'inégalable Bourguiba. L'essentiel est dans ce qui est moins connu par les Tunisiens comme d'ailleurs par les observateurs étrangers : ce que Bourguiba avait répondu à Richard Nixon, le 15 octobre 1981 (il était de passage à Tunis après avoir assisté aux obsèques de Sadate au Caire), qui l'interrogeait sur le conflit israélo-palestinien et plus précisément « ce que peuvent faire les Etats-Unis pour contribuer à la solution de ce conflit ». « Je ne vois pas comment », avait répondu Bourguiba. Pourquoi, lui demanda Nixon ? Et Bourguiba de répliquer crûment : « Parce que votre politique, vous les Américains, est décidée à Tel Aviv et non à Washington ! Vous ne faites que ce qu'Israël vous demande de faire. Débarrassez-vous d'abord du lobby sioniste qui a une grande influence sur votre politique »[1].
Ce lobby a un nom, l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), dont Rached Ghannouchi -qui pestiférait contre « le sioniste Bourguiba » et « l'agent israélien Ben Ali » - avait rencontré les dirigeants à Washington à deux reprises. En mai 2013 en présence de trois membres importants du Likoud, et auparavant, fin novembre 2011 quand il s'est largement ouvert au Washington Institute for Near East Policy (WINEP), une ramification de l'AIPAC.
Ben Ali et l'anti-ingérence
Second souvenir, celui de la position tunisienne lors de la première guerre du Golfe (1990-1991). Ben Ali était le seul chef d' Etat arabe à soutenir implicitement l'Irak et à s'opposer clairement à toute ingérence occidentale dans ce conflit. Il était d'ailleurs le seul à ne pas se rendre en août 1990 au Sommet de la Ligue arabe au Caire estimant, dans son discours du 11 août 1990 que le scénario américain était écrit d'avance et qu'il n'avait pas à cautionner, pas même par sa présence, « l'intervention étrangère dans les affaires de la nation arabe ». Au moment où plusieurs pays arabes rejoignaient par leurs troupes la coalition occidentale, le pouvoir tunisien organisait avec tous les partis politiques une immense manifestation avec à sa tête le secrétaire général du RCD, Abderrahim Zouari, et suscitait la création d'un Comité national de soutien à l'Irak présidé par Hichem Djaït, appelant à la rupture des relations diplomatiques avec notamment les Etats-Unis, l'Egypte, l'Arabie Saoudite…et lançant une campagne de souscriptions en faveur des volontaires tunisiens « disposés à gagner le front pour combattre l'agression contre l'Irak »[2].
A cette époque, j'étais dans l'opposition tunisienne et déjà réfugié politique en France. Mais c'était la première fois que je doutais vraiment de mon combat contre Ben Ali eu égard précisément à son attitude dans ce conflit. Je me souviens encore de l'article collectif anti-Irak et pro-Koweït que m'avait envoyé par fax Mohamed Mzali, dont j'étais très proche, pour que je l'approuve et y adjoigne mon nom au sien ainsi qu'à ceux de mes trois amis et compagnons d'exil dont il est inutile de citer les noms ici. Ce texte sortira, le 11 octobre 1990, dans Le Nouvel Observateur dirigé alors par Jean Daniel…sans mon nom ! Et pour cause, j'avais refusé de le signer, choisissant ainsi le camp des perdants !
Troisième souvenir, la visite de la secrétaire d' Etat américaine Condoleezza Rice en Tunisie, début septembre 2008, lors de sa tournée maghrébine. A Alger, elle avait élogieusement traité Abdelaziz Bouteflika comme étant « l'un des hommes les plus sages de la région, au Maghreb et même au-delà ». A Tunis, elle avait « invité le président Ben Ali à accélérer les réformes politiques et à desserrer l'étau sur la presse, Internet, et l'opposition »[3]. Commerce juteux et efficace de certaines démocraties occidentales, la question des droits de l'homme était visiblement et médiatiquement au cœur de la rencontre entre Rice et Ben Ali. Mais réellement et confidentiellement, c'était l'implantation ou plus exactement le transfert de l'Africom de Stuttgart (Allemagne), son siège depuis sa création en 2006, vers la Tunisie. Héberger l'Africom au Maghreb était le souhait et l'exigence même de George W. Bush, depuis les attentats du 11 septembre 2001. A cette demande exprimée par Condoleezza Rice, Ben Ali avait répondu Non.
Concessions et dépendances
Inutile de décliner ici toutes les concessions faites aux Américains dès 2011 par Béji Caïd Essebsi et son associé politique, Rached Ghannouchi. Je me contente seulement de rappeler que douze ans après la rencontre qui s'est avérée décisive (!) entre Ben Ali et Condoleezza Rice, soit le 30 octobre 2020, c'est le chef du Pentagone, Mark Esper, qui va signer, lors de sa première visite sur le continent africain, un accord de coopération militaire de dix ans avec la Tunisie (donc valide et opérationnel jusqu'en 2030). Et comme l'a écrit le correspondant du Monde, « Depuis la chute du dictateur tunisien Zine El-Abidine Ben Ali en 2011, les Etats-Unis ont en outre investi un milliard de dollars dans l'armée tunisienne, selon la défense américaine »[4].
L'habit ne fait pas le résistant
Quatrième et dernier souvenir, personnel cette fois-ci : la confession de mon ami Tarek Aziz. En 1996, avec d'autres personnalités non-irakiennes dont le parlementaire britannique George Galloway (exclu du parti travailliste en 2003), j'étais à la table de Tarek Aziz. Installé à sa gauche parce que gros fumeur comme lui, nous parlions évidemment des effets et méfaits du blocus inhumain, arbitrairement imposé par la soi-disant « communauté internationale » au peuple irakien, mais aussi de la question palestinienne. Je lui avais alors incidemment parlé de la « très courageuse déclaration » que venait de faire Hosni Moubarak au sujet du conflit israélo-palestinien et du « rôle inéquitable » des Américains face à « la duplicité israélienne ». Pas vraiment surpris par son intelligence politique et sa finesse intellectuelle, je l'entends encore me dire : « mon cher docteur, ne soit pas naïf, discourir et dénoncer, c'est tout ce que les dirigeants arabes savent faire. Lions devant leurs peuples, chats bien dressés devant les occidentaux. L'Amérique et même Israël les connaissent si bien qu'ils tolèrent leur virulence chaque fois que le besoin s'en fait sentir auprès de leurs populations ».
Peu importe finalement si le fait de retenir debout pendant plus de cinq minutes le conseiller de Trump en lui montrant les victimes de la barbarie israélienne relève d'une opération de com ou d'un acte authentiquement moral émanant d'une profonde conviction, ou, d'ailleurs, des deux à la fois. Peu importe, car une telle posture, si noble et courageuse serait-elle, ne changera rien à la tragédie palestinienne, encore moins à l'inhumanité de la Maison Blanche qu'elle soit occupée par un républicain ou par un démocrate. Ce qui importe le plus, c'est d'abord ce pourquoi et pour quoi a été dépêché Massad Boulos au Maghreb. Ensuite, de quoi a-t-il exactement parlé avec Kaïs Saïed à huis clos ? C'est qu'en diplomatie ou en politique de façon générale, c'est comme en exégèse coranique ; il y a le visible (الظاهر) et l'occulte (الباطن). Faute de mieux, les Tunisiens ne peuvent que se contenter aujourd'hui de ce qu'on a bien voulu leur montrer. Ils ont encore le temps de déchiffrer rationnellement et non émotionnellement les mystères du présent, avant de pouvoir anticiper pour les éviter, les déboires de l'avenir.

*Mezri Haddad - Philosophe et ancien Ambassadeur



[1] Mohamed Mzali, Un Premier ministre de Bourguiba témoigne, édition Jean Picollec, 2004, page 626.
[2] https://www.lemonde.fr/archives/article/1990/08/14/tunisie-unanimite-contre-l-intervention-americaine_3991554_1819218.html
[3] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2008/09/08/a-alger-condoleezza-rice-prone-la-cooperation-antiterroriste_1092683_3212.html
[4] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/10/01/le-chef-du-pentagone-signe-a-tunis-un-accord-de-cooperation-militaire_6054336_3212.html


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