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Ficelez vos dossiers !
Publié dans Business News le 10 - 08 - 2015

Noureddine Khademi a donc été limogé de la mosquée El Fath à Tunis. C'est qui lui ? M. Khademi est docteur et enseignant universitaire à la Zitouna né en 1963. Il a été, un temps, chef de l'unité Chariâa de cette université avant d'être nommé, en 2011, ministre des Affaires religieuses. Durant son mandat, il a tenté une réforme profonde des mosquées, pour qu'elles cessent d'être uniquement des lieux de culte. D'après sa vision, on doit apprendre dans une mosquée la chariâa, le fondamentalisme religieux, la politique et tout ce qui a trait à la vie de société.

A la vue de cette courte présentation, bien réelle, on pourrait conclure que le monsieur est une sommité scientifique. Est-ce cependant suffisant pour faire de lui un imam exemplaire à qui on donnerait le « minbar » si influent d'une mosquée si fréquentée ? Si le CV de Noureddine Khademi est, indéniablement, riche, il est bon aussi de relever que son exégèse fait peur à la République, ses fréquentations sont suspectes et son historique prête à équivoque.
Des exemples ? Ses prêches vantant le djihad, ses réunions et son amitié avec le terroriste Abou Iyadh et sa mosquée El Fath qui a servi de lieu à ce même terroriste pour humilier l'Etat et les forces de l'ordre avec un prêche historique de défiance, au lendemain de l'attaque de l'ambassade américaine à Tunis. Abou Iyadh était activement recherché, il est allé à la mosquée pour donner un prêche en direct à la télé (Al Jazeera Mubasher) et a réussi à s'évader alors que les lieux étaient encerclés ! Cette même mosquée El Fath était un repaire de terroristes ou d'apprentis terroristes, vantant le terroriste en chef Ben Laden. Une mosquée devant laquelle le trottoir était envahi de vendeurs « ambulants-immobiles » proposant, outre le niqab, tous types de livres vantant l'obscurantisme et l'extrémisme.

Autant de motifs suffisants pour que le ministre des Affaires religieuses limoge Noureddine Khademi de la mosquée. En termes simplistes, on pourrait dire « pour l'ensemble de son œuvre ». Seulement voilà, le ministre a cherché la petite bête pour le flanquer dehors, prétextant le fait que M. Khademi a laissé « Al Jazeera Mubasher » filmer le prêche de l'aïd dernier.
De franchement coupable (pour l'ensemble de son œuvre), Othman Battikh a transformé Noureddine Khadmi en victime du nouveau pouvoir qui s'en prend aux imams et à l'islam.
Ce qui est étonnant dans le limogeage de Noureddine Khademi n'est pas le limogeage en lui-même, mais le timing et le motif. Le ministre a mis huit mois pour le mettre dehors et on croyait (on espérait) qu'il avait mis tout ce temps pour lui préparer un dossier en béton à présenter au procureur afin qu'il soit jugé pour l'ensemble de son œuvre. Au lieu de quoi, on lui reproche d'avoir autorisé une chaîne de télé venue filmer un prêche un jour de fête !

Mais pourquoi donc ce gouvernement manque de compétences pour appuyer leurs actes « contestables » par des preuves infaillibles ? Quand est-ce qu'ils vont comprendre que l'on n'est plus à l'ère Ben Ali où l'on pouvait bâcler les dossiers en profitant du silence des médias et de la couverture des gouvernants ?
Qu'on le veuille ou pas, Noureddine Khademi est une sommité scientifique. Il est populaire auprès d'un pan de la société et ses prêches attirent par milliers. Si le ministre veut l'écarter pour des raisons d'animosité personnelle, il doit savoir que ce temps est définitivement révolu. Société civile, médias et politiques ne le permettront plus. S'il veut l'écarter pour des raisons objectives, il se doit de donner toutes les explications nécessaires et les preuves qui vont avec. Il est impératif de respecter la loi et le droit dans tout acte entrepris. Autrement, le coupable devient victime et c'est ce qui va se passer avec Noureddine Khademi. Il va saisir le tribunal administratif et, logiquement, il devrait obtenir gain de cause.
Si Battikh a rassemblé les preuves pour lui flanquer un procès en apologie du terrorisme ou complicité avec un terroriste, Noureddine Khademi n'aurait pas pu jouer, aujourd'hui, aux héros victimes d'un pouvoir qu'il accuse (à raison) d'être despotique et totalitaire.

La même erreur du mauvais ficelage des dossiers par le ministre des Affaires religieuses, a été observée la semaine dernière dans l'affaire des 7 présumés terroristes, libérés par le juge d'instruction avant qu'ils ne soient, de nouveau, arrêtés par les forces de l'ordre.
Si la brigade anti-terroriste avait bien fait son travail, elle n'aurait pas permis au juge de trouver la faille pour qu'il libère les prévenus ! On ne peut pas accuser le juge de complicité avec les terroristes, on ne peut pas dire « c'est quoi ce pays où la police arrête les terroristes et les juges les libèrent », si l'on laisse des failles dans les dossiers ! Un juge est là pour juger sur pièces et quand il libère un prévenu, parce que les pièces prouvant sa culpabilité sont manquantes, c'est la faute à celui qui a remis le dossier et non au juge qui a donné son verdict sur la base de ce dossier.
L'autre volet de ce dossier des terroristes est la question de la torture. Dans ce volet, nous avons eu deux versions contradictoires. Y a-t-il eu torture ou non ? Ne pouvant faire confiance ni à Samia Abbou, ni au ministre, j'attendais personnellement la version de Bochra Belhadj Hmida pour me faire mon idée. La députée Nidaa a été nommée présidente d'un comité Ad hoc pour jeter la lumière sur cette affaire. Jeudi 6 août, elle a promis de remettre sous 24 heures son rapport. Nous sommes le lundi 10 et nous n'avons toujours pas lu le rapport. Est-il gênant pour le pouvoir actuel ? Vraisemblablement oui. Il y aurait donc vraiment eu torture.

Tout comme Othman Battikh, le ministre de l'Intérieur a du mal à ficeler ses dossiers. Ses brigades ont usé de pratiques barbares, théoriquement révolues, pour arracher des aveux théoriquement irrecevables. La preuve, le juge ne les a pas reçus !
De présumés terroristes, les prévenus sont devenus victimes ! Encore une fois, on crée des héros de toutes pièces ! Si la brigade antiterroriste a suffisamment d'éléments à charge prouvant l'implication terroriste de ces prévenus, elle n'a qu'à les montrer au juge dans des dossiers bien ficelés. Envoyer les prévenus chez le juge, avec vraisemblablement des traces de torture, et compter sur lui pour qu'il les garde au cachot, démontre que l'on n'a pas encore compris que le pays a vécu une révolution qui a tourné la page à ce genre de pratiques d'un Etat bananier. C'est oublier qu'il y a une société civile et des médias qui surveillent tout et passent tout au peigne fin ; que quand il y a une injustice, un voleur, un terroriste ou un espion peuvent être transformés en héros. C'est exactement la même bêtise observée au lendemain de la révolution avec plusieurs personnes de l'ancien régime. On a mis innocents et coupables dans le même sac, juste parce qu'ils ont travaillé avec Ben Ali, on a mal ficelé les dossiers, on a diabolisé et accusé sans preuves les honnêtes et les malfrats au point que l'on a obtenu ce résultat : les voleurs sont devenus victimes, juste parce qu'ils ont été mis dans le même sac que des personnes totalement innocentes. Ce qui s'est passé avec les « khouenjiya » entre 1991 et 2011, avec les « azlem » entre 2011 et 2014 se passe en 2015 avec les « dawaech ». On ne peut, en aucun cas, mettre tout le monde dans le même sac. Il faut travailler chaque dossier à part de telle sorte que l'on ne transforme aucune victime en coupable et aucun coupable en victime.

La vérité est que chacun dans son secteur est en train d'apprendre à bien faire son travail. Ceci est valable pour les magistrats, pour les médias, pour les députés, pour les ministres, mais aussi pour la police. On ne peut pas dire à un agent d'une brigade biberonnée dans la pratique de la torture de se transformer, du jour au lendemain, en homme respectueux de la loi et des droits de l'Homme. On ne peut pas dire à un journaliste ou à un magistrat, qui a toujours attendu que son téléphone sonne pour recevoir des consignes, de devenir indépendant et professionnel du jour au lendemain. Il faut les sensibiliser et les former de la manière adéquate avant de les incriminer.
Ce qu'il y a de positif à tirer de l'affaire de la torture, c'est la polémique créée par les politiques, les médias et la société civile. Il y a de quoi exercer la pression sur les gouvernants et les brigades spécialisées pour que l'on fasse désormais son travail correctement. Cette pression est salvatrice, sur le long terme, pour la démocratie, pour la République et pour la justice en Tunisie.
Si l'on n'exerce pas cette pression pour que nos gouvernants fassent bien leur travail, il y a un gros risque de voir demain l'un de ces terroristes devenir Premier ministre et l'un de ces espions à la solde de l'étranger devenir président d'une instance de recherche de vérité. Ben Ali a réussi à transformer des criminels et des moins que rien en héros. Le pouvoir actuel doit retenir la leçon et éviter de répéter les mêmes erreurs.


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