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Tunisie - Pourquoi Ali Laârayedh a dit non à la manifestation de Rached Ghannouchi ?
Publié dans Business News le 14 - 06 - 2012

Rached Ghannouchi, leader du Mouvement Ennahdha, a invité ses troupes, mercredi 13 juin, à manifester en masse vendredi 15 à Tunis pour soutenir la révolution et défendre l'Islam, contre ceux qui le profanent et portent atteinte à ses symboles.
L'invitation de M. Ghannouchi coïncide avec celles de plusieurs extrémistes islamistes dont le jeune Imam salafiste, Abou Ayoub Ettounsi.
Jeudi 14 juin, coup de théâtre du ministère de l'Intérieur qui publie un communiqué laconique précisant qu'il n'a autorisé aucune manifestation et que la loi serait appliquée contre tout acte de violence.
Le communiqué du ministère de l'Intérieur a de quoi intriguer quand on sait que le Mouvement Ennahdha est fort discipliné et son président n'aurait jamais annoncé, dans une conférence de presse, une participation à une manifestation pour laquelle il n'a pas été préalablement autorisé.
Deuxième point, et toujours du point de vue disciplinaire, il est totalement inimaginable que Ali Laârayedh, ministre de l'Intérieur, ose dire non à son « président » Rached Ghannouchi et le désavouer ainsi publiquement.
Selon des sources proches du ministère de l'Intérieur, plusieurs éléments ont participé à cette « décision » d'Ali Laârayedh. Des informations confidentielles font valoir qu'il y a de gros risques de débordements sécuritaires, demain, en marge de la manifestation salafo-islamiste.
Certains craignent même le pire, surtout que les appels salafistes sont clairs et ne laissent aucune ambiguïté.
Le risque qu'il y ait des accrochages entre islamistes et salafistes est important, tout comme le risque que ces deux « frères-ennemis » aient des accrochages avec d'autres pans de la société et, inévitablement, avec les forces de l'ordre.
L'image d'Ennahdha associée à ces dérapages risque d'être fatale et elle aura donc une lourde facture (notamment politique) à payer.
Certains de ses adversaires s'apprêtent carrément à préparer le terrain à un coup d'Etat en appelant l'Armée à prendre le pouvoir.
L'autre élément est la manipulation faite par plusieurs éléments d'Ennahdha et membres du gouvernement à propos des tableaux d'El Abdelliya. Un peu partout, les salafistes et les islamistes criaient sur tous les toits que l'élément déclencheur des événements des derniers jours était cette exposition où il y avait des toiles portant atteinte à la religion.
Supercherie démontrée par la majorité des médias et de l'opposition qui a fini par dépasser la sphère des « 0,000 » et des « déchets de la francophonie » pour trouver écho auprès des masses populaires.
La manipulation d'Ennahdha et de plusieurs ministres ayant été dévoilée, la fuite en avant serait donc trop risquée. Le parti au pouvoir ne peut plus justifier sa participation à une manifestation pour défendre des symboles de l'islam qui n'ont pas été attaqués.
L'idée de faire publier par le ministère de l'Intérieur devient dès lors une porte de sortie honorable.
D'un côté, Ennahdha a l'excuse pour appeler ses troupes à reculer et laisser les salafistes se débrouiller tous seuls avec les forces de l'ordre.
De l'autre, on envoie le signal de l'indépendance totale du ministère de l'Intérieur par rapport au parti au pouvoir.
Et il est à parier que ce dernier argument sera utilisé tout au long des prochains mois par les fans d'Ennahdha pour convaincre la masse populaire qu'il y a bel et bien une séparation entre le gouvernement et le parti.


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