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Tunisie : crise de légitimité
Publié dans Business News le 17 - 04 - 2017

« Pour toute société humaine, l'absence de légitimité est une forme d'apesanteur qui dérègle tous les comportements. Quand aucune autorité, aucune institution, aucune personnalité ne peut se prévaloir d'une réelle crédibilité morale, quand les hommes en arrivent à croire que le monde est une jungle où règne la loi du plus fort, et où tous les coups sont permis, on ne peut que dériver vers la violence meurtrière, la tyrannie et le chaos » (Amin Maalouf, Le Dérèglement du monde)

A la lecture de cette brillante analyse qui évoque la perte de la légitimité du politique dans le monde arabe, et ses répercussions dévastatrices telle que présentée par Amin Maalouf dans son ouvrage, il m'était apparu soudainement qu'aucun autre pays arabe ne peut illustrer ce déterminisme historique aussi bien que la Tunisie d'aujourd'hui.
La légitimité peut revêtir de multiples formes : celle que l'Histoire confère a posteriori, à un homme ou une femme, celle du combattant, celle d'un système de valeurs auxquelles adhère un peuple et reconnaît en un leader sa capacité à les défendre. Cette dernière définition scelle un contrat moral entre un dirigeant et ses concitoyens, dont les clauses fondamentales sont les valeurs partagées par le plus grand nombre. Les mécanismes de la démocratie des urnes ont ajouté un cadre légal à cette confiance. Confiance par laquelle la population confie une partie de sa souveraineté entre les mains d'un dirigeant mandaté.

En son temps, le Président Bourguiba a pu se prévaloir d'une telle légitimité. Celle du combattant pour l'indépendance, celle que l'Histoire lui a reconnue, celle des valeurs traduites dans une vision moderne et un projet viable pour toute une société, ainsi que celle de l'acceptation de ce pouvoir - sans trop de contrainte, du moins, durant les deux premières décennies de sa présidence.
Durant l'ère de Ben Ali, et suite à un coup d'Etat, celui-ci ne pouvait se prévaloir d'une quelconque légitimité. Toutes les légitimités ont laissé place à la contrainte et à la répression. De ce fait, la dictature portait en elle-même les germes de sa propre destruction. La question n'était pas comment, mais quand le système allait-il s'effondrer de lui-même ?
Ce régime s'était efforcé de déconstruire tout un système de valeurs, effondrement du système politique, absence de liberté, délitement des institutions de l'Etat, népotisme, insécurité économique et sociale et finalement rétrécissement de tous les espaces individuels et publics. Plus aucune parcelle de légitimité ne fut préservée, pas même celle de la sacro-sainte sécurité des biens et des personnes. De fait, dans ces conditions, le régime s'est effondré dès la première contestation populaire sérieuse.

Depuis 2011 à nos jours, les Tunisiens sont à l'affût de la moindre possibilité de confier leur avenir entre des mains crédibles, honnêtes, dont l'autorité serait légitimée, certes par le verdict des urnes, mais pas uniquement. Il s'avère que la légitimité des urnes ne peut suffire pour gagner l'adhésion de la population et encore moins sa confiance. Les raisons de cette méfiance sont multiples.

Premièrement, si les Tunisiens sont parfaitement disposés à accepter la légitimité des urnes, ils demeurent cependant encore plus attachés au système des valeurs et donc à l'importance du contrat moral qui accompagne cette légitimité.
Deuxièmement, la légitimité des urnes n'a de sens que si elle est validée par des valeurs telles que la responsabilité, le sens du devoir, l'exemplarité, la transparence, la reddition des comptes, l'intérêt général, le sens de l'Etat et de la Patrie.
Troisièmement, la légitimité est tournée, d'un côté vers le passé et de l'autre, vers l'avenir. Un avenir bâtit sur un projet collectif cimenté par des valeurs partagées avec comme objectif la restitution de la dignité de tout un peuple. C'est en lui restituant cette dignité dans tous les sens du terme (morale et matérielle) que la population consentira à faire des sacrifices, et pourra s'engager sur la voie difficile des réformes et prendra en main sa part de responsabilité et son destin. Mais si cette concordance entre légitimité des urnes et restitution de la dignité autour de valeurs partagées ne s'opère pas, il en résultera inévitablement une sorte de « délégitimation » du fait démocratique exprimé par le biais des urnes.
Réduire l'aspiration d'une population au simple exercice électoral, non seulement vide la démocratie de son sens premier, mais plonge la population dans le désespoir et la désillusion tout en augmentant sa vulnérabilité et son exposition aux thèses les plus populistes et les plus dangereuses.
Quatrièmement, la Tunisie n'est pas une île isolée du monde et imperméable à son environnement régional. Bien au contraire, en clamant leur souveraineté, et du fait du soulèvement populaire en faveur d'une légitimation du pouvoir, les Tunisiens sont devenus les porte-drapeaux d'une revendication qui traverse le monde arabe voire, le monde musulman dans son ensemble.

Le choix des Tunisiens s'est porté presque naturellement vers un système de valeurs universelles ayant comme piliers, la liberté, la dignité, la justice et les droits pour tous. Lesquelles valeurs sont censées être partagées et défendues par les puissances occidentales. Ce faisant, les Tunisiens ont offert, consciemment ou non, une dernière chance à tous pour prouver la véracité de leur engagement. D'abord à son élite, qui a toujours revendiqué son adhésion à ce système de valeurs, ensuite au monde occidental, pour que tous assument leur responsabilité et leur promesse d'un monde meilleur et d'une plus grande justice pour tous.

La désillusion que vivent les Tunisiens aujourd'hui sonne le glas de la légitimité nationale et internationale et ouvre la voie à tous les dangers. En interne, on touche du doigt aujourd'hui, ce que Amine Maalouf appelle « le dérèglement des comportements ». Ce dérèglement est dû principalement à la perte de toutes les formes de légitimation du pouvoir, surtout, quand le verdict des urnes est détourné au profit d'intérêts personnels et partisans en faisant abstraction de toutes les autres valeurs. Ainsi, le Tunisien est en passe de perdre confiance dans les capacités des hommes et des femmes politiques. Pire encore, il perd confiance dans les institutions de l'Etat ! Aussi, au vu de l'irresponsabilité de l'élite politique actuelle en particulier et le désintéressement des puissances étrangères motivées par différents intérêts, l'espoir porté par le soulèvement de 2011 est en passe de basculer dans la violence et le chaos, comme le dit A. Maalouf.

La désaffection du Tunisien envers la politique, voire, envers la démocratie, devenue un vilain mot, suscitée par l'absence d'un système de valeurs fiable en remplacement de celui de la dictature, entraîne inexorablement les Tunisiens, au mieux, vers la nostalgie pour un système autoritaire, au pire vers des formes de revendication identitaire et existentielle plus radicales et nettement plus violentes. Le retour à « l'état nature », dans sa forme hobbesienne où règne la loi du plus fort, où tous les coups sont permis comme nous le vivons aujourd'hui sous l'effet amplifiant des médias, ne préfigure rien de bon pour l'avenir du pays.

Pris entre la détestation du monde extérieur qui n'a pas su tendre la main à toute une population qui aspirait à l'établissement d'un système de valeur qui lui garantirait sa souveraineté et sa dignité, et la détestation de soi, pour n'avoir pas su se prendre en charge et devenir adulte, les Tunisiens oscillent aujourd'hui entre deux tentations. Celle de la nostalgie qui entraînerait le retour d'un régime autoritaire au prix d'un rétrécissement de tous les espaces de liberté d'un côté, et la violence dans sa double expression de l'autre. Une violence contre tous et contre soi-même. Rien d'étonnant que les Tunisiens soient « à la pointe » d'une revendication suicidaire et ultra-violente, d'une volonté d'exister autrement que dans la servilité. De cette double détestation, de l'Autre (les vainqueurs) et de soi-même (les vaincus), est née cette pulsion nihiliste qui commence par la volonté d'anéantir l'Autre et se termine par l'anéantissement de ses semblables.
Pourtant, rien ne peut justifier cette violence, ni lui donner une quelconque légitimité, mais on peut trouver dans l'histoire lointaine et récente, les raisons de sa fulgurante éruption, non seulement localement mais également à l'international.

Désormais, la Tunisie semble vivre au rythme de l'effondrement de toutes les formes de légitimité. Celle de l'Histoire et des valeurs a disparu avec la disparition de Bourguiba. Celle de la légitimité négative, mais néanmoins structurante, a disparu avec la disparition de la dictature de Ben Ali. Celle de la démocratie nouvellement expérimentée a été vidée elle aussi, de son sens par la vacuité d'un personnel politique déviant. Bien malgré nous, nous sommes entrés dans une ère où la violence s'appuie dangereusement et illégitimement, sur l'éternel et immuable système des valeurs partagées par tous, à savoir, la religion.

Un tel constat ne peut que motiver les quelques consciences vives qui restent dans notre pays pour commencer à reconquérir cette confiance perdue entre la population et ses prétendus dirigeants. Une reconquête qui devra nécessairement passer par un examen de conscience, par le rétablissement d'un système de valeurs partagées et par un contrat moral et citoyen. Il incombe à toutes les personnes qui aspirent à la gestion des affaires publiques de prendre la mesure de leur responsabilité historique. Ils doivent avant tout viser la reconquête de la confiance d'une population désillusionnée et entamer le rétablissement des valeurs qui passe par une exemplarité à toute épreuve. C'est autour d'un projet fédérateur visant l'intérêt général et porté par des personnes mues par la volonté de servir leur pays, que la confiance peut être reconstruite. La violence ne peut être éradiquée, du moins dans sa forme la plus barbare, que par le rétablissement de la légitimité dans toutes ses acceptions.


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