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Des anciens militaires sortent l'artillerie lourde contre le faux complot de « Barraket Essahel »
Publié dans Business News le 27 - 05 - 2011

La Révolution tunisienne a soufflé un vent de liberté sur le pays et a, également, dépoussiéré des dossiers enfouis au fin fond des archives du gouvernement de l'ancien président. On citera, entre autres, le dossier de l'« affaire de Barraket Essahel » qui est revenu à la surface, notamment, suite aux témoignages accablants de certaines victimes déjà publiés sur la presse écrite à l'exemple de « Réalités », « La Presse » ou « Jeune Afrique ».
Ces anciens militaires ont décidé de lever le voile sur un vécu très lourd qui a marqué, à jamais, leurs vies et dont ils ne pouvaient parler sous l'ancien régime. On a même vu se créer une association « Insaf (qui veut dire justice), pour les anciens militaires » qui milite pour la réhabilitation morale et l'obtention des réparations matérielles des préjudices subis par les victimes de ce « complot ».
D'ailleurs, selon les dernières nouvelles, rapportés par « Le Temps », dix autres individus, ont été entendus, récemment dans le cadre de cette affaire, par le juge d'instruction, et placés sous mandat de dépôt.
Revenons à ce qui s'est réellement passé en ce mois de mai 1991.
L'affaire en question a été rendue publique en date du 22 mai 1991 lorsque, Abdallah Kallel, ministre de l'Intérieur à l'époque, a annoncé dans une conférence de presse que les forces de l'ordre avaient déjoué une tentative de coup d'Etat par un groupe de militaires appartenant au mouvement islamiste Ennahdha. Le témoignage d'un capitaine militaire nommé Ahmed Amara sur la chaîne de télévision nationale a appuyé les dires du ministre de l'Intérieur, en avouant être impliqué dans le complot intégriste et en reconnaissant, par la même occasion, son appartenance au mouvement Ennahdha.
Les rapports d'investigation et d'inculpation établis par les autorités à l'époque, stipulaient qu'environ 70 cadres militaires se seraient réunis le 6 janvier 1991 à Barraket Essahel, à la périphérie de la ville d'Hammamet, en vue de comploter contre le régime, de s'emparer du pouvoir en Tunisie et d'imposer un Etat théocratique et religieux. Les militaires auraient prévu de mettre la main sur des institutions gouvernementales, le siège de la radio et de la télévision et au bout du compte s'emparer du palais présidentiel de Carthage. Les mêmes rapports mentionnaient, selon le ministère de l'Intérieur, que les militaires avaient l'intention de donner le pouvoir à Rached Ghannouchi, leader du mouvement Ennahdha.
L'institution militaire, dans laquelle Ali Seriati avait le grade de colonel major, a par la suite livré les personnes arrêtées, aux mains du ministère de l'Intérieur, une mesure pas du tout ordinaire, car normalement, la réglementation militaire prévoit de traiter ce genre d'affaires, impliquant des membres de l'armée, au sein de l'institution militaire. Le souci sécuritaire passant au-dessus de toute considération légale et morale, Ben Ali aurait délibérément chargé ses sbires d'extorquer des aveux faussés.
Les arrestations avaient touché 244 militaires de différents grades dans l'armée nationale. Les interrogatoires se sont déroulées dans les sous-sols du ministère de l'Intérieur, en présence de Mohamed Ali Ganzouî et d'Ezzeddine Jenayah, tous deux responsables de la sûreté de l'Etat. « Ces sous-sols ont été la scène de séances de torture et d'humiliations des plus horribles. On infligeait aux accusés des sévices physiques et psychologiques. C'était un crime méthodique, exécuté à huis clos », selon les dires d'une victime. A la fin de chaque séance, les accusés étaient forcés à signer des aveux et à citer les noms d'autres éventuels suspects parmi les militaires. Certains des accusés ont même péri sous les griffes de leurs tortionnaires, dont Abdelaziz Mahwachi, Fayçal Baraket, Abderraouf Laâribi et Ameur Deguèche.
L'instruction avait lancé, à l'encontre de ces militaires détenus, les chefs d'accusations de violence, de complot contre la sûreté nationale et d'incitation à l'utilisation ou la détention d'armes illicitement. Le procureur général militaire avait même requis la peine capitale contre certains des accusés.
Deux affaires ont été transférées au tribunal militaire, dont celle dite du « missile Stinger », selon laquelle, on aurait prévu d'utiliser ce missile contre le cortège de Ben Ali.
Les accusés avaient présenté des documents selon lesquels, ils se trouvaient, au moment de la réunion de Barraket Essahel, dans les casernes ou en famille. Il y a même eu le cas de quelqu'un qui était à l'hôpital avec sa femme qui accouchait ! Par ailleurs, les militaires ainsi que les avocats avaient mis l'accent sur le fait que les aveux consignés dans les procès verbaux n'avaient aucune valeur vu le fait qu'ils étaient extorqués sous la menace et la torture. En outre, l'enquête n'avait jamais pu prouver le lien entre ces militaires et cette soi-disant manœuvre contre le régime. Ceci étant, le sous-lieutenant Kamel Bedoui, un des militaires arrêtés et torturés, n'a pas nié la tendance islamiste de certains militaires.
Certains ont été, par la suite, libérés et ont eu droit à des excuses officielles, alors que les autres détenus ont vu leur procès s'étaler du 9 juillet, au 30 août 1992. Plusieurs ont été acquittés, mais bon nombre d'accusés ont été jugés coupables et ont été écroués suite à des sentences de peines d'emprisonnement variant entre 1 an et 14 ans.
Ces militaires, ayant pour la plupart déjà atteint l'âge de la retraite, élèvent la voix aujourd'hui pour clamer leur innocence, crier leur dénonciation des injustices commises à leur égard et réclamer dommages et réparations.
Dans ce contexte, le lieutenant colonel Mohamed Ahmed, a écrit une lettre ouverte (publiée au magazine « Réalités ») en s'adressant au ministre de la Défense nationale de l'époque (Habib Boularès) dans laquelle, il lui demande s'il avait reçu des « instructions » de l'ancien président pour décharger la justice militaire et charger les geôliers du ministère de l'Intérieur de l'interrogatoire de ces militaires ? Pourquoi cette injustice ? Il aurait sûrement fallu que quelqu'un ait le courage exemplaire du colonel Ammar, de dire NON à cette injustice. Si cela avait été le cas en 1991, bien de vies auraient été sauvées et beaucoup de souffrances auraient été évitées ! Dorra Meziou


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