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Entre Marzouki et BCE, une campagne électorale ouverte et agressive
Publié dans Business News le 09 - 12 - 2014

Les jeux sont faits et les résultats officiels et définitifs ont été rendus publics par l'ISIE. Le Tribunal administratif de Tunis a déjà rejeté des huit recours et appels présentés par le staff de la campagne électorale et les avocats du président sortant et candidat à l'élection présidentielle, Moncef Marzouki.
Le scrutin du second tour pour la magistrature suprême n'aura pas lieu le 28 décembre, mais ne se déroulera pas, non plus, le 14 de ce même mois comme l'auraient souhaité de nombreux Tunisiens, désireux d'en finir, dans les meilleurs délais, avec l'expectative. Rendez-vous, donc, est pris pour le 21 décembre et démarrage, aujourd'hui même, d'une campagne pas comme les autres…
En effet, alors que certains observateurs évoquaient l'éventualité d'une victoire de Béji Caïd Essebsi dès le premier tour, les résultats ont démenti tous les pronostics puisque le deuxième classé, Moncef Marzouki, a réussi à réduire l'écart à six points seulement laissant entrevoir un second tour serré où tout peut arriver.
Les deux candidats auront, donc exactement, onze jours pour faire pencher, chacun, la balance de son côté. Et si BCE semble peaufiner encore les détails de sa campagne, son adversaire a entamé la sienne, tambour battant, avec une tournée dans la vieille Médina de Tunis. Il privilégié, ainsi, le même procédé suivi avant le premier tour et jugé assez favorable par plusieurs observateurs.
Moncef Marzouki, qui affectionne les bains de foule, continuera, donc, sur la même lancée en faisant démarrer sa campagne par une tournée remarquable dans les souks du Vieux Tunis au cours de laquelle les mêmes slogans ont été criés haut et fort, dont notamment « Fidèles, fidèles, ni RCD, ni Nidaa » ou « Le peuple veut Marzouki de nouveau », etc.
Il faut dire que M. Marzouki, auréolé, de ses 1.100.000 voix au premier tour, est persuadé qu'il peut en avoir plus au second tour et se dit convaincu qu'il représente les « démocrates et les pauvres ». Pour lui, il n'y a pas lieu de cataloguer ceux qui ont voté pour lui comme faisant partie du «réservoir» électoral d'Ennahdha, même si, lui-même, avait lancé un appel au « peuple » d'Ennahdha pour lui apporter son soutien et ses encouragements.
Des observateurs estiment que les militants et sympathisants du parti islamiste, dépités par leur défaite relative aux élections législatives, voient en Marzouki l'homme qui peut les « réhabiliter » et les « venger » du revers subi le 26 octobre 2014.
Et adoptant l'approche voulant que la meilleure des défenses est l'attaque, Moncef Marzouki et son équipe de campagne électorale, conduite par Adnène Mansar, se montrent agressifs à souhait et n'hésitent pas à cataloguer BCE et son parti comme appartenant à l'ancien système. C'est, à la limite, qu'ils tiennent la même tactique que celle suivie par les Nidaïstes avant les législatives, à savoir «brandir l'argument de la peur».
« Si vous votez Béji Caïd Essebsi, vous voterez pour Ettaghaouel et pour la détention de la totalité des pouvoir entre les mains d'un seul camp, ce qui ouvrirait grandes les portes à la dictature, à la répression et à un verrouillage des libertés et de la démocratie ». En somme, des arguments faciles à vendre et qui peuvent faire mordre plus d'un.
En face, M. Caïd Essebsi et son staff de campagne électorale, dirigé par Mohsen Marzouk, semblent assez timorés suite à ce qu'ils considèrent comme étant un échec lors du premier tour. En effet, ils ne s'attendaient pas à un score aussi serré entre les deux premiers classés.
Le camp de BCE est déçu, également, par les hésitations des barons du Front populaire dont l'éventuel appui lui aurait donné des ailes. Du moins moralement. Nidaa et son candidat à la présidentielle ont, certes, eu le soutien, prévu, d'Afek, et celui, moins prévu, de l'Union patriotique libre (UPL), mais ils auraient souhaité, de loin, avoir une annonce claire et publique d'Al Jabha en leur faveur.
Jouant sur le slogan, répété par Mohsen Marzouk, «assez de ruse et donne ton bilan », qui n'a pas encore bien fonctionné, Nidaa table, lui aussi, sur deux points essentiels à savoir, le bilan qualifié de négatif de la troïka et sur la nécessité d'avoir un pouvoir homogène capable de « mener à bien » sa politique et ses plans.
Pour réussir sa campagne, BCE semble privilégier les interviews radio et télévisions et les meetings bien ficelés et minutieusement préparés, même si, en pré-campagne, il a adopté une approche similaire à celle de son adversaire en se rendant dans le gouvernorat de Bizerte puis dans celui de Tozeur.
Reste un point qui peut s'avérer déterminant dans cette dernière ligne droite entre les deux candidats. En effet, misant sur la nécessité d'être agressif et de jouer son va tout, Moncef Marzouki, et derrière lui, Adnène Manser, continuent à réclamer avec insistance un face-à-face télévisé que Béji Caïd Essebsi n'a pas l'air d'apprécier.
Comparant un pareil duel à un « combat de béliers », BCE et Mohsen Marzouk posent plusieurs conditions et autres préalables. Certains analystes se posent des questions sur l'opportunité d'un tel débat du moment que le prochain président de la République n'aura que peu de prérogatives. « Ils n'ont aucune notoriété à traiter de questions touchant la proximité des citoyens tunisiens : ni emploi, ni développement régional, ni pouvoir d'achat, ni économie, ni santé, ni éducation, ni transport, etc.
Alors, de quoi vont débattre les deux candidats ? De la diplomatie et des questions de défense ? C'est trop peu et cela n'intéresse pas de près les Tunisiens », argumentent ceux qui ne voient pas l'utilité d'un pareil duel.
L'autre point qui semble créer la polémique lors de cette campagne est celui touchant à la santé des deux postulants. Les uns avancent que vu son âge de 88 ans et son état physique, sérieusement mis en cause par la polémique soulevée par Omar Shabou, M. Caïd Essebsi ne serait pas apte à tenir le coup et à supporter les charges de l'Etat. Ils exigent, par conséquent, un dossier médical du candidat de Nidaa.
Les autres mettent en doute les capacités mentales du président sortant. Touhami Abdouli y a fait allusion tout récemment et Tahar Ben Hassine, militant reconnu et membre critique à Nidaa, avait, depuis quelque temps déjà, affirmé qu'Ennahdha était en possession d'un dossier « médical volumineux sur Moncef Marzouki » et qu'il lui en avait parlé en présence d'un témoin.
La question qui se pose est la suivante : au moment où Mansar annonce la publication prochaine du dossier médical de M. Marzouki, M. Caïd Essebsi acceptera t-il d'en faire de même ?
En tout état de cause, la situation se présente, en ce début de campagne, comme étant complexe et ouverte à toutes les hypothèses et éventualités.


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