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Zied Laâdhari, l'Erdogan tunisien prépare son terrain
Publié dans Business News le 08 - 05 - 2017

A l'actualité cette semaine la polémique suivant le limogeage de Néji Jalloul, la polémique suivant l'inauguration de la boulangerie-pâtisserie franchisée Paul à la Marsa par Selma Elloumi et la polémique suivant une déclaration malheureuse de Riadh Mouakher.

Selma Elloumi a assisté il y a une dizaine de jours à l'inauguration d'une boulangerie-pâtisserie de l'enseigne française Paul. La franchise a été ramenée par Houcine Jenayeh, jeune homme d'affaires dont le père et la mère sont tous les deux du milieu des affaires et notamment le tourisme. Il n'est pas tombé dans la marmite quand il était petit, il est né dans la marmite ! Pour l'inauguration de son projet, il y avait Olivier Poivre d'Arvor, ambassadeur de France en Tunisie, dont le rôle et la mission est d'encourager le développement d'entreprises françaises en Tunisie. Quand ces ministres supplient ces mêmes hommes et femmes d'affaires de ne pas fermer leur usine ou leur hôtel et de préserver les milliers d'emplois, en dépit des pertes sèches subies, le minimum de décence protocolaire est de leur renvoyer l'ascenseur en répondant favorablement à leur invitation informelle d'assister à l'inauguration d'un nouveau projet, même s'il s'agit d'une boulangerie-pâtisserie et même s'il ne va créer « que » 20-30 emplois. Ça devait être un non-sujet, c'est devenu une grosse polémique. Ça a fait un très beau coup de pub pour le jeune Jenayeh et c'est tant mieux pour lui. L'objectif de la polémique n'était cependant pas d'atteindre Jenayeh, mais un membre du gouvernement.

A Rome, Riadh Mouakher a fait cette malheureuse blague à propos de la situation géographique de la Tunisie coincée entre une Algérie dite communiste et une Libye dite terroriste. Blague connue que le ministre n'aurait certainement pas dû relayer. Pas dans une tribune officielle en tout cas. Manque de pot pour lui, elle a été relayée par un journal algérien. Un seul ! Car, en Algérie aussi, on connait la blague et on en use avec humour. Pour les autres médias, il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat. En Tunisie, cependant, il fallait polémiquer. Comme par miracle, les mêmes qui dénigraient l'Algérie sous la troïka en l'accusant mezza voce d'être derrière les troubles en Tunisie à l'époque se sont métamorphosés en avocats de la grande voisine. Ils sont devenus plus Algériens que les Algériens eux-mêmes, en entretenant soigneusement la polémique. L'objectif n'était pas cependant de défendre l'Algérie, mais plutôt d'atteindre un membre du gouvernement.

C'est devenu un jeu, puisqu'il suffit de polémiquer pour que le pouvoir s'exécute et écarte un ministre. On l'a vu avec Said Aïdi éjecté du ministère de la Santé pour ses différends aigus avec les syndicats, on l'a vu avec Néji Jalloul limogé un dimanche soir de l'Education nationale pour les mêmes raisons, on l'a vu avec Lamia Zribi limogée également un dimanche soir pour une phrase malheureuse à la radio. Le filon est bon et il serait bête de ne pas en profiter, question d'écarter des ministres et adversaires politiques qui réussissent à faire du bon travail. Ce n'est peut-être pas le cas (et je dis bien peut-être) de Lamia Zribi, mais c'était bien le cas de Néji Jalloul et c'est le cas de Riadh Mouakher. Il n'est donc pas étonnant qu'Ennahdha tire à boulets rouges (d'une manière officielle via son communiqué ou officieuse via les membres de son Majlis Choura) contre ces adversaires politiques. Qu'Ennahdha le fasse, c'est à la limite de bonne guerre, le parti islamiste demeure (qu'on le veuille ou pas) un adversaire même s'il est officiellement au pouvoir. Il se trouve cependant que même Nidaa s'est mis de la partie pour affaiblir Youssef Chahed. D'une pierre deux coups, on le « sanctionne » d'avoir écarté l'un de siens une semaine plus tôt et on le pousse à écarter un ministre d'Afek. Voilà donc comment fonctionnent les partis au pouvoir ! S'il y a un succès du gouvernement, ils sont prêts à partager les dividendes, mais dès qu'il y a un couac, ils sont les premiers à chercher à s'en dissocier. Avec de tels partis au pouvoir, on n'a plus besoin d'opposition pour vous tirer des balles.

Pendant que les uns et les autres tirent en l'air et polémiquent sur tout et sur rien, les ministres d'Ennahdha bossent et marquent des points. Aussi bien Imed Hammami que Zied Laâdhari ont réussi à s'illustrer en donnant l'image de véritables hommes d'Etat qui remplissent leurs fonctions comme il se doit.
Béji Caïd Essebsi a été élu pour redorer le prestige de l'Etat et, paradoxalement, ce sont les ministres islamistes qui œuvrent pour cela. Au même moment, les ministres dits modernistes se font rabrouer pour des futilités qu'on a montées en épingle. Tout est une question d'image. Dans la même semaine, on a eu le ministre islamiste Zied Laâdhari qui défend sa position d'homme d'Etat devant des syndicalistes impolis et irrespectueux pendant que les ministres modernistes reçoivent des leçons sur ce que doivent être un homme et une femme d'Etat.
L'attitude de Zied Laâdhari rappelle, à plusieurs égards, celle des islamistes turcs quand ils ont accaparé le pouvoir. Avant qu'il ne soit le dictateur qu'il est aujourd'hui, Recep Tayyip Erdogan était démocrate, respectueux des droits et un grand défenseur de l'Etat. Mais ça c'était avant.
Le passé d'Erdogan rappelle le présent de Zied Laâdhari. Voilà donc un ministre qui mouille la chemise, qui n'hésite pas à affronter les syndicats et les problèmes et qui est sûr de son bon droit de représentant de l'Etat.

Ce jeune quadra (42 ans) bénéficie du soutien absolu de son parti qui l'a catapulté secrétaire général en dépit de l'absence totale de tout historique militant lors des années de braise. Avec son coup d'éclat face aux syndicats mercredi dernier, puis plus tard à la télévision devant Myriam Belkadhi, il touche la corde sensible des Tunisiens qui tiennent à revoir le prestige et la suprématie de l'Etat. Demain, s'il y a des élections, qui préfériez-vous voir à la Kasbah ou à Carthage, Hafedh Caïd Essebsi ou Zied Laâdhari ?
D'une manière subtile, quasi silencieuse, Zied Laâdhari trace son chemin. Après le clash de Menzel Bourguiba avec les syndicats, c'est Rached Ghannouchi en personne qui est allé rencontrer samedi dernier Noureddine Taboubi. Ça calme les ardeurs et toute volonté de faire de Zied Laâdhari ce qu'on a fait de Said Aïdi ou Néji Jalloul.
Le SG d'Ennahdha a réussi à s'imposer dans son parti (et ce n'est pas du tout facile au vu des dinosaures islamistes qui existent) et il est vu d'un très bon œil dans le milieu des affaires et les médias. Il ne suffira pas de beaucoup plus pour séduire un large pan de la population, d'autant plus que son apparat moderniste et non barbu n'a rien à voir avec l'image stéréotype de l'islamiste. Ce qui est valable avec Zied Laâdhari l'est exactement avec Imed Hammami.

Analysant la situation des printemps arabes, le chercheur libanais Gilbert Achcar a déclaré dans une interview publiée récemment à l'Obs à propos de la Tunisie : « Une aggravation de la crise économique pourrait produire deux types de résultats. Le premier et le plus probable serait l'exacerbation des tensions sociales et une tendance à accroître la répression. Par ailleurs, si la gauche tunisienne ne parvient pas à canaliser les colères induites par la crise pour imposer un changement radical des politiques économiques, le second résultat pourrait être un élan vers les mouvements islamistes, du plus modéré jusqu'aux plus radicaux. Une situation qui entraînerait des affrontements et, in fine, là-aussi, un étouffement des libertés. »
Pour atteindre ce résultat, c'est-à-dire obtenir cet élan vers le mouvement islamiste, Ennahdha prépare comme il se doit le terrain avec des ministres comme Laâdhari et Hammami tout en savonnant celui des adversaires politiques, comme on l'a vu avec Mouakher et Elloumi. C'était la stratégie réussie des islamistes turcs, elle est calquée par les islamistes tunisiens. Et il ne serait pas du tout étonnant qu'il y ait en 2025-2030 ou 2035 un coup d'Etat avorté à Carthage suivi d'une large vague de répression, suivie d'un référendum et d'un Oui massif pour le changement de la constitution et le renforcement des prérogatives du président...Zied Laâdhari.


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