Monsieur le président, Excusez mon manque de protocole, moi l'ancien secrétaire d'Etat, sans introduction, je vous demande : Au nom de tous les peuples qui n'ont pas les 300 milliards du président Macron, ni les 500 milliards de la Chancelière Merkel, ni la puissance économique des Etats-Unis d'Amérique... Au nom des pays qui ne peuvent pas construire des hôpitaux en dix jours comme la Chine... Au nom de tous ceux qui, comme la Tunisie, n'auront pas les moyens humains et financiers pour faire face à un pic de la pandémie... Je vous demande en votre qualité de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies de demander en urgence une réunion du conseil au plus haut niveau. Nous sommes le seul pays arabe représenté au Conseil de sécurité. Avec l'Afrique du Sud et le Niger, nous sommes les seuls pays africains donc ce n'est pas seulement la mission mais aussi le devoir de parler au nom de tous les pays libres et fiers, au nom des populations confinées, au nom des livrés à eux-mêmes. Monsieur le président, J'ai entendu votre discours et celui de tous les présidents des pays membres permanents du conseil. Vous appelez les peuples à leur sens des responsabilités, à la solidarité et à l'union, j'aimerai vous rappeler que cela s'applique aussi pour les Etats. L'OMS a qualifié le Covid-19 de pandémie mondiale, nous n'avons pas le luxe du "chacun pour soi et Dieu pour tous". Peut-on exiger la solidarité des peuples, si vous n'êtes pas capables de l'être entre vous ? Monsieur le président, « Nous sommes en guerre », je ne vais pas vous parler de la guerre mais du "Nous". Nous qui ? Nous les riches ? Nous les Européens ? Nous les Américains ? Nous les Chinois ? Nous qui ??? Nous sommes exclus de leur "Nous". De quel droit ? Ce virus vient de définir le "Nous". Il n'a ni couleur, ni langue, ni religion, ni ethnie... Il ne connaît pas les frontières et il n'a pas besoin de visa ni de laisser-passer. Il n'a besoin de rien pour se propager sauf de Nous, les Êtres Humains Nous sommes tous des êtres humains, certes différents mais le virus nous a rappelé que nous sommes tous égaux face à la mort. Monsieur le président, • Maintenir la paix et la sécurité internationale, • Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droit des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, • Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire en développant et en encourageant le respect des droits de l'Homme et des libertés fondamentales pour tous sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion, • Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes. N'est-ce pas les quatre objectifs énoncés dans le premier article de la Charte des Nations Unies ? Il ne s'agit guère de se dresser par populisme contre les grands de ce monde. Au contraire, il s'agit de rappeler aux Etats membres permanents du conseil qu'ils sont les leaders de ce monde, qu'il en va de leur responsabilité d'assurer la sécurité de tous les êtres humains et de leur rappeler aussi que cette organisation a été fondée après la guerre mondiale, une guerre pendant laquelle ils ont constitué l'axe du bien contre l'axe du mal. Aujourd'hui, les alliés, comme leur nom l'indique, n'ont pas le droit de changer d'axe. Monsieur le président, Pour une pandémie mondiale : une solution mondiale. Il faut débloquer un fonds mondial, des mesures économiques mondiales, une assistance technique et médicale mondiale, un état d'alerte mondial, une recherche scientifique mondiale et une stratégie mondiale pour vaincre et éradiquer ce virus. Il ne s'agit plus de profit, ni de concurrence. Nous ne pouvons pas admettre d'une part, que des puissances économiques soient submergées et d'autre part demander à des pays en détresse de rembourser. Nous ne pouvons pas admettre que des plans soient dressés pour le gaz de la Crimée, l'économie de la Grèce ou encore pour sauver l'Irak, la Libye, l'Afghanistan ou le Mali et de front, se replier sur soi et ne rien faire pour l'Humanité entière. Nous ne pouvons pas rembourser et faire face si la crise persiste, nous ne pouvons pas faire face seuls. Je fais partie de la génération qui a grandi sous l'étendard de vos idéaux, dans votre système global et globalisé, une génération qui croit en la mondialisation, qui rêve d'abolir les frontières, une génération globale et connectée. Une génération humaine. Au nom de toute ma génération à travers le monde, nous vous demandons d'appliquer le premier article de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Monsieur le président, L'heure est à l'union, l'heure est à l'humain. Oui, monsieur, nous sommes en guerre, mais nous n'avons pas la même guerre. La nôtre est noble et inévitable. Une guerre de survie, une guerre où nous devons non seulement gagner ensemble mais changer ensemble. Pour finir, je vous salue comme salueraient les gladiateurs venus de Carthage. Force et Honneur monsieur le Président.
*Abdelkoddous Saadaoui ancien secrétaire d'Etat à la Jeunesse