Invité mardi 5 août 2025 sur la Radio nationale, Hafedh Laamouri, ancien ministre de la Formation professionnelle et de l'Emploi, a livré sa lecture de la crise que traverse le système de sécurité sociale en Tunisie. À contre-courant de certaines analyses plus alarmistes, il appelle à regarder les causes profondes du déséquilibre. Selon lui, la question du vieillissement démographique ne devrait pas être au cœur du débat. Contrairement à l'Europe, la Tunisie bénéficie encore d'un taux de natalité acceptable. Le vrai problème réside, selon lui, dans l'insuffisance du nombre de cotisants. Il affirme qu'une simple baisse de cinq points du taux de chômage améliorerait significativement le ratio entre actifs et retraités, mettant à mal la théorie du vieillissement comme cause centrale des déséquilibres. Hafedh Laamouri rejette également l'idée selon laquelle l'intégration du secteur informel réglerait les déficits des caisses sociales. D'après lui, même si ces travailleurs étaient intégrés, ce ne serait qu'avec des cotisations faibles, insuffisantes pour équilibrer le système. Il insiste toutefois sur la nécessité d'assurer leur couverture sociale afin de leur garantir des droits à la retraite et à la santé, et d'éviter qu'ils ne deviennent un poids pour leurs familles en cas de besoin. Pour l'ancien ministre, la crise des caisses sociales est d'abord structurelle. Il regrette qu'elle n'ait pas été affrontée avec des solutions de fond dès le départ. Il dénonce l'implication de la Caisse nationale de sécurité sociale dans des missions qui ne relèvent pas de ses compétences, comme la prise en charge des retraites anticipées pour raisons économiques, la construction de logements sociaux ou encore la gestion du fonds des pensions alimentaires. Ces charges indues ont, selon lui, contribué à alourdir considérablement le fardeau financier du système. Il appelle à une refonte du mode de financement, rappelant que la Tunisie est l'un des rares pays à s'appuyer uniquement sur les cotisations professionnelles et plaide pour une diversification des sources de financement, à l'image des régimes mixtes en vigueur dans d'autres pays. L'ancien ministre évoque notamment la possibilité d'instaurer une TVA sociale sur les produits importés à forte consommation, qui sont souvent nuisibles à l'économie locale, ou encore d'augmenter les taxes sur le tabac de luxe et les boissons alcoolisées haut de gamme, dont les revenus pourraient alimenter les caisses sociales. Par ailleurs, Hafedh Laamouri se montre opposé à une éventuelle hausse de l'âge de la retraite dans le secteur privé. Il estime que, même si cela permettrait un léger répit budgétaire, cette mesure aurait pour effet d'aggraver le chômage. Dans le contexte économique actuel, cette solution serait, selon lui, contre-productive, contrairement au secteur public où les recrutements sont gelés. Il met aussi en garde contre le recours fréquent à la retraite anticipée, particulièrement dans le secteur privé, qu'il considère comme une double perte pour le système : dix années de cotisations non perçues et dix années de pensions versées par anticipation. Enfin, il insiste sur la faiblesse de la culture de la sécurité sociale en Tunisie. De nombreux employeurs sous-déclarent les salaires, parfois à la demande des salariés eux-mêmes qui préfèrent toucher l'intégralité de leur rémunération. Résultat : beaucoup se retrouvent sans droit à une pension au moment de la retraite. Il cite l'exemple de travailleurs ayant cumulé quinze années d'activité sans atteindre le minimum de cinq ans de cotisations effectives. Face à ce constat, Hafedh Laamouri affirme qu'il est urgent d'agir, même en l'absence de solutions miracles. Il évoque l'expérience d'autres pays, certains ayant jusqu'à quarante sources de financement pour leurs systèmes de sécurité sociale. Il appelle à faire preuve de créativité et à adapter des solutions au contexte tunisien.