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Gabès, le cri étouffé d'une région que la présidence redécouvre
Publié dans Business News le 01 - 10 - 2025

Après un mois de septembre étouffant, marqué par des dizaines d'intoxications d'élèves et des scènes d'hôpitaux dignes d'un cauchemar, Kaïs Saïed s'est enfin emparé du dossier. Mais cette réaction tardive intervient après des années de déni, et quelques mois seulement après que le régime a préféré réprimer les voix citoyennes plutôt que d'affronter la pollution.

Mardi 30 septembre 2025, Kaïs Saïed a convoqué les ministres de la Santé, de l'Environnement et de l'Industrie pour une réunion consacrée à la situation environnementale à Gabès. Dans une allocution solennelle, de 3'53'', le chef de l'Etat a évoqué « des milliers de victimes », « un environnement complètement détruit » et « un crime qui a conduit à la destruction de la vie ». Des mots forts, qui résonnent comme un constat d'échec : celui d'un Etat qui a laissé pourrir la situation depuis des décennies, jusqu'à ce que la tragédie éclate de plein fouet en septembre.

Septembre noir
Car Gabès a connu en quelques jours ce que les habitants ne subissaient auparavant qu'une fois l'an. Les 9, 10, 16 et 27 septembre, la région a été frappée par une série de fuites gazeuses. À Ghannouch, Bouchemma et Chott Essalem, ce sont des centaines d'intoxications collectives : hommes, femmes, ouvriers, enfants. Le 27 septembre, au collège de Chott Essalem, plus de cinquante élèves ont été victimes de malaises, d'étouffements, de pertes de conscience. Seize d'entre eux sont encore hospitalisés, certains avec des paralysies partielles ou un relâchement nerveux inquiétant.
Le collectif Stop Pollution dénonce une « catastrophe nationale » et accuse les autorités d'avoir fait preuve d'un laxisme criminel en laissant tourner les usines du Groupe chimique tunisien (GCT) comme si de rien n'était. « On a préféré la production à la santé publique », martèlent ses militants, rappelant que le simple bon sens aurait imposé l'arrêt immédiat de l'activité industrielle.

L'hôpital débordé, les enfants accusés de simuler
Le vendredi 26 septembre, une cinquantaine d'élèves du collège de Chott Essalem avaient été frappés par des malaises respiratoires. 17 d'entre eux ont été hospitalisés à l'hôpital régional de Gabès, certains présentant une faiblesse musculaire inquiétante, d'autres un début de paralysie partielle. Très vite, l'établissement a été dépassé.
Le 28 septembre, six enfants de l'école primaire rejoignent à leur tour les urgences. À cette date, seize élèves étaient encore hospitalisés. L'hôpital envisage alors un transfert collectif vers Sfax, avant de se rétracter et de faire venir une équipe médicale de Sfax à Gabès. Loin de rassurer les familles, cette intervention a provoqué un tollé. Selon le collectif « Stop pollution » une des médecins aurait affirmé, devant des parents atterrés, que les enfants « simulaient leurs malaises ». Un propos odieux, si confirmé, qui a enflammé la colère des familles et accentué le sentiment d'abandon.
Le 29 septembre, l'hôpital régional a fini par annoncer le transfert des cas les plus graves vers la capitale à l'hôpital Rabta. Mais là encore, ce n'était qu'un effet d'annonce. Au lieu d'un envoi immédiat et massif, le plan prévoit des départs étalés dans le temps : quatre enfants seulement doivent être transférés aujourd'hui 1er octobre, cinq autres le 6 octobre et les cinq derniers le 13 octobre. À l'heure de l'écriture de ces lignes, aucun transfert n'a encore eu lieu. Autrement dit, des adolescents en détresse devront encore attendre des jours dans un hôpital inadapté, alors que leur état est jugé préoccupant.
À la date du 30 septembre, quatorze enfants étaient toujours hospitalisés à Gabès. Des familles désespérées oscillent entre colère et résignation. Pour elles, l'épisode hospitalier illustre la double peine : la pollution qui asphyxie leurs enfants, et un système de santé qui, loin de les protéger, les accuse d'exagérer leur douleur et les laisse dépérir dans l'attente d'un transfert hypothétique.
On devrait cependant s'attendre à une accélération suite à l'intervention présidentielle.

Le silence imposé au printemps
Ce qui est curieux, c'est que malgré la gravité de la situation, on remarque peu de mobilisation citoyenne et quasiment pas de manifestations de colère. Pourquoi ce silence des riverains qui supportent, tous les jours dans leur air, une pollution insoutenable ? Pour répondre à la question, il faudrait revenir quelques mois plus tôt. En mai, des voix citoyennes avaient été réduites au silence par la répression. Une manifestation écologiste organisée le 25 mai, avait débouché sur des arrestations brutales et des accusations absurdes. Trois jeunes militants — Mohamed Ali Trimi, Moez Rajhi et Anas Chatouna (17 ans, lycéen en pleine période d'examens) — ont été condamnés à la prison ferme, quatre mois pour le premier et deux mois pour les deux autres. La sentence est tombée le 28 mai, soit trois jours après les événements. Une condamnation en un temps record qui a provoqué une polémique sur les réseaux sociaux.
La Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) et plusieurs ONG sont montées au créneau pour dénoncer une criminalisation pure et simple des mouvements citoyens. Des associations avaient rapporté des cas de torture et de mauvais traitements. Sur les réseaux sociaux, un professeur avait écrit au sujet d'Anas : « Aujourd'hui, il aurait dû être en classe. Ce n'est pas un criminel ». Mais le message était clair : quiconque proteste sera brisé. La peur a réduit au silence une région exaspérée. C'est pour ça que, face à leurs enfants, les parents se retrouvent quasiment seuls aujourd'hui.

Une bombe à retardement
Ce silence n'a duré qu'un temps. Car la pollution ne se tait pas. La répression de mai a retardé l'explosion, mais elle a transformé Gabès en bombe à retardement. En septembre, ce ne sont plus seulement des militants qui suffoquaient dans les commissariats, mais des enfants qui suffoquaient dans les écoles. Et cette fois, le régime n'a pas pu étouffer les cris.
Depuis des années, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) parle d'« écocide ». L'organisation rappelle l'explosion meurtrière de 2021, les intoxications scolaires de 2023, et dénonce « l'abandon systématique » de la région par les ministères de l'Environnement et de l'Industrie. Le décret de 2017, qui prévoyait l'arrêt du déversement du phosphogypse en mer et le démantèlement des unités polluantes du GCT, est resté lettre morte. Pire : de nouveaux projets d'ammoniac et d'hydrogène vert, imposés sans concertation, risquent d'aggraver la catastrophe.
Le FTDES le rappelle : le droit à un environnement sain est inscrit dans la Constitution. Sa négation à Gabès est un déni de justice.
Kaïs Saïed a raison lorsqu'il parle de crime. Mais ce crime n'est pas seulement celui de décisions industrielles passées. Il est aussi celui d'un Etat qui a fermé les yeux, réprimé les militants, accusé des enfants de simuler leur maladie, et laissé une région suffoquer.
Les habitants de Gabès n'attendent plus des discours. Ils veulent des actes. Des fermetures d'unités polluantes, des soins, des transferts rapides, une justice qui sanctionne les coupables et non les victimes. Ils veulent pouvoir respirer.


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